CH. VIII. — LES NOCES DE CANA
(De Castro^ Sum. aurea, II, 58 ; Év., XXV, 1.)
g. 3. — Aux noces de Cana, Marie ne prononce que deux paroles ; elle dit à son fils : Ils n’ont point de vin. Et aux domestiques : Faites ce qu'il vous dira ; montrant ici la confiance qu’elle a dans la puissance de ce fils à qui elle demande implicitement un miracle.
On est étonné du petit nombre de paroles de Marie rapportées par b Évangile et qui se bornent à celles-ci :
A l’Annonciation, j
A la Visitation. . . .
Au temple .
A Cana . ]
Comment cela se fera-t-il?
Voici la servante du Seigneur.....
Le Magnificat.
Mon fils, pourquoi en avez-vous agi ainsi?...
Ils n’ont point de vin.
Faites ce qu’il vous dira.
Une grande et belle église fut construite dès les temps le plus anciens sur le lieu où s'accomplit le miracle1. Lemoine Antonin trouva encore à Cana deux urnes miraculeuses : « Je remplis d’eau, dit-il, une des deux urnes qui sont restées et j’en retirai du vin ; je la soulevai pleine sur mon épaule et j'en offris à l'autel. » Il y a aussi une source à laquelle nous fîmes nos ablutions pour nous sanctifier. Au vme siècle, S. Willebaud ne retrouva plus qu’une de ces urnes. (Abbé Lecanu, p. 257.)
ICONOGRAPHIE
VIe SIÈCLE.
Bible syriaque. — La plus ancienne représentation des noces où figure la sainte Vierge nous est fournie par la Bible syriaque de Florence au vie siècle. {Év., XXXVII.) Notre-Seigneur, la sainte Vierge et les deux serviteurs sont vêtus de tuniques.
1. Elle a été transformée en mosquée. Le lieu du miracle est actuellement sous terre, comme tous les endroits où Notre-Seigneur nous laisse la mémoire d’un miracle.
IXe SIÈCLE.
Paliotto de Milan. (Pl. LXW.) — Négligeant les représentations où n’intervient pas la sainte Vierge, nous descendons tout de suite au ixe siècle devant le parement du grand autel de Saint-Ambroise, à Milan, qui date de 835. (G. Ferrario.) Au centre, sur le seuil de la maison, Notre-Seigneur apparaît, pendant qu’à ses pieds les serviteurs emplissent les urnes ; à droite, la sainte Vierge s’approche en leur parlant ; enfin dans le haut, à gauche, l’architriclinius assis goûte le vin et se prépare à en vanter l’excellence devant l’époux, dont on aperçoit la tête au-dessus du toit. La scène est tout extérieure, et les convives sont supposés cachés dans la maison.
Wurtzbourg. (Pl. XLIV.) — On conserveàla bibliothèque de l’université de Wurtzbourg une couverture d’évangéliaire très-remarquable qui contient trois scènes superposées : celle du milieu représente les vendeurs chassés du temple ; celle du bas, le Sauveur guérissant les aveugles; enfin celle du haut nous montre la figure de la trèssainte Vierge dans les noces de Cana. Jésus et Marie, sur le premier plan, tiennent ensemble le colloque rapporté par l’Évangile ; à gauche, les deux valets puisent de l’eau et semblent l’offrir dans des coupes aux convives qu’on voit dans le fond. Quelques archéologues ont attribué une très-grande ancienneté à cet ivoire; mais son style, sa ressemblance avec des monuments du ixe ou du Xe siècle nous font accepter l’opinion de D. Sighart, Lotz, Otte, qui l’assignent à cette dernière époque. Nous devons communication de ce monument, qui n’a pas encore été publié, à M. le docteur Laubmann.
Collection Wallerstein. — L analogie de l’ivoire précédent avec celui de la collection Wallerstein publié par Forster (II, 17) nous le fait sans hésitation classer à la même époque. Dans le second compartiment, au-dessus de Jésus, entre les docteurs, on y voit représentées
ICONOGRAPHIE
les noces de Cana. Le fiancé, assis à table, se tourne vers Marie pour lui annoncer que le vin fait défaut; aussitôt elle transmet cette demande à son fils, qui lui montre les urnes déjà remplies d'un vin merveilleux dont puise l’échanson. Dans cet ivoire, le Christ seul est nimbé; il tient un rouleau à la main.
Évangéliaire de Soissons. n° 8850. Biblio- L\V thèque nationale. (PL LXPv.) — Pour compléter notre série d'images du ixe siècle, citons encore l’évangéliaire de Soissons, où nous ne voyons que le Sauveur, la sainte Vierge et les urnes vides; autrement dit la toute-puissance, l'intercession miséricordieuse et la misère humaine. Les figures sont presque microscopiques; celle de Notre-Seigneur n’a que om,o22.
Xe SIÈCLE.
Nous représentons le x® siècle par une miniature déjà gravée dans l’Evangile et que nous avons tirée du graduel de Priim. (Bibliothèque nationale, n° 7448. Év., p. xxxvii.) La sainte Vierge parle à son fils; en même temps il étend la main vers des hydries, dont cinq sont déjà pleines de vin et la sixième est remplie d’eau par un serviteur. On aperçoit par derrière cinq têtes nimbées.
‘Bibliothèque nationale. Ms. 7 4- (PL XVI.) — Nous rappelons de nouveau ici la jolie miniature du n° 74, déjà insérée dans l’Evangile, mais que nous ne saurions passer sous silence. .Notre-Seigneur est étendu sur un lit magnifique devant trois autres personnages sans nimbe et assis. Deux serviteurs remplissent cinq grands vases posés par terre, assez semblables à ces
grandes jarres qui, dans le Midi, servent à conserver l'huile; l’un d’eux verse de l’eau d’une urne qu’il porte sous son bras droit. Un troisième serviteur arrive en portant un grand vase en or qui complétera les six hydries de l’Évangile ; enfin un quatrième tire de l’eau du fond d’un puits à l’aide d’une manivelle. On remarquera que le fuseau est simplement posé sur des fourchettes au-dessus des montants ; des chevilles enfoncées obliquement sur le fuseau servent à le faire tourner, disposition primitive que certains pays conservent encore1.
XIIe SIÈCLE.
C’est vers cette époque qu’on peut placer aussi l'exultet de la bibliothèque delà Minerve, à Rome. Ici la scène se complique, comme toujours, à mesure qu’on s’éloigne des temps primitifs -et comme nous avons pu le remarquer déjà plusieurs fois; les siècles, en s’avançant, au lieu d’oublier le texte évangélique, s’en rapprochent de plus en plus et s’écartent des formes symboliques adoptées dans l’origine. Dans la miniature qui nous occupe et que nous avons gravée pour l’Évangile, nous trouvons onze figures. [Év., pi. XXIV, fig. 2.)
Nous donnons aussi dans nos planches un des panneaux de la Porte de Bénévent qui représente ce sujet. ; PL .XLlY
1. Voici les couleurs. — Notre-Seigneur / lit rouge, robe d’or. Les 3 convives: respectivement en commençant à gauche des robes or, or et bleu, collerettes bleues, rouge et or. Le dessus de la table vert, draperie pendante rouge. — La sai te Vierge : debout, nimbe d’or. ier valet : tunique verte^ collerette blanche.— 2e valet: tunique bleue, collerette rouge. — 3e valet : porte un vase d’or, tunique rouge bordée de bleu, caleçon rouge. — 4e serviteur, près du puits : tunique bleue bordée de rouge, manivelle et seau en or.