‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 237 sur 458 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LE CRUCIFIEMENT

ÉVANGILE

o us résumons comme il suit le récit évangélique :

Cinq jours avant la Pâque, le Christ, ayant fait une entrée solennelle à Jérusalem, célébra la Pâque avec ses disciples dans la maison de Jean Marc *. (De Castro, Sum. aurea, II, 594.)

20 Pendant qu’ils soupaient, il institua l’Eucharistie.

30 Lorsqu’il eut fait ces choses, Jésus se troubla en son esprit, et il pai'la ouvertement. (. Ev ., ch. CXXXIX.)

40 « La main de celui qui me trahit est avec moi à cette table.» (£V., ch. CXXXIX.)

5° Jésus donna à ses apôtres ses dernières instructions.

6° Et l’hymne achevé, ils s’en allèrent au mont des Oliviers,

70 Au delà du torrent de Cédron suivant sa coutume.

8" Après son agonie et la sueur de sang, il parla aux Apôtres, qu’il avait emmenés avec lui.

90 Comme il parlait encore, Judas Iscariote, Lun des douze, le signala par un baiser à la cohorte qu’il avait amenée *.

io° Alors les disciples l’abandonnant s’enfuirent tous1!

ii° Un jeune homme le suivait, couvert seulement d’un drap; ils se saisirent de lui *.

1. L’éditeur trouve sur le manuscrit de M. Rohault de Fleury, au droit de ce verset, cette touchante exclamation échappée de son cœur : La mère n’y était donc pas !

NOTES ARCHEOLOGIQUES ET EXEGETIQUES. 193

12° Mais laissant ce drap il s’enfuit nu du milieu d’eux.

13° Ils l’emmenèrent d’abord chez Anne, parce qu’il était le beau-père de Caïphe qui était grand prêtre cette année-là.

140 Et, tous en foule se levant, ils lièrent Jésus, l’emmenèrent et le livrèrent à Pilate.

150 Pilate prit Jésus et le fit flageller.

160 Alors il le leur livra pour être crucifié.

170 Et portant sa croix, il vint au lieu nommé Calvaire, en hébreu Golgotha, où ils le crucifièrent *.

180 La mère de Jésus et la sœur de sa mère, Marie, femme de CléojDhas et Marie- Madeleine, étaient debout près de la croix *.

190 Jésus ayant vu sa mère et, debout près d’elle, le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voilà votre fils. »

20° Ensuite il dit au disciple: « Voilà ta mère », et depuis cette heure-là le disciple la prit chez lui *.

2i° Il prononça encore quelques paroles... et, baissant la tête, il rendit l’âme.

NOTES ARCHÉOLOGIQUES

ET EXEGETIQUES.

§ 1. Le moine Alexandre dit que la mère de Jean Marc, attirée par la renommée des miracles de Jésus-Christ, vint dans le temple se jeter à ses pieds et le prier d’accepter chez elle l’hospitalité avec ses disciples; il ajoute qu’il s’y arrêta toutes les fois qu'il venait à Jérusalem; qu’il y fit sa dernière cène; que les disciples y reçurent le Saint-Esprit, qu’il y apparut à ses disciples, à Thomas, etc.1

Les femmes qui l’accompagnaient depuis la Galilée et le servaient, dit Simon Métaphraste, ne durent pas l’abandonner dans ce temps; mais il se mit à table seulement avec les douze. (De Castro, Sum. aurea , II, 537.) Le Christ disant : « Jeferai la Pâque avec mes disciples, en excluait par là môme la sainte Vierge. Une forte raison de la croire absente, c’est que Jésus-Christ vou¬

lait créer des prêtres et qu’en n’admettant que les apôtres, il affirmait leur caractère, tandis qu’en admettant la sainte Vierge, il aurait pu donner lieu à quelque erreur. On ne doit pas douter qu’elle fût avec les autres femmes dans la même maison, mais dans une salle différente et que, la première, elle reçut la communion de la main de saint Pierre. (Trombelli, Sum. aurea. II, 17°. )

§ 9. Dès que Marie apprit que son fils était arrêté et qu’on l’avait ramené chez Anne et Caïphe dans les environs du Cénacle où elle attendait les événements, elle le rejoignit et ne le quitta plus. Accompagnée des deux Marie, elle entra dans l’atrium d’Anne et le suivit pendant qu’on le conduisait à la mort.

g ii. Un seul disciple, qui ne peut être que saint Jean, le disciple que Jésus aimait resta

CH. IX. — LE CRUCIFIEMENT

près de lui autant que cela fut possible, et se retrouva encore au Calvaire; il était venu sans doute prendre Marie dans la maison de Jean Marc pour suivre le cortège funèbre de Jésus.

§ 17. Saint Bernardin de Sienne déclare avoir lu dans une histoire digne de foi que la sainte Vierge, ayant rencontré son fils chargé de l'instrument de son supplice, se laissa tomber de douleur, et, que, dans la suite, pour consacrer le souvenir de cette affligeante rencontre, on éleva sur le lieu même une chapelle qui prit le nom de Sainte-Marie-du-Spasme; selon l'abbé Lecanu, ce sanctuaire aurait été une belle église dont on verrait encore les restes. (Pascal, éd. Migne, p. 408.) (Lecanu, p. 266.)

Seldmayer prétend que la sainte Vierge n'a pas éprouvé de spasme proprement dit, pendant la passion du Christ. L'Évangile a dit stabat et non cadebat. Il n’y a pas d’évanouissement sans chute. Si donc elle ne s’évanouit pas lorsque les douleurs du Christ furent extrêmes, elle ne dut pas s’évanouir lorsqu’elles n'étaient point encore arrivées à ce point. La sainte Vierge, ayant été préservée môme de tout péché véniel, dut avoir le courage de surmonter une douleur mortelle pour la simple nature. On a objecté que le Christ étant tombé sous le poids de la croix, la sainte Vierge a bien pu tomber sous celui d’une douleur morale, mais on répond en disant que c’est à l’affaiblissement de ses forces physiques et non de ses forces morales qu’on doit attribuer la chute du Christ.

