CH. X. — RESURRECTION
priait et son fils lui apparut tout à coup couvert d’une robe d’une éclatante blancheur, ils s’entretenaient ensemble et mangèrent la Pâque avec allégresse. L’Évangile ne dit pas que Jésus ait d’abord apparu à sa mère, parce que l’Évangile ne dit rien d’inutile et qu’il est évident qu’il lui devait cette faveur pour la consoler. (Ab. Barbier, II, p. 179.)
Saint Grégoire de Nysse, Théophylacte croient que l’autre Marie est la sainte Vierge; Métaphraste combat cette opinion, car jamais dans les Évangiles la sainte Vierge n’est appelée autrement que la mère de Jésus. (De Castro, II, 609.)
Pour prouver que Marie n’avait pas quitté le tombeau, Georges de Nicomédie dit encore que si Marie n'avait pas été là pour en rendre témoignage, nous ne saurions pas qu’un ange descendit des deux, effraya les gardes par sa clarté éblouissante, toucha la pierre qui fermait l’entrée du tombeau et la fit rouler au loin.
Le père Nau (p. 188) concilie les deux opinions en disant qu’après être retournée à la ville, elle revint le lendemain près du sépulcre de son divin fils dans la maison du jardinier de Joseph d’Arimathie ; une chapelle est bâtie sur le lieu où l’on attribue cette apparition. On montre sur un des autels de cette chapelle un morceau de la colonne de la flagellation. La tradition conserve de même le souvenir de l’endroit qu’elle nous désigne encore à peu de distance sous le nom de Noli me tangere.
Il nous semble toutefois que le silence de l’Évangile sur cette question peut difficilement s’interpréter dans un sens affirmatif; lorsqu’il retrace toutes les apparitions avec le plus grand détail, dans tous ces récits nets, précis, il n'y a pas la moindre trace de la sainte Vierge; comment, si Notre-Seigneur lui était apparu, n’aurait-il pas consigné un fait aussi important ? Il fallait qu’il apparût aux apôtres et aux saintes femmes, dont l’esprit était si lent à croire, malgré les paroles de l’ange, malgré les témoignages des premiers qui l’avaient vu; il fallait qu’il mangeât avec eux, qu’il les fît manger après lui; et encore, malgré l’ascension, la plénitude de leur
foi ne parut qu’après la Pentecôte. La présence de la sainte Vierge qui avait cette plénitude depuis l’incarnation était tout inutile. (Nicolas, II, 478.) Mais la sainte Vierge reparaît au Cénacle, persévérant dans la prière, avec les apôtres et les saintes femmes. Elle est ainsi dans toutes les situations de foi et d’épreuve et jamais l’Évangile ne nous la montre dans celles de manifestation et de réconfort. [Id. , II, p. 492.)
§ 2. En ne parlant pas de Marie pour tous ces faits miraculeux, les prédicateurs de l’Évangile n’ont pas voulu apporter le témoignage d’une mère qui aurait pu paraître suspect. (De Castro.) Les apôtres ont traité comme du délire les paroles des saintes femmes ; combien n’eussent-ils pas pensé que l’amour de la mère pour le fils la faisait extravaguer. Si Marie eut le bonheur d’une apparition particulière, comme au commencement elle gardait toutes choses en son esprit et ne la raconta à personne.
§ 3. Peut-on croire, dit Rupert, que les onze disciples allant en Galilée sur la montagne n’y emmenèrent pas la sainte Vierge et que sans elle ils aient adoré son fils? Il est clair que cet ordre du Christ et des anges d’aller en Galilée comprit d’abord les apôtres, puis les disciples et enfin les saintes femmes qui l’avaient suivi de la Galilée à Jérusalem. Étant venus tous ensemble, il est raisonnable de croire qu’ils voulurent y retourner de même, surtout pour assister à la solennelle manifestation du Christ. Si saint Jean est retourné en Galilée, il dut naturellement emmener avec lui la mère de Jésus; est-ce que Madeleine et les autres femmes l’eusseht laissée seule à Jérusalem? Le Christ insistait sur cette réunion sur la montagne de la Galilée, parce qu’il avait laissé dans ce pays plusieurs disciples , qu’il voulait se montrer librement à toute l’Église réunie et conférer aux apôtres le pouvoir qu’il leur donnait jusqu’à la fin des siècles. Marie ne pouvait manquer d’assister à une telle assemblée, elle le membre principal de l’Église et qui devait plus tard l’enseigner.
