‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 231 sur 458 · CH. VIII. — JESUS PARMI LES DOCTEURS · texte numérisé non relu

CH. VIII. — JESUS PARMI LES DOCTEURS

Nous aimons, à propos de l’enfance de Jésus, à rappeler cette page pleine de charme extraite de l’Evangile de saint Thomas :

L’enfant Jésus, étant âgé de cinq ans, jouait sur le bord d’une rivière, et il recueillait dans de petites fosses les eaux qui coulaient, et aussitôt elles devenaient pures et elles obéissaient à sa voix. Ayant fait de la boue, il s’en servit pour façonner douze oiseaux, et c’était un jour de sabbat. Et beaucoup d’autres enfants étaient là et jouaient avec lui. Un certain Juif, ayant vu ce que faisait Jésus et qu’il jouait le jour du sabbat, alla aussitôt et dit à son père Joseph : « Voici que ton bis est au bord de la rivière, et il a façonné douze oiseaux avec de la boue, et il a profané le sabbat. » Et Joseph vint à cet endroit et, ayant vu ce que Jésus avait fait, il s’écria : « Pourquoi as-tu fait le jour du sabbat ce qu’il est défendu de faire? » Jésus frappa des mains et dit aux oiseaux : « Allez. » Et ils s’envolèrent en poussant des cris. Les Juifs furent saisis d’admiration à la vue de ce miracle, et ils allèrent raconter ce qu’ils avaient vu luire à Jésus. (Brunet, p. 141.) •'

NOTES ARCHÉOLOGIQUES

ET EXÉGÉTIQUES

g 1. — Au retour de l’Egypte, la sainte Famille cacha dans une humilité profonde sa vie intérieure à Nazareth. On peut supposer que l’enfant reçut de sa mère la première éducation et qu’il n’en reçut pas d’autre, malgré l'assertion des Juifs, qui lui font donner des leçons d’un rabbin célèbre nommé Josué qui avait étudié Akiba. Or Akiba vivait cent ans après la mort de Jésus-Christ. L’éducation du Messie en tant qu’homme fut le fruit de ses méditations solitaires et de l’étude approfondie de l’Ecriture. (Orsini, I, 240.)

Les [premières années de Jésus sont donc, il faut le dire, cachées sous un voile que l’histoire ne pourra jamais déchirer. Toutefois les évangiles apocryphes nous en offrent quelques traits épars qui nous révèlent peut-être un peu l’adorable intérieur de la maison de Nazareth.

§ 2. — Et ses parents allaient tous les ans à Jérusalem pour la fête de Pâques. (II, 41, 50.) Ces paroles de saint Luc donnent lieu à beaucoup

de questions. Comment Marie et Joseph purentils faire tous les ans le voyage de Jérusalem? Ne devaient-ils pas craindre Archélaüs à cause duquel Joseph se retira en Galilée plutôt qu’en Judée? Nous savons que légalement tous les Juifs du sexe masculin devaient aller au temple trois fois par an ; lorsqu’ils étaient trop éloignés, l’obligation se bornait à Pâques ; Joseph et Marie, malgré la crainte d'Archélaüs, pouvaient aller dans les fêtes où ils se cachaient parmi la foule ; il y avait moins de danger d'ailleurs à paraître pendant quelques jours dans un lieu que d’y établir sa demeure. Saint Luc, en disant que la sainte Vierge accompagnait saint Joseph, fait voir toute sa piété, puisqu’elle eût pu s’en dispenser, la loi n’obligeant que les hommes.

g 3. — Lors donc qu’il eut douqe ans. Archélaüs régna dix ans , et c’est l’année où il fut exilé que Jésus alla dans le temple ; auparavant ses parents durent y aller seuls. Ce voyage devait prendre huit ou dix jours, et la foule qui encombrait alors Jérusalem le ralentissait encore, sans compter que la fête de Pâques prenait les sept jours des Azymes. (Trombelli, Sum. aurea. Il, 87, 111.)