La tradition de la terre sainte montre l’endroit de la voie douloureuse où tomba la sainte Vierge et où, comme nous l’avons vu plus haut, on bâtit une église pour en perpétuer le souvenir. Cette tradition ne prouve pas que ce fut un vrai spasme, c'est-à-dire un évanouissement qui l’aurait jetée à terre. Les images où on la représente demi-morte entre les bras de saint Jean et de sainte Madeleine ont été l’objet de nombreuses protestations et le maître du Sacré-Palais, à Rome, a ordonné de ne pas les exposer. (Seldmayer, Sum. aurea, vu, 1259.)

§ 18. Marie, dit saint Augustin, comme il convenait à la mère du Christ, se tenait debout devant la croix alors que les apôtres étaient en fuite; elle contemplait de ses pieux regards les blessures de son fils, parce qu’elle y voyait, non le signe de la mort, mais celui du salut du monde. (De Castro, 11, 965.) On ne doute pas cependant de l’extrême douleur qu’elle éprouva, surtout en le voyant nu, exposé à la vue et aux railleries de la populace ; on raconte qu’alors, prenant le voile de sa tête, elle l’en couvrit et que ce voile s’y fixa de lui-même. — Le linge dont les peintres ont entouré les reins du Christ est mis plutôt par décence que par vérité historique. (Trombelli, 11, 192.)

La fête de la Compassion, qui a pour but de rappeler et de célébrer les douleurs et les angoisses de Marie, remonte au moins au xive siècle. Cette fête est connue aussi sous le nom de Notre-Dame-de-Pitié ou de Notre-Dame-des- Sept-Douleurs. Les auteurs qui ont parlé des sept douleurs sont d’accord, sauf quelques légères différences, sur les circonstances où Marie les éprouva. Elle ressentit :

La première, quand Simeon lui prédit qu’un glaive de douleur percerait son âme ;

La deuxième, lors de la fuite en Égypte ;

La troisième, quand elle perdit le Christ et le chercha pendant trois jours ;

La quatrième, quand elle vit son fils portant la croix au Calvaire ;

La cinquième, quand elle le vit mort et attaché à la croix ;

La sixième, quand elle le reçut à la descente de la croix;

La septième, quand elle le vit dans le tombeau. (Colvenerius, Su m . circa. n, 843.)

g 19. Marie, femme de Cléoplias. — M. Letronne veut qu’on lise ICXsotcxç et non K),eo<paç. Cléophas ne se trouve que dans les versions latines du Nouveau Testament; tandis que dans le texte grec on lit KLeoTcaç; c’est probablement une faute du copiste latin qui, trouvant un nom peu connu,

TEMOIGNAGES

l’aura en distraction remplacé par un plus commun. — Il est probable que IQsottkç est un dérivé ou abrégé de iQeoTuaxpoç comme Avtitoxç l’est d’Avri-irarpo;; ainsi les noms Cléophas et Cléopas, qui peuvent si facilement se confondre, puisqu’ils ne diffèrent que par l’aspiration, sont en effet très-différents par leur composition. M. Letronne a trouvé sur une figure égyptienne le nom grec de iOieouaç.

On sait que saint Cléophas ou plutôt saint Cléopas est appelé Alphœus (AVpaioç) dans saint Marc et saint Luc, et le même nom est donné par saint Marc au père de Lévi ou saint Mathieu. Les commentateurs ont essayé de le ramener à celui de Cléophas, mais il est plus naturel de voir dans AVpouoç encore un nom grec qui signifie premier. Le frère de saint Joseph avait donc deux noms ou du moins un nom et. un surnom, dont la réunion devait être IQeoTîâ; o x. ai AVpaloç. On employait tantôt l’un tantôt l'autre pour le désigner.

§ 20. Nous voyons dans les Actes des Apôtres qu’ils n’avaient rien à eux en propre et qu'ils mettaient tout en commun, pour être remis ensuite à chacun selon ses besoins; on comprend par là qu’on donnât au disciple ce qu'il fallait pour lui et pour la bienheureuse Vierge Marie.

TÉMOIGNAGES

Au milieu de la multitude de témoins de tous les siècles qui acclament la sainte Vierge au pied de la croix, nous n’avons que l’embarras de choisir; comme nous ne pouvons les reproduire et que d’ailleurs ils sont très-connus nous nous contenterons de traduire ici un poëme du ive siècle, intitulé « Passion du Christ » et qui célèbre surtout les douleurs de la sainte mère. On l'a attribué à saint Grégoire de Nazianze, cependant de savants théologiens du siècle dernier ont combattu cette opinion; ils n’y trouvent pas la pureté de son style et de sa doctrine. Ainsi il est

dit (Vers 439) qu'elle se scandalisa (Vers 469), qu’elle fut en proie à une terreur indigne d’elle (272), qu'elle injuria les ennemis de son fils; on y sent 1 influence des apocryphes, etc. On ne sait trop à qui attribuer ce drame qui renferme de véritables beautés; quelques-uns, mais à tort, l’ont supposé d’Apollinaire; il doit émaner plus probablement d’un certain Grégoire, connu pour sa muse facile, qui fut évêque d’Antioche en 572 et que la similitude de nom a pu faire confondre avec le théologien. — En tout cas cette composition est fort ancienne et les bénédictins n’ont pas hésité à la traduire1.

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