POEME LATIN ATTRIBUE A SAINT JEAN
Les apôtres étaient dispersés en diverses contrées du monde pour prêcher la religion chrétienne, et Marie habitait en une maison près de la montagne de Sion, passant sa vie à visiter en grande dévotion tous les lieux glorifiés par le baptême, le jeune, la prière, la
1. Ce récit a été lu et discuté par saint Jérôme dans une lettre à sainte Paule; je dois dire cependant qu’on doute de l’authenticité de cette lettre ; suivant certains critiques, Meliton aurait composé son livre pour combattre Jes faussetés contenues dans le récit de l’Assomption ; le père Germer Durand prépare une publication sur ce sujet.
Cathédrale de Pans. Revue de Paris^ Histoire de lart par les monuments } 17 avril, 10 et 31 juillet 1856.
passion, la sépulture, la résurrection et l’ascension de son fils. Elle avait alors soixante ans •, car à quatorze ans elle conçut l’enfant Jésus, l’enfanta à quinze, vécut trente-trois ans avec lui et lui survécut douze années encore.
Un jour que le cœur de la Vierge, embrasé du désir de revoir son fils, faillit de courage et se répandit en larmes — car son fils absent, toute sa consolation lui avait été enlevée — un ange habillé de lumière lui apparut : « Vierge bienheureuse, lui dit-il, vous êtes bénie, mais recevez encore la bénédiction de celui qui dans le temps salua Jacob. Voici, ô ma maîtresse, une branche de palmier du paradis; vous commanderez qu’on la porte devant votre cercueil, car dans trois jours vous serez enlevée de votre corps pour aller en gloire à votre fils. » Marie lui répondit : «Qu’il soit fait comme vous dites; mais je désire instamment que les apôtres mes frères et mes fils soient assemblés près de moi, pour qu’avant ma mort je les voie de mes yeux corporels, qu’en leur présence je rende mon âme à Dieu, et que je puisse être ensevelie par eux. Je demande encore, ce que j’ai demandé bien des fois à mon fils sur terre, que, quand mon âme sortira de mon corps, elle ne voie nul terrible esprit et ne rencontreaucunepuissancedu démon. « — L’aqge lui dit : « Celui qui de Judée en Babylone transporta le prophète par un cheveu, pourra en ce moment vous amener les apôtres; vous n'aurez pas non plus à redouter la présence de l’esprit méchant, vous qui l’avez brisé à la tête et renversé de son trône. En achevant ces mots, l’ange remonta au ciel, comme il en était venu, dans des flots de lumière.
Cependant la palme qu’il avait laissée étincelait d’une grande clarté : elle était verte comme un rameau naturel, mais ses feuilles scintillaient comme l’étoile du matin. Marie entra dai ’’ son lit pour y rester jusqu'à sa sépulture.
Pendant que Jean prêchait à Éphèse, le cic. tonna tout à coup. Une blanche nuée saisit l’apôtre et le déposa devant la maison de Marie; il trappa à la porte, entra et salua sa mère. Marie fut si joyeuse de le revoir qu’elle ne put retenir
POESIES
des pleurs. — « Jean, mon dis, lui dit-elle, souvenez-vous des paroles de votre maître qui m'a confiée a vous. Dieu m’appelle à mourir; je vous recommande donc mon corps, car les Juifs ont résolu d’attendre la mort de celle qui a porte Jésus, afin d’enlever son corps et de le jeter dans les flammes. Vous ferez porter cette palme devant mon cercueil quand vous me conduirez au tombeau. » — Jean pleura.
Au même instant le tonnerre gronda, et tous les apôtres, enlevés par des nuages à toutes les contrées où ils prêchaient, tombèrent comme de la pluie devant la maison de la bienheureuse Vierge. Jean sortit au-devant d’eux et leur apprit que Notre-Dame allait trépasser. En essuyant ses larmes, il leur recommanda de ne pas pleurer sa mort, de peur que le peuple n’en fût troublé et dit : « En voici qui redoutent la mort et cependant qui prêchent la résurrection. »
Quand Marie vit tous les apôtres rassemblés elle bénit Notre-Seigneur ; elle les lit asseoir entre les lampes et les lumières ardentes ; elle leur montra le rameau lumineux; elle revêtit des habits de mort, et s’arrangea dans son lit, en attendant sa tin. Pierre était à la tète du lit, Jean aux pieds, les autres apôtres à l’entour, célébrant les louanges de la Vierge. Vers la troisième heure de la nuit, un grand coup de tonnerre heurta la maison, et un parfum si délicieux embauma la chambre, que tous ceux qui étaient là, hors les apôtres et trois vierges qui portaient des flambeaux, s'endormirentd’un profond sommeil. Alors Jésus-Christ arriva avec les hiérarchies des anges, l’assemblée des patriarches, les bataillons des martyrs, l’armée des confesseurs et les chœurs des Vierges. Tous se groupèrent autour du lit de la Vierge et psalmodièrent de doux cantiques.
