DE LA BIENHEUREUSE VIERGE MARIE
O grande Marie,
O Marie, la plus grande des Marie,
O la plus grande des femmes,
O reine des anges,
O dame du ciel,
O femme pleine et comblée de la grâce du Saint-Esprit,
O bénie et la plus bénie,
O mère de l’éternelle gloire,
O mère des églises céleste et terrestre,
O mère d’amour et d’indulgence,
O mère des hauteurs d’or,
O honneur du firmament,
O signe de paix,
O porte du ciel,
O châsse d’or,
O demeure d’amour et de miséricorde,
O temple de la divinité,
1. Essay s on the origin, doctrines and discipline of the early irish Church , hy the rev. Dr. Moran. — Dublin, 1864, I p. 224.
O beauté des vierges,
O maîtresse des tribus,
O fontaine des parterres,
O purificatrice des péchés,
O flot, qui lave les âmes,
O mère des orphelins,
O lait des enfants,
O consolation des malheureux,
O étoile de la mer,
O servante de Dieu,
O mère du Christ,
O asile du Seigneur,
O gracieuse comme la colombe,
O sereine comme la lune,
O resplendissante comme le soleil,
O réparatrice de la disgrâce d’Eve,
O régénération de la vie,
O beauté des femmes,
O reine des vierges,
O jardin fermé,
O fontaine parfaitement close,
O mère de Dieu,
O perpétuelle Vierge,
O prudente Vierge,
O sereine Vierge,
O chaste Vierge,
O temple du Dieu vivant,
O trône royal du souverain éternel,
O sanctuaire du Saint-Esprit,
O Vierge de la souche de Jessé,
O cèdre du mont Liban,
O cyprès du mont Sion,
O rose écarlate de la terre de Jacob,
O fleurie comme l’olivier,
O glorieuse mère,
O lumière de Nazareth,
O gloire de Jérusalem,
O beauté de l’univers,
O le plus noble sang des chrétiens,
O reine du ciel,
O échelle du ciel, écoute la prière du pauvre, ne dédaigne pas les blessures et les gémissements du misérable.
Que nos vœux et nos soupirs pénètrent par toi en présence du Créateur, car nous ne sommes pas dignes nousmêmes d’être entendus pour nos mérites.
O puissante maîtresse du ciel et de la terre, efface nos offenses et nos péchés; détruis nos impiétés et nos corruptions; relève les tombés, les affaiblis, les chargés de fers ; délivre les condamnés ; répare avec tes mérites les désobéissances et les immoralités de nos vices ; donnenous par toi-même les fleurs et les ornements des bonnes actions; apaise pour nous le juge par ta voix et tes supplications; ne nous laisse pas emporter loin de toi parmi les dépouilles de nos ennemis; ne laisse pas condamner nos âmes, mais prends nous toi-même à jamais sous ta protection.
Nous t’en supplions et t’en prions ardemment, ô sainte
CH. XIII
CULTE
Marie, par ta grande prière obtiens de ton seul fils, qui est Jésus-Christ, le fils du Dieu vivant, que Dieu nous défende de toute détresse et tentation, et obtiens pour nous du Dieu de la création qu’il nous accorde le pardon et la rémission de toutes nos fautes et péchés, et que plus tard il nous donne, par ta prière, la perpétuelle possession du royaume céleste, pour la vie éternelle, en présence des saints et des saintes vierges du monde. Que nous en soyons dignes, que nous en jouissions dans tous les siècles des siècles. Amen !
Cette litanie parle d’elle-même. C’est une gloire pour l’Église d’Irlande d’avoir inventé un si douce invocation à la mère de Dieu. — Pie IX a prouvé combien il l’appréciait en accordant des indulgences à ceux qui la réciteraient. — N’est-ce pas touchant de voir sur les lèvres des fidèles du xixe siècle une prière faite il y a plus de onze cents ans ; et si cette épithète pouvait convenir à une Église éternellement jeune, ne devrions-nous pas revendiquer pour nous-mêmes le titre tristement profané de vieux catholiques?