ICONOGRAPHIE
§4. C’est saint Paul qui nous apprend que plus de cinq cents frères assistaient à cette apparition. ( Corint xv, 3.)
§ 7. Nous lisons dans les cActes des oApbtres (ch. I, § 12) : « Alors ils retournèrent à Jérusalem, à la montagne des Oliviers qui est près de Jérusalem, à la distance d’une journée de sabbat, et lorsqu’ils furent entrés, ils montèrent dans le cénacle, où se trouvaient Pierre et Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Mathieu, Jacques, fils d’Alphée; et Simon le zélé et Jude, frère de Jacques, persévérant unanimement dans la prière avec Marie mère de Jésus et avec ses frères. »
Métaphraste, après avoir énuméré les disciples, ajoute que la mère de Jésus demeurait toujours avec eux conversant sur des sujets édifiants.
Lorsque saint Luc, dans les oActes (I, 14), dit qu’ils revinrent au cénacle et qu’ils persévéraient dans la prière avec les femmes et avec Marie, on doit croire aussi qu’elle était auparavant avec eux.
Elle revint donc avec les autres du mont des Oliviers, y retourna, assista à l’Ascension, resta dans le cénacle en attendant la descente du Saint-Esprit et pria lors de Pélection de saint Mathias. Saint Chrysostome est de cet avis.
En fait, nous ignorons les actions de la sainte Vierge entre la Résurrection et l’Ascension ; nous pouvons cependant croire, avec saint Odilon, qu'elle visita souvent les lieux de la Nativité, de la Passion, de la Sépulture et de la Résurrection. (Trombelli, Sum. aurea, II. 229.)
ICONOGRAPHIE
L'iconographie, imitant le silence de l’Évangile au sujet de la sainte Vierge pendant la résurrection de son fils, ne la fait jamais intervenir dans cette scène glorieuse; du moins nous ne saurions citer que la Bible syriaque qui nous la montre dans le jardin de Joseph d’Arimathie. Lorsque Notre-Seigneursortdu sépulcre, on nous présente
les gardes endormis ou terrassés; lorsque le sépulcre est vide, nous voyons les saintes femmes s’en approcher avec leurs parfums, l’ange assis sur la pierre qui leur annonce la grande nouvelle, mais nulle part Marie n’intervient dans cette joie. Il n’en est pas de même pour l’Ascension à laquelle les plus vieux monuments l’associent, et où tous les siècles la supposent au milieu des apôtres. 11 résulte de l’antiquité et de la persévérance de cette tradition iconographique, un argument puissant pour croire la sainte Vierge avec les disciples lorsque Jésus leur fit ses adieux.
vi° SIÈCLE.
Bible syriaque. — La Bible syriaque nous fournit un des plus anciens et des plus curieux exemples de cette représentation. Les apôtres, les anges du Viri Galilei. les anges dans le ciel, le soleil et la lune, les symboles de la vision d’Ézéchiel, rien n’a été oublié dansce tableau, et surtout notre très-sainte Vierge y occupe déjà la place magistrale qu’elle y conservera toujours. (PI. VIII.) y°y^ jA. Xcvm.