Jésus dit a sa mère : « Venez, mon élue, je vous placerai sur mon trône, car je soupire après votre beauté. — Seigneur, répondit Marie, mon cœur est préparé. # Alors tous ceux qui étaient venus avec Jésus chantèrent doucement. Marie chanta sur elle-même ces paroles : « Toutes les générations me proclameront heureuse, parce que celui qui est puissant, et dont le nom est saint, a fait
de grandes choses pour moi. » Aussitôt le chantre des chantres entonna plus excellemment que tous les autres: « Ma fiancée, venez du Liban; venez, vous serez couronnée. — Me voici, dit Marie, car je me réjouis en vous. # En ce moment l’àme de la bienheureuse Vierge sortit sans douleur de son corps et s’envola dans les bras de son fils. Jésus dit aux apôtres : « Portez honorablement le corps de ma mère dans la vallée de Josaphat, ensevelissez-le dans le tombeau qui lui est préparé, et attendez-moi trois jours jusqu'à ce que je revienne à vous. »
Aussitôt les roses et les lis des vallées, c’est-àdire les martyrs, les confesseurs, les vierges et les anges entourèrent l’àme plus blanche que le lait, que portait Jésus-Christ, et montèrent au ciel avec elles. Les apôtres s’écriaient d’en bas en la voyant s’élever : «j Mère pleine de prudence, souvenez-vous de nous. »
Les saints, qui étaient restés au ciel furent attirés par la mélodie de ceux qui montaient, et lorsqu’ils virent leur roi porter en ses propres bras, appuyée sur sa poitrine, l’àme d'une femme, ils furent émerveillés et s'écrièrent : « Quelle est celle qui monte du désert, pleine de délices, appuyée sur son époux? » — « Elle est belle entre les filles de Jérusalem, répondirent ceux qui l’accompagnaient; et comme vous l avez connue pleine de charité et d’amour, vous allez la voir sur un trône de gloire, assise a la droite de son Lis. »
Alors s'éveillèrent ceux qui dormaient; et, voyant le corps sans âme, ils se prirent a pleurer. Les trois vierges qui avaient porté des flambeaux dépouillèrent le corps pour le laver; mais il s’illumina d’une si grande clarté qu’elles pouvaient le toucher et non le regarder. Cette lumière dura jusqu’à ce que le corps fût lavé et vêtu d’un suaire. Alors les apôtres priren cette dépouille avec respect, et la placèrent sur le cercueil. Jean, qui avait bu des tlots de grâces en reposant sur la poitrine de Jésus, qui s’était désaltéré à la source de l'éternelle clarté, porta la palme étincelante, Pierre et Paul mirent le cercueil sur leurs épaules; Pierre entonna 17«
CH. XI
ASSOMPTION
exitu Israël de Egypto , et les autres apôtres continuèrent le psaume à voix faible. Dieu couvrit d’une nuée les apôtres et le cercueil, en sorte qu’on entendait leurs chants sans voir leurs corps. Les anges, marchant deux à deux, chantaient avec les apôtres, et remplissaient la terre d’un son de merveilleuse douceur.
Tout le peuple de Jérusalem fut ému à cette délicieuse mélodie, et sortit en foule de la ville, demandant ce que c’était : « C’est Marie qui est morte, répondit-on, et les disciples de Jésus l’emportent en faisant autour d’elle cette musique que vous entendez. » Alors tous coururent aux armes, s’excitant mutuellement : « Tuons les disciples, disaient-ils, et brûlons le corps de celle qui a porté ce séducteur. » Le prince des prêtres tremblait de rage : « Voilà, s'écriait— il, le tabernacle de celle qui a troublé notre pays ; voyez la gloire qu’on lui rend. » — Il mit la main au cercueil pour le faire tomber, mais ses deux bras séchèrent subitement et y furent cloués ; il pendait ainsi par les mains, tourmenté d’une horrible douleur. Tout le peuple fut frappé d’aveuglement par les anges qui étaient dans les nuages : « Saint Pierre, criait le prince des prêtres, ayez pitié de moi; rappelez-vous comme je vous ai aidé lorsque la servante vous accusait. — Je n’ai pas le temps, répondit saint Pierre, je suis employé au service de Notre-Dame; mais crois en Dieu et en la Vierge qui l’a engendré et tu seras guéri. — J’y crois, dit le grand prêtre en baisant la bière, et soudain ses mains furent détachées, ses bras furent ranimés. — Prends ce rameau, ajouta le chef des apôtres, et mets-le sur ce peuple aveugle ; à qui croira, la vue reviendra. »