Les litanies1 les plus connues aujourd'hui sont celles qui ont pris le nom de Lorette. Paul V a accordé soixante jours d’indulgence à tous ceux qui les chanteraient le samedi dans les églises des frères prêcheurs ; ces faveurs ont été accordées : i° ob specialem matris Dei dignilatem; 20 specialem erga eam ecclesiæ amorem ; 30 ob spéciale ejus patrocinium et favorem nobis exhibitum ; 40 ad excitandum erga eam fidelium majorem devotionem.
L’abbé Barthe en a fait une sorte de paraphrase très-ingénieuse à l’aide de versets de la sainte Écriture qui inspirèrent peut-être les invocations ; on nous saura gré, en transcrivant les litanies, de les accompagner de ces textes et d’y ajouter quelques réflexions d’autres auteurs :
« Kyrie eleison. Qui benedixerit tibi erit et ipse
1. Pour les litanies, voy. Gabriel Alcyoni : Poésie des litanies. Malheureusement nous 11» pouvons rien emprunter à ces gracieuses pages qui ne renferment aucune donnée historique, seul but de nos recherches.
benedictus. ( Nombre , 24, 9.) Laudis ejus plena est terra. (Hab., 3.)
« Christe eleison. Petitionem unam parvulam deprecor a te, ne confundas faciem meam. Et dixit ei rex : pete mater mea, neque enim fas est ut avertam faciem tuam. (III, Reg., n.)
Sub tuum præsidium, etc.
« Kyrie eleison. Die obsecro quod mea soror sis. ( Gen ., 12.)
Adeamus eum fiduciâ ad thronum gratiæ ut misericordiam consequamur. ( Heb ., iv.)
On commence les litanies par le Kyrie et on le répète trois fois, parce que ce nombre même est consacré à Dieu. Aristote a dit 1 n Tria sunt omnia. » Le Christ a été à la fois roi, prêtre et prophète ; il a réuni trois natures. Cette prière est très-ancienne dans l’Église grecque ; on ignore quand elle fut introduite en Occident. Saint Grégoire ne doit pas l’avoir importée, mais avoir seulement réglé le nombre de neuf, car cent cinquante ans avant lui, en 442, un concile de Gaule ordonne de dire la prière que Rome, toute l’Italie et tout l’Orient ont coutume de dire. Cette union de langage figure du reste l’union de foi;
« Christe , audi nos. Ego audivi gemitum filiorum. (Ex., v.) Ego exaudiam de cœlo et propitius ero. (II, Par., vu.) Ab omni peccato... ab ira tua... a morbo... a subitanea morte... a spiritu fornicationis... libéra nos, Christe, audi nos.
n Christe , exaudi nos. Exaudivit me Dominus. (Dent., IX, 19.)
Les litanies commencent, comme tous les orateurs, par solliciter la bienveillance de leurs auditeurs ; nous ne demandons d’abord à Dieu que de nous écouter favorablement ; il sait mieux que nous ce qui nous convient.
« Pater de cœlis Deus. Lætarefilia. (Sap., III, 14.) Cœlum sedes mea. (Is., VI, 1. ) — Paternoster qui es in cœlis. — Ave, filia Dei patris. Cujus es filia? indica mihi. [Gen., 24, 23.)
Jésus-Christ lui-même nous a enseigné
PROCESSIONS ET LITANIES
cet admirable exorde de la prière : Pater, gratias ago tibi. [Jean, 11-41.) Pater, clarilica nomen tuum (12). Pater venit hora (17, 1). Pater, serva nos (n), etc.
Fili redemptor mundi Deus. Dona mihi populum meum pro quo obsecro. [Est., 7, 3.) Ave, mater Dei filii Jesu, miserere nobis. Scio quod Redemptor meus vivit. [Job, 19, 25.)
Spiritus sancte Deus. Dotavit me Deus dote bona. Quam pulchra es anima mea, quam pulchra es! [Cant., 1, 14.) Benedicta es a Domino filia. ( Ruth ., 3, 10.)
Ave, sponsa Spiritus sancti. Una est columbamea. Una est matri suæ, electa genitrici suæ. [Cant., VI, 8.)
Sancta Trinitas unus “Deus, miserere nobis. Ego sum Alpha. ( QÂpoc ., 1, 8.) A. a, a, Domine. [Jer., 1, 6.) Hi très unum sunt.