Fiole de Mon\a. (PI. LUI.) — Les fioles de Monza nous donnent ici de très-intéressants monuments. On verra dans celle que nous avons gravée, Notre-Seigneur enlevé par quatre anges; il est assis sur un trône, dans une auréole elliptique et tient un livre; sous ses pieds, comme dans la Bible syriaque, apparaît une main mystérieuse et la divine colombe au-dessus de la sainte Vierge. La sainte Vierge est debout, en bas, et relevant la draperie de son manteau pour prendre l’attitude de l’orante ; elle seule est nimbée, enfin elle est entourée de douze apôtres. La présence de la colombe fait supposer que l’auteur de ce petit bas-relief a voulu représenter en même temps la Pentecôte.
Une seconde fiole du même trésor nous offre la même scène sous des traits identiques, sauf que la main et la colombe sont remplacées par une étoile au bord supérieur du nimbe de Marie.
CH. X. — ASCENSION
Il y a un ornement sous ses pieds qu'on ne voit pas sur la première. Faisons remarquer aussi la belle attitude des anges dont le style est tout à fait antique.
VIIe SIÈCLE.
Horno^ Porte de Sainte-Sabine. (PI. LI.) — La porte en bois de Sainte-Sabine nous conserve une des plus vieilles représentations de l'Ascension. Comme dans tous les panneaux de ce vénérable monument, le sujet est traité à l'antique avec un très-petit nombre de personnages. Debout, les bras étendus dans l’attitude du commandement, entre l’alpha et l’oméga, Notre-Seigneur est placé dans un cadre circulaire orné qui tient lieu de l’auréole ordinaire. Dans les angles les têtes des quatre animaux symbolisent les Évangélistes. En bas, la sainte Vierge est en prière entre deux hommes qui portent au-dessus de sa tête une couronne avec une croix au milieu ; le soleil et la lune accompagnent cette scène.
Jtomc/ ^ Oratoire de Saint-Venance. (Pl. LXXXIII.)
i ; — On sait que Jean IV, vers 640, consacra un
des oratoires du baptistère de Constantin à Saint- Venance et qu’en même temps il orna l’abside de mosaïques. Celle de la tribune nous paraît représenter l’Ascension dont nous y retrouvons lesprincipaux caractères : dans le haut, le Sauveur bénissant nous apparaît au-dessus des nuées entre deux anges; dans le bas, au centre, la sainte Vierge, entourée d’apôtres et de saints, nous offre la même attitude, le même costume, voire les mêmes couleurs qu'au manuscrit de la Bible syriaque; nous y reviendrons à propos des sanctuaires romains.
de Cobbrok, l’a écrit à la première page. Marie a le nimbe rouge, le manteau violet, la robe
Miniature du psautier du roi Athelstane.
bleue; son nom est écrit en latin sur le fond audessus des épaules. Elle a les bras étendus en orante.
Thessalonique. — Citons ici, quoique l’âge de l’édifice lui mériterait peut-être une place antérieure, la mosaïque du dôme de l’église Sainte-Sophie à Thessalonique , représentant l’ascension de Notre-Seigneur. Deux anges enlèvent l’auréole dans laquelle il est placé, et dont la partie supérieure n’existe plus. Au-dessous on voit la sainte Vierge entre deux anges et des palmiers, et les douze apôtres également séparés par des arbres. Le bas de la coupole est marqué par une ligne de cônes de diverses couleurs qui figurent des rochers et des montagnes. Cette admirable composition est sans contredit le plus bel exemple qui nous soit parvenu de la science des Byzantins dans l’exécution des mosaïques. (Texier, oArchitecture byzantine. Pl. XL, p. 244.)
IXe SIÈCLE.
VIIIe SIECLE.
Psautier du roi oAtlielstane. — Le psautier du roi Athelstane, publié par M. Weswood, est un des plus intéressants de la collection Cottonienne. On suppose qu’il remonte à l’année 703 et qu’il appartint à ce prince, comme Thomas, recteur
Bibliothèque Barberini à Rome. (Pl. LU.) — La bibliothèque Barberini nous offre un ivoire du ixe siècle qui reproduit la donnée ordinaire. Notre-Seigneur dans la partie supérieure, entre quatre anges qui l’enlèvent dans une auréole circulaire; dans le bas, la sainte Vierge entre deux palmiers, les pieds posés sur le suppeda-
ICONOGRAPHIE
neum, seule, nimbée et entourée des apôtres ; à trois iiècles de distance du manuscrit syriaque, cette image semble calquée sur le même type.
