Ibid
Saint Fulbert, évêque de Chartres (1029), était malade d’une esquinancie et la sainte Vierge le guérit, dit-on, en laissant tomber dans sa bouche quelques gouttes de son lait. — Elle se montra aussi vers la même époque à saint Héribert, évêque de Cologne, à saint Léon, second abbé de la Cava dans le royaume de Naples.
Saint Pierre Damien, 'si renommé par sa tendre piété envers la sainte Vierge, raconte ainsi une apparition à l’un de ses frères nommé Marin, qui avait eu le malheur de tomber dans une faute très-grave. — Le coupable, plein de repentir, alla se prosterner devant un autel de la sainte Vierge; après une ardente prière, il déposa sur le coin de l’autel une pièce de monnaie, comme les anciens esclaves en donnaient à leurs maîtres, il se fit frapper de verges et demandait à Marie de ne pas le chasser du nombre de ses esclaves. Au moment de mourir, il vit la sainte Vierge et la salua; après que la vision eut disparu, il expira.
Hermann, surnommé le contract ou le raccourci, naquit en Souabe, de la noble famille de Weringhem ; il fut, dès le berceau, un enfant de bénédiction ; mais son infirmité physique avait arrêté le développement de son intelligence. Un jour la sainte Vierge lui apparut en lui disant que sa résignation avait plu à Dieu et qu’il pouvait lui demander la santé ou la science. Malgré son état habituel de souffrance, il n’hésita pas à demander la science et il en fut récompensé en recevant la science et la santé. Dès ce moment, son esprit, jusque-là complètement inculte, se développa d’une façon prodigieuse et embrassa avec éclat toutes les connaissances divines et humaines ; il passa pour le plus savant homme de son siècle.
Saint Aibert ou Albert, né vers 1060, montra dès son bas âge le goût de l’oraison et de la contemplation et mérita par ses mortifications d’obtenir les faveurs de la reine du ciel. L’archidiacre Robert, son historien et son ami, raconte
CH. XIII, — CULTE
ainsi une vision dont la sainte Vierge le favorisa : Retiré dans le désert, il commença à ne pas manger de pain et à se nourrir seulement d’herbes; il vécut même encore vingt ans en se privant de toute espèce de breuvage; il devait cette grande force de mortification à la sainte Vierge, qui lui était apparue un jour dans sa cellule environnée de lumière, accompagnée de jeunes vierges, et lui apporta pour le nourrir un petit morceau de pain qu’elle lui mit dans la bouche; ce fut le dernier qu’il mangea.
Saint Hugues, une des gloires les plus brillantes et les plus pures des cénobites d’Occident, comptait parmi toutes ses belles et heureuses dispositions une grande dévotion à la sainte Vierge. Entré fort jeune dans l’ordre de Cîteaux, il ne tarda pas à regretter le siècle et à songer à quitter le cloître. Un jour que cette pensée le tourmentait plus que de coutume, il se prosterna devant l’image de Marie, arrosa le pavé de ses larmes et lui fit part des peines qu’il éprouvait. Elle lui apparut alors, releva son courage et dès lors il oublia ses pensées mondaines. Etant devenu abbé de Bonneveaux, deux de ses novices furent, comme il l’avait été lui-même, tentés de quitter le cloître. L’un d’eux, qui avait été soldat débauché, rêva qu’il tombait dans un puits profond; saint Hugues, à qui il en fit part, lui dit que ce puits était l’enfer, qu’il y tomberait s’il quittait le cloître. Le novice n’en tint compte, sortit, se livra de nouveau; à ses désordres et fut tué par des ennemis. L’autre, qui était clerc, écouta la voix de son abbé, et, comme il était tombé dangereusement malade, la sainte Vierge lui apparut la veille de sa mort et l’assura que, le lendemain, il recevrait la couronne que son pieux abbé lui avait fait apercevoir au bout de sa carrière. Elle apparut aussi à saint Hugues dans sa chapelle, pressant contre son cœur un enfant d’une beauté et d’une grâce surhumaines. Ellemême était fort belle. Tandis que l’enfant parlait à sa mère, le démon apparut soudain. L’enfant lui adressa des paroles sévères et le démon s’enfuit. Saint Hugues, qui racontait cette vision à ses
moines comme si elle était arrivée à un autre, s’en servit pour leur montrer que la parole de Jésus-Christ chassait le démon. Voici une autre vision qui le concerne, quoiqu’elle ne lui soit pas arrivée à lui-même. La sainte Vierge apparut à Bertin de Varenne, qui était resté seul dans les champs; elle passa rapidement lorsqu’un vieillard vénérable s’approcha de lui et lui dit : « Je suis saint Pierre, cette dame est la sainte Vierge; va dire à l’abbé Hugues qu’il touche à la fin de sa vie et qu’il mette en règle ses affaires et celles de sa communauté. » Bertin n’osa pas d'abord remplir ce premier message; mais, sur un second^ordre plus impératif, il se décida à aller à Cluny et à raconter ce qu’il avait appris à l’abbé Hugues, qui reçut l’avis avec respect et reconnaissance. Une autre apparition, arrivée à une religieuse du nom de Sabine, l’avertit de la mort de saint Hugues.