Le Miserere nobis est une des formes qui convient le mieux pour le Christ; les deux aveugles, la Chananéenne, le père du lunatique, Bartimée l’aveugle, les dix lépreux lui disaient : « Ayez pitié de nous. » Le mot nobis fait voir que les litanies sont une prière commune. Après avoir invoqué chacune des trois personnes divines, nous invoquons la sainte Trinité, pour montrer que nous n’adorons qu’un seul Dieu.
Sancta Maria, ora pro nobis. Die mihi quo appellaris nomine. [Gen., 32-29.) Et nomen virginis Maria. [Luc., 1, 27.) Oleum effusum nomen tuum. [Cant., 1-2.) Olivam pulchram vocavit Dominus nomen tuum.
[Jer., 9-16.)
Sancta Dei genitrix. Qui creavit merequievit in tabernaculo meo. [Eccl., 24-12.) Ego hodie genui te. ( Ps ., 2-7.) Peperit filium suum primogenitum. [Luc,, 2-7.)
Sancta virgo virginum. Una est columba mea, perfecta mea. [Cant., 6-8.) Adolescentularum non est numerus. [Cant., 8-7.) Viderunt eam fïliæ et beatissimam prædicaverunt. [Cant., 6-7-8.) Saint Bonaventure dit que le nom de Marie est rappelé sept fois
dans l’Évangile pour rappeler les sept principales vertus qui brillent en elle. On l’appelle la vierge des vierges pour montrer l’excellence de sa virginité, comme on dit, Deus Deorum, rex regum, cœlum cœlorum.
« Mater Christi. Dilectus meus mihi inter ubera mea commorabitur. [Cant., 1-12.) Peperit hlium suum primogenitum et pannis eum involvit. [Luc., 2-7.) Et in utero novem mensibus portavi et lac dedi et alui. (II, Mal., y.)
« Mater divince gratice. In me gratia omnis. [Eccl., 24-25.) Ave, gratia plena. [Luc.. 1, 28.) Adeamus ad thronum gratiæ. [Heb.,
« Mater purissima — castissima. Super inimicos meos despexit oculus meus. [Ps., 53-9.) Semper triumphat in Christo Jesu. (II, Cor., 2-4.)
« Mater inviolata. Signum magnum. [C/lpoc., 1 2—1 . ) Spéculum sine macula. ( Sap ., 7-26.) Ecce virgo concipiet. [Is., 7- 14.)
« Mater intemerata. Flores mei fructus honoris. [Eccl., 24-23.) Hortus conclusus, fons signatus. [Cant., 5-12.) Eo quod castitatem amaveris, ideo eris benedicta in æternum. [Jud., 15-1 1 .)
« Mater amabilis. Quæcumque amabilia. [Phil.,
5- 8.) Esther pulchra nimis: [Est., 2-y .) Judith eleganti aspectu. [Jud., 8 -y.) Rebecca décora nimis. [Gen., 24-16.) Rachel venusta aspectu. [Gen., 29-17.) Nomen ejus amabilis Domino. (II, Reg., 12-25.)
« Mater admirabilis. In conspectu potentium "admirabilis ero et faciès principum mirabuntur. [Sap. . 8-1 1.) Vocabitur nomen ejus admirabilis. [Is., 9-6.)
n Mater Creatoris. Portât omnia verbo virtutis suæ. [Heb., 1-3.) In Christo nova creatura. (II, Cor., 5-1 y.) Qui creavit me requievit in tabernaculo meo. [Eccl., 24-12.)
« Mater Salvatoris. Vocavit eum salvatorem mundi. [Gen., 61-45.) Natus est vobis hodie salvator. [Luc., 2-1 1.) Pariet filium et vocabis nomen ejus Jesum, ipse enim salvum faciet populumsuum. [Mat., 1-24.)
CH. XIII
CULTE
» Virgo prudentissima. Quis dédit gallo intelligentiam. [Job., 38-36.) Vade ad formicam et disce sapientiam. ( Prov., 6-6.) Estote prudentes sicut serpentes. [Mat., ic-i 6.) Prudentes acceperunt oleum in vasis suis, (c Mat., 25-4.) Obliviscere... domurn patris tui et concupiscet rex decorem tuum. [Ps., 44-10.) Eratque mulier prudentissima.
(I, Reg., 25-3.)