Bibliothèque de VoArsenal. — Au commencement du même siècle, un petit manuscrit latin de la bibliothèque de l’Arsenal figure l’Ascension, mais sans que la sainte Vierge y ait une place à part; nous l’avons publié dans l’Evangile. (PI. XCIX.)
Bibliothèque de Saint-Paul. (Pl. LII.) — La bibliothèque de Saint-Paul-hors-les-Murs semble consacrer une page entière à la glorification de la sainte Vierge ; on voit dans le bas la Pentecôte, et l’Ascension dans le haut. Dans cette scène, le Sauveur, sur un nuage, est accompagné de deux anges qui parlent aux groupes de disciples à droite et à gauche; la sainte Vierge est en tête d’un de ces groupes; elle n’est pas au centre à cause du manque de hauteur du tableau; la place éminente que l’artiste lui avait réservée dans la Pentecôte, et qui l’élève au-dessus de toutes les autres créatures, rendait moins important de lui laisser dans la première scène le poste d’honneur qu’on lui attribue généralement. Au-dessous du Christ s’élevant vers le ciel et prenant la main de son père, on lit : descendit Christus in altum.
Musée de Berlin. — Une plaque d'ivoire, que nous classons à peu près à la même date que les précédents monuments, appartient au musée de Berlin. Le Sauveur, dans une auréole elliptique, assis sur un demi-cercle, les pieds posés sur un escabeau, est enlevé par quatre anges. Dans la partie inférieure, la sainte Vierge est représentée de trois quarts, puis les apôtres et les oliviers qui désignent le lieu de la scène. Sans doute à cause du défaut d’espace, l’auteur a négligé de mettre les anges du Viri Galilei. Le travail, curieux par son ancienneté, est fort grossier.
Xe SIÈCLE.
Musée du Vatican. — Un ivoire du musée
chrétien rappelle celui de la bibliothèque Barberini, fixé au ixe siècle, et qui est disposé à peu près de la même manière; celui-ci n’est qu’un fragment dont le Christ a été enlevé; on le suppose du x° siècle, mais il pourrait bien être contemporain du premier.
Collection Carrand. — Un bas-relief qui appartenait à la collection du prince Soltycoff, et qui est aujourd’hui dans celle de M. Carrand, représente l’Ascension. L’apôtre qui est le plus près de la mère du Sauveur tient une hampe surmontée d’une croix : c’est saint Pierre qu’on voit souvent avec cet attribut. Les mots gravés sur l'ivoire sont tirés des C ictes des dApôtres (chap. 1, v. 2) : » Hommes de Galilée, pourquoi tenez-vous les yeux tournés vers le ciel ) » Les caractères de cette inscription sont ceux en usage depuis le vme siècle jusqu’au xie. Deux oliviers chargés de fruits s’élèvent au-dessus des apôtres. Ce qu’on doit remarquer dans ce tableau et qui le rend original, c’est la sphère étoilée sur laquelle est assis le Sauveur et qu’enlèvent clesx.N anges, au lieu de l’auréole ordinaire. Il faut noter aussi que les deux anges du bas, au lieu de supporter le Christ, parlent aux apôtres. La composition est harmonieuse et d’un grand caractère; les figures y sont groupées avec art, les attitudes très-variées et les têtes fort expressives, malgré leur petite proportion. (Labarte, Pl. IX, t. I, p. 4 6.)