ICONOGRAPHIE

§ 5. — Un des motifs qui ont pu laisser les parents dans l’incertitude sur leur fils, est, au dire de Bède, que les hommes allaient séparés des femmes, et que les parents ont pu croire chacun que l’enfant était avec les autres. Ils ne durent être inquiets qu’en arrivant à l’hôtellerie. (De Castro, II, 56p.)

§ 7. — Et après trois jours ils le trouvèrent -, etc. C’était l’usage des Juifs., lorsqu’on allait au temple ou dans les synagogues pour disserter sur la loi, de s’asseoir et pour les anciens revêtus de quelque dignité de se placer sur des sièges disposés à cet effet, les autres d’un ordre moindre sur des bancs, et les derniers à terre sur des nattes. Chacun d’eux avait laparole pour dire ce qui lui était révélé. Les premiers cependant jugeaient toutes choses. L’enfant admis dans dans cette réunion, répondait avec tant de justesse aux questions qui lui étaient faites, que tous ceux qui étaient présents s’étonnaient de sa sagesse et de ses réponses et admiraient une science si précoce.

Après leurs recherches, dit une légende (ab. Darras, 197), Joseph et Marie le retrouvèrent enfin. Arrivés sous les portiques où se pressait une multitude considérable, Marie entend dans la foule une voix qui s’écrie : « O chose surprenante et inouïe ! un seul enfant ose ainsi discuter contre tant de docteurs et les confond tellement qu’ils ne peuvent lui répondre et qu’ils semblent devenus muets devantlui. » Aces paroles mille fois bénies, Marie s’est écriée dans son cœur: Celui-ci est mon fils bien-aimé; elle fend les flots pressés par la foule, elle accourt, elle vole, elle reconnaît Jésus.

§ 10. — Voyez mes notes sur Y Evangile, XV,

§ 12. — Comme nous l’avons déjà vu, et comme les monuments semblent le confirmer, les occupations de Joseph et de Jésus étaient celles des ouvriers en bois ; quant à celles de Marie, tous les théologiens sont d’accord pour affir¬

mer qu’elle aidait Joseph dans son travail et qu’elle préparait la nourriture. Celse, l’ennemi de l’humilité chrétienne, indique la nature de ses travaux en disant que le Christ était né d’une pauvre femme obligée de gagner sa vie en filant et en tissant. Livrée d’ailleurs à la contemplation, elle dut s’exercer dans les travaux manuels et grossiers qui n’exigent pas une grande attention. On croit qu’elle fit la robe sans couture que portait Jésus quand il fut crucifié. (Trombelli, Sum. aurea, II, 142.)

Saint Joseph ne vécut pas longtemps après cette rencontre dans le temple ; à partir de ce moment l’Évangile n'en parle plus, et lorsque Jésus eut commencé sa mission, ce sont sa mère et ses frères qui le cherchent ; ce sont eux qui lui disent dans l’Idumée : « Fais au grand jour ce que tu as à faire. » Il n'en est pas question au pied de la croix. Partout l’Évangile suppose qu’à toutes ces époques saint Joseph n’existait plus.

ICONOGRAPHIE

IIIe, IVe ET Ve SIÈCLES.

Nous ne pouvons offrir de monuments bien authentiques de cette scène dès les premiers siècles. Nous citerons un sarcophage d’Arles catalogué sous le n° 26, dans lequel nous voyons la sainte Famille : saint Joseph conduit et présente l’enfant Jésus à sa divine mère, qui, ravie de retrouver son fils, semble lui adresser de tendres reproches : Fili, quid fecisti nobis sic? (Martigny, 266.)

Tombeau de Pérouse. — Rapportons aussi à ce propos ce que M. de Rossi dit du tombeau de saint Égidius à Pérouse, où il n'hésite pas à voir la rencontre du temple : » C’est un des meilleurs et des plus anciens sarcophages chrétiens du ive siècle. En effet, à bien considérer les figures des docteurs groupés aux deux côtés de l’enfant Jésus enseignant, et celle de Marie disant à son fils: 1 Pourquoi en avez-vous agi ainsi? » on

CH. VIII

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