‹ La Sainte Vierge (volume 2)Chapitre 316 sur 458 · Rosier de Mûrie } V I · texte numérisé non relu

Rosier de Mûrie } V I

CH. XII

CULTE

un puits dans le bourg des Pasteurs, près de Bethléem ; la fontaine du Dragon, à Jérusalem ; la fontaine du Jardin-du-Baume, en Égypte. (Balinghem, 358.)

Les pèlerins visitent à Bethléem la grotte où elle se cacha pour fuir la persécution d’Hérode.

oArbres. — On voit un térébinthe à l'ombre duquel elle se reposa entre Jérusalem et Bethléem; en Egypte, un figuier sauvage dans le cœur duquel elle se cacha; à Hermopolis, on voyait un très-bel arbre qui inclina ses rameaux devant l’enfant Jésus.

Maison. — Les moines de Saint-Éloi, près d’c Arras, disent qu’ils possèdent une partie de la maison de la sainte Vierge; mais la relique de Lorette est de beaucoup la plus célèbre et attire depuis le xme siècle une multitude de pèlerins.

En i2cji, les saints Lieux étaient envahis; l'église que sainte Hélène avait élevée à Nazareth venait d’être renversée, lorsque la sainte maison échappa aux mains infidèles et se trouva transportée en Dalmatie, entre Tersatz et Fiume.

Nous n’entrerons pas ici dans des détails sur ce miracle, nous réservant de le faire à propos de Nazareth. Nous nous contenterons de rappeler 1 histoire de la translation d’après un ermite du temps et du pays, Paul délia Selva, qui écrivit en ces termes au roi de Naples, Charles II :

« Au nom de Dieu, Ainsi soit-il. Roi, pour satisfaire votre pieuse curiosité, qui m’a confié la narration du grand miracle de la translation faite par les anges de la maison de la sainte Vierge, apportée sur les rivages de l’Italie, dans la province d’Ancône, au territoire de Recanati, entre les fleuves de Aspis ou Moscian et Potentia, voici comme la chose est arrivée, ainsi que je l'ai souvent entendu raconter par des hommes dignes de foi et originaires de Recanati, savoir * François Pétri, chanoine de cette ville, et Uguccion, ecclésiastique exemplaire, de même que par les jurisconsultes distingués Cisco de Cischis

et François Percivalino de Recanati, qui tous, avec plusieurs de leurs concitoyens, vivaient du temps de ce miracle, dont j’ai lu également avec attention la narration dans les registres publics.

« L’an de l'incarnation du Seigneur 1294, le samedi 10 décembre, lorsque tout était plongé dans le silence et que la nuit dans son cours était au milieu de sa route, une lumière sortie du ciel vint frapper les regards de plusieurs habitants des rivages de la mer Adriatique, et une divine harmonie, réveillant la paresse des plus endormis, les tira du sommeil pour leur faire contempler une merveille supérieure à toutes les forces de la nature. Ils virent donc et contemplèrent à loisir une maison environnée d’une splendeur céleste, soutenue sur les mains des anges et transportée à travers les airs. Les paysans et les bergers s’arrêtèrent stupéfaits à la vue d'une si grande merveille et tombèrent à genoux en adoration, dans l’attente du terme et de la fin où aboutirait ce prodige. Cependant cette sainte maison portée par les anges fut placée au milieu d’un grand bois, et les arbres eux-mêmes s’inclinèrent comme pour vénérer la reine du ciel. Aujourd'hui on les voit encore penchés et recourbés comme pour témoigner leur allégresse. On dit que dans ce lieu était autrefois un temple dédié à quelque fausse divinité et entouré d’une forêt de lauriers, ce qui lui a fait donner le nom de Lorette, comme on l'appelle encore aujourd’hui. A peine le matin était-il arrivé que les paysans se hâtèrent d’aller à Recanati pour raconter ce qui s’était passé, et tout le peuple s’empressa d’accourir au bois des Lauriers pour s’assurer de la vérité de cette narration. Parmi les nobles et le peuple, plusieurs restaient muets d’étonnement, plusieurs ne pouvaient se résoudre à croire le miracle. Les mieux disposés pleuraient de joie et disaient avec le Prophète :

« Nous l’avons trouvé dans les champs de la « forêt; » et encore : « Il n’a pas traité ainsi « toutes les nations. » Ils honorèrent cette petite et sainte maison et, pénétrant dans l’intérieur avec dévotion, ils rendirent leurs hommages à la statue de bois de la divine vierge Marie, qui

RELIQUES

tenait son Fils entre ses bras. De retour à Recanati, ils remplirent la cité d’une sainte joie; le peuple quittait souvent la ville pour aller vénérer la sainte chapelle; c’était un concours perpétuel de fidèles qui se croisaient sur la route.