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Collection Soltycoff. N° 252. — On voyait dans la collection Soltycoff un triptyque d’ivoire catalogué sous le n° 252, et peint en rouge. Je ne sais ce qu’il est devenu depuis la dispersion de cette belle collection. Le volet de gauche contenait une représentation de l’Ascension : le Christ, dans une gloire circulaire, est comme toujours, enlevé par quatre anges; au-dessous, la sainte Vierge entre deux anges debout à ses côtés. Sans doute, par défaut de place, le sculpteur du bas-relief n’a pu grouper les apôtres latéralement; il les a mis dans un compartiment inférieur, et tout à fait séparés de la scène du
CH. X. — ASCENSION
haut. Cette disposition nous rappelle la disposition de la fresque souterraine de Saint-Clément.
Bénédictionnaire de Saint-Æthehvold. (PL XIV.) — Dans le bénédictionnaire de Saint- Æthelwold, la sainte Vierge, au milieu des apôtres, lève les mains en regardant le Sauveur; les apôtres, dans les attitudes ordinaires, ne prient pas; la prière semble réservée à Marie, qui seule figure l’Eglise. Tous sont nimbés. Le Christ, dans une auréole en amande, porte de la main gauche une croix gemmée et présente la droite à son Père, qui lui tend la main du haut du ciel entr’ouvert. Quatre anges à mi-corps, ailés et nimbés, montrent le Sauveur aux apôtres, différant en cela des autres images de l’Ascension, où ils paraissent porter l'auréole.
Bibliothèque de VoArsenal. (PI. XXXIII.) — Dans un manuscrit latin du xe siècle, de la bibliothèque de l’Arsenal, la sainte Vierge, sans être précisément dans l'axe du tableau, est toujours à peu près dans le milieu; il faut croire que le peintre avait peur d’une trop grande symétrie, car Notre-Seigneur lui-même est figuré obliquement. (Évangile, Pl. C.)
XIe SIECLE.
Collection Dent. — c Angleterre. (PL LVI.) — Au xie siècle, les représentations de l’Ascension se multiplient trop pour que nous ne soyons pas forcé d’écarter beaucoup de celles qui s’offrent à nous. Citons d’abord un évangéliaire grec qui faisait partie de la collection de M. Dent, et dont Dibdin a publié une capitale qui renferme ce sujet (Bibliographical Decameron, I, p. 52). La figure de Marie occupe une place très-importante dans cette petite composition; d’une stature presque double des apôtres, montée sur un escabeau, elle lève les bras comme les orantes, pendant que deux anges ravissent le Christ dans le ciel.
Porte de Saint-Paul. ( PL LUI.) — La porte de
Saint-Paul nous offre dans toute son exactitude y le type byzantin et hiératique de l’Ascension. Jésus— Christ dans l’auréole céleste, enlevé par les anges ; Marie au centre, entre les anges qui la séparent des apôtres, lesquels semblent relégués dans les angles; enfin les deux oliviers. Nous reproduisons ce panneau d’après l’estampage que nous avons pris nous-même sur le bronze.
Bibliothèque nationale. Manuscrit g 448.
(PL LIV.) — La Bibliothèque nationale nous ouvre ici comme partout une riche mine de documents ; dans le manuscrit 9448 du fonds latin, nous trouvons la reproduction de cette scène ; Notre-Seigneur debout dans une auréole, sans escorte angélique, se dirige vers une main qui lui est tendue du ciel. La sainte Vierge audessous est au milieu de dix apôtres; elle porte nimbe rouge, robe bleue, surplis orangé, manteau bleu. Parmi les apôtres, le nimbe des uns est rouge, celui des autres bleu; le bleu et l’ocre sont à peu près les seules couleurs employées pour leurs tuniques et manteaux; cette peinture est fort grossière.
Bibliothèque nationale. Manuscrit 10438.
(PL liyï.) — On trouvera sur la même planche LIV une seconde Ascension provenant de la même bibliothèque, mais nous offrant plus de symétrie et moins de désinvolture dans la composition. Notre-Seigneur s’élève seul dans la gloire, figurée par un large et rayonnant arc-en-ciel; une main dans le haut le bénit; deux anges le montrent aux assistants partagés en deux groupes. Le manteau de Notre-Seigneur est violet, sa robe bleue; celui de la sainte Vierge bleu et sa robe violette. Il est possible qu’elle soit du Xe siècle ; le caractère du Crucifiement et la couverture d’ivoire en portent le caractère.