Cependant les apôtres, étant arrivés dans la vallée placèrent le corps dans un sépulcre semblable à celui de Jésus-Christ; et, s’agenouillant auprès, pleurèrent et chantèrent. Au troisième jour, une nuée resplendissante environna le sépulcre, une odeur suave se répandit à l’entour; des voix célestes résonnèrent et Jésus-Christ descendit en terre, entouré d’une multitude d’anges. Il salua ses disciples par ces mots : « La paix soit avec vous. » Ils lui répondirent : » La gloire soit
avec vous, qui seul faites les grandes merveilles. — Quel honneur, dit Jésus, pensez-vous que je doive faireà ma mère? — Seigneur, dirent-ils, ressuscitez-la et placez son corps à côté de vous. » Alors saint Michel vint, qui présenta l’âme de Marie àNotre-Seigneur, et Jésus dit: « Levez-vous, mon amie, vase de vie, temple de gloire, afin que votre corps, qui n’a pas été souillé par l’impureté du mariage, ne soit pas gâté par les vers du tombeau. « Aussitôt l’âme revint au corps de Marie, qui sortit glorieuse de la tombe; elle s’envola dans les airs au milieu de la foule des anges, et fut reçue dans le ciel par son fils qui l’embrassa au visage et l’habilla de clarté. Là elle est entourée de la compagnie des anges, enclose de la foule des archanges, possédée des trônes, ceinte du chant des dominations, environnée de l’empressement des apôtres, honorée des vertus, louangée des chérubins, célébrée par les séraphins. La Trinité se réjouit sur elle, les martyrs la supplient, les confesseurs la prient, les Vierges l’entourent d’harmonie, et l’enfer même hurle de rage devant sa gloire.
Les apôtres embrassèrent pieusement le sépulcre, et se dispersèrent de nouveau partoute la terre pour pêcher les hommes et les attirer dans le filet de leurs paroles. »
Après ce charmant poëme nous rapporterons ici une des plus anciennes séquences qu’on ait composées en l’honneur de la sainte Vierge, pour célébrer sa gloire céleste :
« Que les chœurs des anges 1 se réjouissent avec la glorieuse Vierge, qui, sans époux, enfanta un fils dont le sang guérit le monde. Elle voit avec joie le Roi du ciel, qu’elle a jadis nourri de son lait. Combien Marie, mère de Jésus, est célébrée par les anges, qui se regardent comme les serviteurs de son fils! Avec quelle gloire est
i. Congaudeant angelorum cüori gloriose virgini,
Quæ sine commixtione genuit filium qui suo mundum
[cruore medicat.]
Nam ipsa lætatur quæ cœli jam conspicatur Principem In terris cui quondain sugendas virgo mamillas præbuit. Quam celebris angelis Maria mater Jesu credetur,
Qui filii illius debitos se cognascunt tamulos.
POESIES
honorée dans le ciel cette Vierge qui a donné au Maître du ciel un asile dans ses chastes entrailles! De quel éclat brille dans le firmament cette étoile de la mer qui a mis au jour la lumière de tous les astres, des hommes et des esprits célestes!
« O Reine du ciel, ce petit peuple vous célèbre dans toute la piété de son âme, et unit ses chants à ceux des anges au-dessus de l’Empyrée. Les prophètes vous annoncent dans leurs livres, le chœur des prêtres pousse des cris de joie, les apôtres et les martyrs du Christ vous proclament; les deux sexes, pleins d’amour pour votre vie virginale, rivalisent avec les anges pour imiter votre chasteté! Toute l’Eglise vous vénère du fond du cœur, manifeste dans ses chants sa dévotion envers vous, Marie, et vous adresse ses prières pour que vous daigniez être dans tous les siècles son auxiliatrice auprès du Seigneur. »
IVe SIÈCLE.
Nous rapportons encore une hymne anonyme également écrite sous la rubrique de l’Assomption de la sainte Vierge et qu’on croit du IVe siècle 1 : « Que vous resplendissez d’une lumière glorieuse, royale tille de la race
Qua gloria in cœlis ista Yirgo colitur,
Quæ Domino cœli præbuit hospitium sui sanctissimi cor-
[poris,]
Quam splendida polo Stella Maris rutilât,
Quæ omnium lumen astrorum et hominum atque spiri-
[tum genuit,]
Tu, cœli regina, hæc plebecula piis concélébrât mentibus, Te cantu medulo super æthera una cum angelis elevat.
Te libri virgo concinunt prophetarum, chorus jubilât Sacerdotum, apostoli Christique martyres prædicant.
Te plebis sexus sequitur utriusque vitain diligens Virginalem cœlicolas in castimonia emulans,
Ecclesia ergo cuncta tecordibus teque carminibus venerans Tibi suam manifestât devotionem, precatu te supplici im-
[plorans Maria]
Ut sibi auxilium circa Dominum esse digneris per ævum.