« Cependant la bienheureuse vierge Marie multipliait les prodiges et les miracles. Le bruit d’une si grande merveille s’étendait dans les contrées lointaines comme dans les provinces voisines, et tous accouraient à la forêt des Lauriers, qui se remplit bientôt de différentes habitations en bois pour servir de refuge aux pèlerins. Tandis que ces événements se passaient, le liort infernal qui tourne sans cesse, cherchant quelque proie à dévorer, suscita des brigands dont les mains impies souillaient le bois sacré par des vols et des homicides, de sorte que la dévotion de plusieurs se refroidit par la crainte des malfaiteurs.

« Au bout de huit mois, le premier miracle fut confirmé par un second prodige. La sainte maison quitta la forêt profanée et fut placéé par le ministère des anges au milieu d’une colline appartenant à deux nobles frères, les comtes Étienne et Siméon Rainaldi de Antiquis, de Recanati. Cependant la dévotion des fidèles croissait et la petite et sainte demeure s’enrichissait de grands dons et de nombreuses offrandes. Les nobles et pieux frères en étaient les dépositaires; mais bientôt ils cédèrent à l’avarice, s’appliquèrent les présents et laissèrent pervertir leur jugement jusqu’à en venir à de scandaleuses discussions pour savoir qui des deux l’emporterait sur l’autre.

« Alors la sainte maison se retira quatre mois après son arrivée delà colline des deux frères, et par un troisième miracle fut portée par les anges dans un nouveau site, distant à peu près d’un jet de pierre, au milieu de la voie publique qui conduit de Recanati au rivage de la mer, et c’est là que je la vois encore aujourd’hui et que je contemple de mes propres yeux les grâces continuelles qu’elle accorde à ceux qui viennent y faire leurs prières.

« Néanmoins, quoique les prodiges célestes

démontrassent que ce toit modeste était le séjour de la mère de Dieu, le lieu où le Verbe s’est fait chair, pour découvrir plus clairement la vérité, les habitants de Recanati tinrent une assemblée générale où se rendirent les principaux seigneurs de la province; et il fut décidé qu’on enverrait seize des hommes les plus illustres pour examiner si les mesures de la sainte maison étaient conformes soit aux vestiges restés à Tersatz, soit aux fondements demeurés à Nazareth, où elle fut primitivement bâtie et où elle subsista durant de longues années. Le décret fut exécuté, et parmi les seize députés de Recanati on comptait, pour le quartier de Sainte-Marie, Politus, fils du comte Matthieu de Politis; pour le quartier Saint-Flavien, Marchio jeune, comte Matthieu, fils du comte Siméon Rainaldi de Antiquis ; pour le quartier Saint-Ange, le célèbre docteur en droit Cicottus, fils de Monaldutius des Monaldutiens. Ces personnages distingués, accompagnés de leurs collègues, allèrent, vinrent, revinrent et déclarèrent qu’ils avaient trouvé partout une entière conformité, tant à l’égard des mesures que par rapport aux témoins dont ils avaient recueilli sur les lieux les dépositions.

« Recevez, prince, cette courte narration en témoignage de la réalité du sanctuaire miraculeux et de mon respectueux dévouement envers Votre Majesté, et, afin que vous ayez l’assurance que vos aumônes ont été fidèlement remises, je vous atteste avoir reçu les offrandes dont vous recevrez la récompense dans le ciel. Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Ainsi soit-il. Près de la sainte demeure, l’an du Sauveur 125)7, le 8 juin. — Paul, serviteur de Jésus-Christ. «

Au-dessous on lit ces mots : « Les prieurs du peuple de la cité de Recanati à tous faisons connaître que tous les faits ci-dessus racontés sont véritables et conformes à nos annales et à nos archives publiques. En témoignage et en foi de quoi nous avons ordonné que cette pièce serait scellée de notre cachet et souscrite par notre notaire public, établi par l’autorité impériale et

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maître des actes, le 12 juin de l’année de la circoncision de Notre-Seigneur Jésus-Christ 1297. — François Jacobi, maître des actes 1.

Nous n’ajouterons qu’un mot de description à cette traduction faite par Rohrbacher:

La casa santa se compose d’un carré long de plus de 9 mètres sur 4; les murs ont om,68 d’épaisseur, mais ils ont été dérasés à une hauteur de 4m,4o pour construire la légère voûte en berceau qui surmonte aujourd'hui la chambre. On y a percé dans les temps modernes trois portes dont les matériaux ont servi à boucher la seule qui existât dans l'antiquité. (Le surplus des pierres a été entassé sous l’autel.) A l’une des extrémités s’ouvre une croisée située à 2 mètres

Plan et élévation intérieure de la sainte Maison,

du sol, qui est encadrée par des jambages, un appui et un linteau de pierre; on n’y remarque aucune trace de ferrures.

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