Bibliothèque nationale. Manuscrit 18003. —
Le beau sacramentaire de Verdun place la sainte Vierge un peu de côté, et donne la place centrale aux deux anges. Notre-Seigneur s’élève seul dans le ciel : les deux anges à mi-corps
qu’on voit dans le haut ne sont occupés qu’à l’adorer. Les carnations sont verdâtres. (Voyez Évangile , pl. XCIX.)
Bibliothèquenationale. Manuscrit 7 4;f°lio 101 . (Pl. XVI.) — Ainsi que nous l’avons déjà vu, le manuscrit 74 reproduisant les quatre Évangiles canoniques répète plusieurs fois certaines scènes. Nous trouvons ainsi deux fois l'Ascension avec une grande variété dans la disposition des personnages, mais toujours une place d’honneur réservée à la sainte Vierge. — Au folio 101, l’auréole du Christ portée par quatre anges est rejetée vers la droite; la sainte Vierge au milieu, saint Jean et deux apôtres sont au-dessous, les huit autres se suivent à gauche; Notre-Seigneur s’élève au-dessus des arbres. — Au folio 1 12, l'auréole de Jésus s’élève sans l'intervention des anges ; il vient de quitter la terre, et laisse un vide au-dessous de lui ; la sainte Vierge est derrière saint Jean. Parmi les apôtres, les plus éloignés ont une flamme ronge sur la tête, indépendamment du nimbe.
Nous appelons l’attention sur le séraphin qui ferme de ses ailes l’entrée du paradis terrestre. Au moment où le Christ allait rouvrir les portes du ciel il était convenable de rappeler l’entrée que notre faute nous avait interdite.
Homélies du moine Jacques. (Pl. LXXI.) — Le beau manuscrit du moine Jacques, dont nous aurons occasion de parler plus loin et d'une façon spéciale, nous montre l’Ascension en tète de ses images sur les deux exemplaires de Paris et de Rome. Dans un temple tout symbolique, entre David et Isaïe, Notre-Seigneur, dont l’auréole est portée par quatre anges, occupe le haut de l’arcade; deux autres anges au milieu des apôtres et sans nimbe leur montre le Christ; la sainte Vierge est au centre, mais tournée un peu de côté.
XIIe SIÈCLE.
Ladoga. — Saint-Georges. (Pl. CLI.) — La coupole de Ladoga, sur laquelle nous revien¬
drons plus tard, nous offre une scène de l’Ascension analogue au type de Thessalonique. La sainte Vierge est debout sur un escabeau entre deux anges qui montrent le ciel aux saints rangés tout autour: Au sommet apparaît le Christ dans sa gloire.
Bénévent, Pise, Bologne. (Pl. LUI.) — Citons encore parmi les monuments du xne siècle le manuscrit de la bibliothèque de Bologne, la porte de Bénévent qui nous présente quatre anges autour du Sauveur, mais seulement quatre apôtres autour de la sainte Vierge, — puis la porte de San-Ranieri à Pise, où le collège apostolique est complet, etc.
Manuscrit d’Herrade de Landsberg. — Citons enfin le manuscrit d'Herrade de Landsberg qui nous offrait une Ascension tracée sur une grande échelle. On sait qu’il fût brûlé en 1870 parles Prussiens, de sorte que nous devons à l’obligeance de M. Steinhel, qui nous a communiqué le calque qu’il en possède heureusement , la communication de cette peinture. C’est un tableau véritable qui a plus de om,30 carrés, qui ne nous offre rien d’extraordinaire comme composition et qui rentre fidèlement sous la règle byzantine, mais la scène s’y développe avec une ampleur et une correction rares. Dans le haut Jésus debout dans une auréole en forme d’amande tient une longue bannière de la main gauche pendant que quatre anges l’emportent au ciel. Dans le bas, Marie occupe, selon l’usage, la place centrale; l’auteur s’est efforcé de rendre cette place la plus glorieuse possible, en mettant un escabeau sous ses pieds, en écartant au loin les apôtres et en rangeant comme des gardes d'honneur les anges à ses côtés.
