SCÈNE XIII
LE CHŒUR
(La scène se passe dans la maison delà sainte Vierge.)
La sainte Vierge. (Vers 1815.) Ah, ah, ah! comment, lorsque mon âme est agitée par tant de soins, le sommeil pourra-t-il fermer mes paupières ! ô mon fils, que ta mort a été injuste ! combien suis-je malheureuse, et ces malheurs m’ont été annoncés dès ton berceau. Je ne puis tolérer mes souffrances ; comment le sommeil peut-il me reposer?
Le Demi-Chœur. (Vers 1829.) Nous-mêmes, madame, couchées à terre, jeunes, vieilles, vierges non encore nubiles, les unes reposant nos têtes sur les épaules des autres; les autres les appuyant sur nos mains, nous avons au moins pu trouver un peu de sommeil, mais vous n’avez pas dormi ; vous n'avez donné aucun repos à votre corps, gémissant toute la nuit, brisée par la douleur. Voici l’aurore et le peuple commence à circuler sur la voie publique ; et le soleil apportant la lumière envoie ses rayons et réchauffe la terre.
La sainte Vierge. (Vers 1844.) En voyant mon fils privé de la vie, placé dans son tombeau, ne dois-je pas me plaindre et gémir et pleurer jusqu’à ce que je le voie en sortir vivant? Com-
TEMOIGNAGES
ment le sommeil peut-il fermer mes paupières?
Le Demi-Chœur. (Vers 1848.) Et moi, pleine d’angoisses, couchée à terre, je n’ai ni dormi ni sommeillé, ô Vierge, car j’entendais vos plaintes amères et vos gémissements.
La sainte Vierge. (Vers 1852.) Debout, ferqmes! qu’attendez-vous? allez vers la ville, tant que la loi permet de marcher; peut-être apprendrez-vous quelque chose, on ne vous connaît pas, vous n'avez aucun danger à courir.
Le Chœur. (Vers 1857.) Il me semble voir un de nos compagnons triste et précipitant ici ses pas comme s’il avait une nouvelle à nous annoncer.