Une dernière enfin, concernant l’abbé Hugues, montra à Bernard de Narbonne l’âme du saint abbé reçue au ciel par les bienheureux.
Saint Arnould, évêque de Soissons, partagea avec quelques grands saints, ses contemporains, cet amour de la sainte Vierge. Pour lui donner une preuve de sa bienveillante affection, elle lui apparut peu de temps avant sa mort et l’en avertit. Un saint colloque s’établit alors entre la reine des deux et son humble serviteur. Cette apparition, racontée par saint Arnould lui-même, a été consignée par Lizard, successeur de saint Arnould sur le siège de Soissons et son historien.
Saint Robert, abbé et fondateur de Molesmes et de Cîteaux, était encore dans le sein de sa mère, la bienheureuse Ermengarde, lorsque la sainte Vierge apparut à celle-ci, lui annonça que cet enfant devait devenir son époux et lui en laissa pour gage un anneau qu’Ermengarde trouva, en effet, dans sa main à son réveil.
Saint Albéric (Aubry), qui avait été le compagnon de saint Robert dans la fondation de J’ordre
APPARITIONS
de Cîteaux, lui succéda en qualité d’abbé. Il renouvela solennellement la consécration que saint Robert avait faite de son nouvel institut à la reine du ciel. On dit que ce fut elle qui lui inspira de changer la couleur de l’habit, qui primitivement était noir et qui fut ensuite blanc. La mère de Dieu apparut à Albéric, accompagnée d’une légion d’esprits célestes et tenant à la main un habit religieux d’une blancheur éblouissante qu’elle mit elle-même sur les épaules du bienheureux abbé. Elle lui apparut une seconde fois en lui promettant pour son institut un accroissement prodigieux. Elle le visita aussi à l’heure de sa mort, peut-être parce qu'il expira au moment où se prononçaient autour de lui ces paroles des litanies : Sancta Maria, ora pro nobis. Le visage du saint s’anima d’un éclat tout céleste et il rendit alors son esprit à Dieu avec la tranquillité d’un homme qui s’endort h
Saint Étienne, qui lui succéda comme abbé de Cîteaux et qui, comme lui, avait été collègue de saint Robert, apprit aussi de la sainte Vierge les grandes destinées réservées à leur ordre et, en ce qui le concernait, sa tin prochaine.
XIIe SIÈCLE.
Au xne siècle nous rencontrons, pour apologistes de la sainte Vierge, Robert de Tuitz, Richard de Saint-Victor, le Grec Euthymius, saint Bruno, saint Bernard, abbé de Clairvaux 1 2.
La ville d’Arras était désolée par cet affreux fléau qu’on appela le mal des Ardents et qui dura pendant deux siècles et demi, en dépeuplant la France. Dans cette extrémité, les habitants d’Arras eurent recours à la consolatrice des affligés. Neuvaines, processions, prières, supplications, tout fut employé pour la fléchir; elle ne fut pas sourde, car elle fit savoir à deux musi¬