RÉSUMÉ
Si l’Ascension est une des scènes de l’Évangile dont l’iconographie chrétienne se soit emparée avec le plus d’amour et qu’elle ait le plus
CH. X. — ASCENSION
reproduite, il n’en est peut-être pas dont la composition ait mieux triomphé des variations : l’École symbolique n’influe presque pas sur son origine et nous retrouvons déjà, aux portes de Sainte- Sabine, le Christ dans son auréole, les emblèmes évangéliques, le soleil et la lune, Marie au centre et les apôtres à ses côtés.
La vision d’Ézéchiel, description la plus sublime qu'on ait faite du ciel, figure ordinairement dans les anciennes Ascensions parce que les pères ont cru que la forme humaine qu’avait aperçue le prophète parmi les splendeurs des ailes et des roues était celle du Verbe. Ces allusions au chant prophétique d’Ézéchiel s'effacent peu à peu autour du Christ, il ne reste que l’auréole, les anges qui la soutiennent et la main du Père éternel tendue vers son fils.
Des modifications peu importantes se manifestent vers le xie siècle, non dans la donnée mais dans la manière de l’exprimer. Nous observons, alors même chez les Byzantins, et malgré la dictature artistique à laquelle ils étaient soumis, moins de régularité dans la scène : la sainte Vierge quelquefois n’est plus dans l’axe du tableau, elle n’est plus de face, ne lève pas toujours les mains à la manière des orantes, elle prend le geste que nous lui voyons à la Crucifixion ; enfin, les attitudes des apôtres et des anges ont une variété et un mouvement que les anciens ignoraient. En Occident, les artistes latins de l’ère carlovingienne animent encore davantage leurs tableaux; ils oublient la tranquillité des primitifs, ils prêtent aux personnages des mouvements excessifs, et même ridicules. Dans la Bible de saint Paul, ou le manuscrit 9448 de la Bibliothèque nationale, ou le manuscrit 33 de l'Arsenal, le Sauveur, au
lieu de s’élever avec le calme de la toute-puissance, semble escalader le ciel; un vent impétueux secoue ses vêtements et complète l’agitation de son corps. Dans le bas, la sainte Vierge déchoit de la dignité royale, elle se perd dans les rangs des apôtres, qui souvent ressemblent à une mêlée. Le pax vobiscum , ce manteau que le nouvel Élie laissait à ses disciples, est loin de couvrir cette foule désordonnée. Ajoutons toutefois que ces excès n’eurent pas, même en Occident, une portée générale; que certains peintres y échappèrent pour continuer la saine et grande tradition d’iconographie chrétienne ; enfin que le xiie siècle, par un retour salutaire aux leçons de l’antiquité, corrigea ses abus, et revint à la placidité première. La sainte Vierge reprend la position centrale et souveraine, des anges éloignent d’elle la foule des disciples comme les satellites d’une reine qui repoussent les flots du peuple sur son passage. Le Christ ne semble plus monter péniblement les degrés d’un escalier, il s’élève immobile avec la majesté d’un corps glorifié et sans que la force physique agisse en lui. Le xiie siècle revient au vie; nous avons rapproché les deux termes extrêmes de notre étude en commençant par la description de la Bible syriaque , en terminant par celle du manuscrit d’Herrade ; à six siècles d’intervalle , à travers la distance énorme qui sépare les auteurs de ces deux peintures, on sera surpris d’y rencontrer des traits si parfaitement identiques qu’on croirait l’une calquée sur l’autre , et surtout l’image de la très-sainte Vierge sous la même attitude et sous les mêmes vêtements. Nous aimons à réunir ces anneaux, qui forment une chaîne traditionnelle si invincible entre la foi de nos pères et la nôtre.
PENTECOTE.