SAINT JEAN, LE CHŒUR
(La scène se passe sur le Calvaire.)
Le Christ. (Vers 727.) O la plus excellente des femmes, voici un nouveau fils et toi, mon disciple; voici une mère, pourquoi pleurez-vous? il fallait que tout ce qui a été annoncé s’accomplît, etc.v
La SAINTE Vierge (Vers 738) s’excuse de pleurer,
mais la douleur a surmonté ses forces) . O mon fils, ne
m’abandonne pas...
Le Christ. (Vers 761.) Ayez confiance; confessez plutôt votre Dieu, vous ignorez toutes les grâces dont je vous comblerai dans le ciel et sur la terre, vous serez la première des créatures; et beaucoup seront sauvés par votre intercession.
La sainte Vierge. (Vers 767.) J’ai confiance., et cependant pitié pour ta mère qui se jette à tes pieds... Reqois-moi dans ta maison... ou fais que je te voie le troisième jour ressuscité des morts, ainsi que tu l’as toi-mème annoncé à tes amis...
Le Christ. (Vers 794.) Comme vous m’en priez, j’accorderai la grâce de ces scélérats.
La sainte Vierge. (Vers 802. )Ah ! quelle âme pieuse et bonne ! O mon fils ! dans quelle infortune es-tu tombé? mais ton âme généreuse n’en est pas amoindrie...
Le demi-Chœur. (Vers 809.) Quelles clameurs, quels gémissements! j’entends Pierre qui prie Dieu et implore sa miséricorde pour son crime...
La sainte Vierge. (Vers 815.) Pourquoi
pleures-tu, Pierre? Tu as commis un grand crime, mais tu peux encore en obtenir le pardon; pardonne-lui, ô mon fils!...
Le Christ. (Vers 820.) Éloignez-vous, ma mère, vous avez obtenu le pardon de Pierre ; vos larmes me suffisent, des paroles sont superflues et vous délivrez les péchés de tous, même des auteurs de mon supplice.
La sainte Vierge. (Vers 830.) Hélas! combien ton âme est sainte, que même dans ta passion tu n’as rien d’amer contre les hommes, tu n’as pas de colère contre ceux qui font crucifié.
Le Christ. (Vers 835.) Éloignez-vous du milieu de mes ennemis; je comprends toutes vos prières sans que vous les exprimiez.
La sainte Vierge. (Vers 838.) C’en est donc fait, ah! que je suis malheureuse! ô toi la douceur, la volupté de mon âme, de quelle boisson amère as-tu goûtée?
Le Chœur. (Vers 843.) J’ai entendu une clameur, je tremble; quelle est la cause, ô vierge, de ces nouveaux pleurs?...
La sainte Vierge. (Vers 848.) Silence, femmes, nous sommes perdues ; taisez-vous, je veuxencore interroger mon fils, car je vois la mort près de l’atteindre, je vois sa tête s’incliner... Hélas! que vois-je ? Je contemple ton corps inanimé, ô mon fils !... Comment as-tu péri si jeune ! parle-moi donc, mon fils ; mon âme est avide de t’entendre. Ah ! que ferai-je? mon âme m’abandonne : ô femmes, je ne vois plus la face démon fils; qu’est devenue cette beauté incomparable? Spectacle horrible! tous craignent de toucher un mort; je vois le deuil des astres, l’ébranlement de la terre, la rupture des rochers... Je sais ce qui doit bientôt arriver, et cependant la douleur dépasse toute ma foi... Qui me recevra? personne... J’attendrai donc que le soleil vienne éclairer un troisième jour. Ainsi tu l’as promis... Plût à Dieu, ô mon fils, que j'eusse donné ma vie pour la tienne, car elle n’a plus de prix pour moi. (Vers 900.) Ah! déjà les ténèbres obscurcissent mes yeux; privée de toi, je désire être cachée sous la terre. C’est donc en vain que je t’ai nourri, ô mon fils ; toi qui distribues à tous le vivre
CH. IX. — LE CRUCIFIEMENT
en abondance, mon doux espoir a péri avec toi... Je ne puis plus te regarder; pourquoi es-tu silencieux? pourquoi n’ouvres-tu pas la bouche? Parle un peu à ta mère, ô mon fils !