CH. VIII. — MISSION DE JESUS-CHRIST
leurs biens pour qu'il trouvât la nourriture corporelle en échange de la nourriture spirituelle qu’il leur distribuait: — c’était Marie-Madeleine dont il avait chassé sept démons; — Marie, mère de Jacques et de Joseph, sa tante, belle-sœur de sa mère ; — la mère des fils de Zébédée qui demanda un royaume pour ses fils; puis les autres que nous indique l’Evangile. ( De Castro, Sum. aurea , II, 597.)
Quelques auteurs ont pensé que la sainte Vierge n’accompagna pas toujours le Christ dans sa vie publique, se fondant sur ce que les Evangélistes ne la nomment pas comme les autres femmes qui le suivaient. (Trombelli, Sum aur., II, 167.)
D: autres auteurs, et des plus considérables, entre autres Jean Gerson, pensent au contraire qu elle ne le quitta pas et le prouvent par sa présence avec les frères du Sauveur quand ils veulent lui parler. Si les autres femmes de Galilée l'accompagnèrent toujours, à plus forte raison dut-il en être de même de sa mère. Elle a pu, pour quelques causes particulières, s en écarter quelquefois, mais elle y revenait toujours. (De Castro.)
Il était convenable qu’une telle mère ne quittât pas son fils. Devenue veuve, c’était pour elle une consolation; le fils dans sa prédication avait besoin des secours de sa mère, puisqu’il ne dédaigna pas ceux des femmes étrangères. L’Evangile, à différentes reprises, nous montre Marie avec Jésus : d’abord aux noces de Cana, puis quand il vint à Capharnaüm, et qu’elle demande à lui parler. — La preuve la plus forte de la présence continuelle de la sainte Vierge, est son assistance au pied de la croix. — Saint Luc, dans les cdctes, la montre encore avec les apôtres après la mort du Christ. Enfin, si le fils n’avait point où reposer sa tête, quel eût été 1 asile de la mêle? (Trombelli.)
§ 6. De Castro (Sum. aurea, II, 585) donne pour motif à la visite des parents et de la mère de Jésus une singulière pensée; ils croyaient
qu’il était devenu fou, et ils voulaient l'arrêter. Peut-être aussi sa mère, inquiète de son fils, était sortie de chez elle pour le chercher, non pour lé délivrer de la foule qui l’empêchait même de manger.
§ 7. Elle vit la foule qui l’écoutait et dont les rangs étaient si pressés qu’une partie restait à la porte sans pouvoir entrer et qu’elle ne pouvait pénétrer elle-même. Mais le même jour, après avoir terminé son sermon et congédié la foule, il retrouve sa mère chez lui. (De Castro, II, 586.)
§ 9. Les protestants du xvie siècle, qui ont voulu ternir la gloire de Marie en commentant la parole des noces de Cana : Qiiid mihi et tibi, mulier? se servent encore contre elle de ce que dit Jésus quand sa mère et ses frères cherchent à lui parler : Quœ est mater mea? Ils méconnaissent la leçon divine. Jésus, tout en pratiquant le précepte qui oblige à honorer son père et sa mere et qu’il suit jusqu’à la fin en recommandant sur la croix sa mère à saint Jean, montre ici qu’on doit abandonner son père, sa mère et ses parents pour le service de Dieu. C’est dans le même sentiment qu’il répond : Heureux ceux qui entendent la parole de Dieu, à cette femme qui proclamait les louanges de Marie et disait: « Heureux le sein qui vous a porté, heureuses les mamelles qui vous ont allaité ! » (Trombelli, Sum. aur ., II, 147.)
§ 22. Après que les Nazaréens eurent tenté de précipiter Jésus du haut de la roche, il quitta le pays et reprit laroutede Capharnaüm où samère, Marie de Cléophas et les fils d'Alphée vinrent le rejoindre. Alors la sainte Vierge, après avoir été baptisée par le Christ, rompit ses habitudes solitaires et le suivit dans ses voyages; il n’eût pas été convenable qu’elle le suivît isolément et c’est pour cela qu’elle se mêla au groupe de ses saintes compagnes. (Orsini, p. 278.)
On se figure l’angoisse de Marie quand elle vit ses cruels compatriotes mener son fils sur
ICONOGRAPHIE
la montagne avec l’intention de l’en précipiter : c’était le calvaire anticipé; pour perpétuer le souvenir de ces douleurs et de cet attentat, les premiers siècles chrétiens bâtirent dans ce lieu une église dont il reste encore quelques ruines et qui portait le titre de N.-D. de l'Effroi. (Ab. Lecanu, 25p.)
Modeste, évêque de Jérusalem, expliquant la conversation du Seigneur avec la Samaritaine , rappelle la surprise des disciples, qui prouve que Jésus n’avait pas l’habitude de converser avec les femmes, et il ajoute que celles qui l’accompagnaient formaient la cour de sa divine mère comme les apôtres étaient la sienne; et Marie servait d’intermédiaire entre l’une et l’autre. (Lecanu, p. 264.)
ICONOGRAPHIE
Bibliothèque nationale, manuscrit 74. —
Marie, accompagnée des fils de Cléophas, cousins de Notre-Seigneur que l’Evangile appelle ses frères, vient pour le voir, inquiète de la foule qui l’obsède. Nous ne connaissons de ce sujet qu’une représentation, laquelle nous est fournie pas le manuscrit de la Bibliothèque nationale,
marqué 74 (xie siècle); elle nous y est même offerte deux fois avec une imagination toujours variée.
Au folio 26, Jésus-Christ, dans la maison, est $wassis entre Pierre et deux autres apôtres ; il parle à plusieurs docteurs qui l’écoutent debout; sa mère et trois de ses cousins frappent à la porte ; saint Pierre le dit à Jésus, qui lui montre de la main quels sont ses frères, quelle est sa mère. —
La sainte Vierge porte un manteau bleu, une robe ocre jaune; les cousins, des manteaux rouge, vert, brun, etc. — Jésus-Christ, un manteau bleu, une tunique ocre jaune. — Saint Pierre, -un manteau bleu ; le second apôtre, manteau rose, tunique bleue; le troisième, manteau ocre, tunique bleue. — Les docteurs sont de couleurs variées et tranchantes. (PI. XVI.)
Au folio 124 Jésus nous apparaît assis entre deux groupes de docteurs également assis; il n’est accompagné que d’un seul apôtre nimbé et debout derrière lui. Saint Pierre, nimbé, est sorti de la maison; il rencontre Marie et un des fils de Cléophas; il semble leur dire qu’ils ne peuvent entrer. Toutes ces figures, malgré la petitesse de leur échelle, sont touchées d’une manière charmante; les têtes ont une si fine et si vive expression, qu’on pourrait les tripler sans leur faire tort; c’est un vrai chef-d’œuvre, comme toutes les nombreuses miniatures de ce magnifique manuscrit, qu’on ne peut se lasser d’admirer, vuy Oua/> St. feu yT . X V l .
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