« Virgo veneranda \ Semper in venerationem tui mens ista permaneat. [Parai., I., 29-18.) Surrexit Rex in occursum ejus. (III. Reg., 11.) Beatum me dicent omnes generationes. (Luc, 1-48.)
u Virgo prœdicanda. Beatissimam prædicaverunt. ( Prov ., 31-28.) Beatus venter qui te portavit. [Luc, n-2y.) Non recedat laus tua de ore hominum. [Jud., 13-25.)
« Virgo potens. Omnia possum in eo (Phil., 4-13) fecit potentiam in bracbio suo. [Luc, 1—5 1 .) In manu tua virtus et potentia. (Parai., I, 29-12.) Ce qui prouve la puissance de la
1. Les fêtes de la sainte Vierge sont célébrées dans toute l’Eglise catholique :
i° Conception, 50 Purification,
20 Nativité, 6° Visitation,
30 Présentation, 70 Assomption.
40 Annonciation,
Outre ces fêtes on en célèbre d’autres particulières, qui sont :
i° Fête du rosaire (en souvenir de Lépante),
20 Dédicace de sainte Marie aux martyrs,
30 Mariage de la sainte Vierge,
40 Attente de l’enfantement du Sauveur,
50 Sainte Marie Odigitria,
6° Dépôt des vêtements de la sainte Vierge,
70 Dépôt de la ceinture,
8° Sainte Marie des Anges,
90 Mont Carmel, to° Douleurs de la sainte Vierge, ii° Joies de la sainte Vierge,
12° Sainte Marie de la Paix, en Espagne,
130 Sainte Marie in principio, à Naples,
140 Enfantement de la sainte Vierge,
150 Notre-Dame delà Victoire. (Rome, Bruxelles.) i6° Notre-Dame des Ardents,
170 Glorification de Notre-Dame.
180 Translation de la maison de Lorette.
sainte Vierge, c’est que nous demandons aux saints d'intercéder pour nous auprès d’elle; on lit dans sainte Brigitte que saint Denys l’Aréopagite, introduit auprès de la sainte Vierge (caput, civ, B), lui demande d’avoir pitié du royaume de France qui lui appartient. Puis la sainte Vierge et saint Denys prient ensemble pour la France.
Virgo clemens. Lex clementiæ in lingua ejus. [Prov., 31-26.) Cor meum tanquam cera liquescens. (Ps., 21-15.) Clementia ejus quasi imber serotinus. (Prov., 16-15.) Et camelis tuis hauriam aquam. ( Gen ., 24-19.) Prope est omnibus invocantibus. (Ps., 144-18.)
Virgo fdelis. Fidelis in conspectu Dei. ( Eccl ., 48-25.) Fidelis usque ad mortem. (oApoc., 2-10.)
Spéculum justitice. Sol justitiæ. (Mal., 4-2.) Spéculum sine macula Deimajestatis. ( Sap ., 7-27.). Unicuique secundum opéra ejus.
(Mat., 16-27.) Videmus nunc per spéculum. (I, Cor., 13, 12.) Ici commencent les métaphores :
Sedes sapientiœ. Cum sapientia inhabitat. (Sap., 7-28.) Multiformis sapientia Dei... in Christo Jesu. ( Eph ., 3-10.) Sapientia ædificavit sibi domum, excidit columnas septem. (Prov., 9-1.)
Causa nostrœ lœtitiœ. Celebrate eam cum omni lætitia. (Est., 16-29.) Lætabimur in salutari ejus. (Is., 25-9.) Exultavit infans in gaudio. [Luc, 1-44.) Tristitia vertetuf in gaudium. (Joan., 16-20.)
« Vas lionorabile. Vas auri solidum ornatum omni lapide pretiosa. (Eccl., 50-10.) Vas in honorem. (II, Tim., 2-24.) Les écrivains sacrés présentent généralement sous cette figure les saints et les sages. Saint Paul n’at-il pas dit du Christ qu’il est un vase d’élection? et chez les païens, Alexandre, voyant Diogène dans son tonneau, ne s’est-il pas écrié : « O vase plein de sagesse ! »
<1 Vas insigne devotionis. Lampades ejus lampadesignis atque flammarum. ( Cant ., 8-6.) Illi offerebant et ilia infundebat. (IV, Reg.,
PROCESSIONS ET LITANIES