Our Lady’ s Dowry . p. îji
CH. XVI
CULTE
de toi. C’est pourquoi, 6 notre Dame, tu es la mère de celui qui pardonne et de ceux auxquels on pardonne, de celui qui justifie et de ceux qui sont justifiés.
« ...La mère de Dieu est notre mère. La mère de celui en qui résident toutes nos espérances et nos craintes est aussi notre mère. La mère de celui qui sauve et qui condamne est aussi notre mère ! »
On attribue encore à saint Anselme des hymnes en vers ïambiques pour toutes les heures de l’office de la sainte Vierge, suivies d’un psautier en son honneur et de même mesure, divisé en trois parties, dont toutes les strophes commencent par oAve. En tète de ce psautier on lit l’antienne Salve Résina comme nous la chantons aujourd’hui, sinon qu’elle finit par ces mots : O clemens , ô pia, 0 dalcis , gloriosa Domina nostra , intercédé pro nobis1.
Nous devons dire que l'attribution de cette belle antienne à saint Anselme a été combattue. Albéric, dans sa Chronique du Puy, en fait honneur à Adhémar, évêque du Puy, mort à Antioche en 1080 et l'appelle pour cela l’antienne du Puy, oAntiphona de Podio. D’autres en font honneur à Pierre de Compostelle, qui vivait au xne siècle.
Les dominicains adoptèrent cette antienne et la chantèrent tous les jours; bientôt elle fut admise dans l’office romain.
Dans l’origine les premiers mots étaient Salve, Regina misericordiœ ; plus tard seulement on ajouta le mot mater. La fin a été composée par saint Bernard en 1146; envoyé par le pape pour prêcher une croisade aux peuples allemands, il fut reçu avec les plus grands honneurs par l’empereur Conrad et par les populations. Arrivé à Spire on le conduisit en triomphe à la cathédrale où l'on commença à chanter le Salve Regina. Tout à coup au milieu de l’émotion générale et comme retentissaient les dernières paroles : Filium j
1 Trigan, Histoire ecclésiastique de Normandie, II, 48. — Rosier de Marie , Ht, 377.
tuum nobis post hoc exilium ostende, on vit saint Bernard, dans unesorted'extase, s’écrier leslarmes aux yeux : O clemens, ci pia , ô dulcis virgo Maria ! A dater de ce jour, ces belles et expressives paroles furent admises par l’Église universelle.
Voici le texte entier : » Salut, reine, mère de miséricorde, notre vie, notre douceur, notre espérance, salut! Enfants d’Ève, exilés, nous élevons nos cris vers vous, nous soupirons vers vous, gémissants et pleurants dans cette vallée de larmes. De grâce, ô notre avocate, tournez vers nous vos regards miséricordieux. Et après cet exil, faites-nous voir Jésus, le fruit béni de vos entrailles, ô clémente, ô tendre, ô douce Vierge Marie 1 !
Hermann, surnommé le Contract (1013+ 1054) à cause de la contraction de ses membres, passe selon quelques-uns pour le véritable auteur du Salve Regina. Il était fils d’un comte de Wehringen (voy. apparition) et naquit en 1013, il embrassa l’ordre de Saint-Benoit et habita successivement le monastère de Saint-Gall et celui de Reichenau, dont il devint abbé et dans lequel il mourut en 1054. Si on lui conteste le Salve , il est beaucoup plus certain qu’il composa l’antienne oAlma Redemptoris mater :
0 Douce mère du Rédempteur, porte du ciel toujours ouverte, étoile de la mer, secourez un peuple qui tombe et qui s’efforce de se relever. Vous qui par un prodige dont s'étonne la nature avez enfanté votre Créateur, Vierge avant et après la salutation de Gabriel, ayez pitié des pécheurs 2.
x. Salve, regina, mater misericordiæ, vita, dulcedo et spes nostra, salve, ad te clamamus, exules filii Evæ, ad te suspiramus genrentes et fientes in hac lacrymarum valle. Eia, ergo, advocata nostra, illos tuos miséricordes oculos ad nos converte et Jesum benedictum ventris ui nobis post hoc exilinm ostende, 6 clemens, G pia, ô dulcis Virgo Maria.
I 2. Alma Redemptoris mater , quæ pervia cœli porta mânes, et Stella maris, succurre cadenti, surgere qui curât, populo. Tu quæ genuisti, natura mirante, tuum genitorem : Virgo prius ac posterius Gabrielis ab ore sumens
| illud ave, peccatorum miserere.
POÉSIES. — (XIIe SIÈCLE.)
XIIe SIECLE.
Saint Bernard. — Nous rapportons ici, d’après M. Félix Clément, plusieurs poésies dont l’honneur appartient à saint Bernard :
i. Vous avez porté, vous avez allaité, ô reine bénie, celui qu’adore et honore la triple machine du monde.
Vous adoriez en l’allaitant ce Dieu fait homme qui nous a purifiés et nous a sauvés en répandant son sang.
Vous le pressiez contre votre sein quand il pleurait pour être allaité. Il remplissait les devoirs du serviteur et vous ceux de la servante.
Que d’angoisses, que de douleurs a éprouvées votre âme, lorsque le plus pervers des peuples a élevé sur la croix le souverain maître!
Que de pleurs, que de souffrances, que de gémissements lorsque le roi du ciel a été livré à une mort si cruelle !
2. Guide des saints, espoir des pécheurs, Vierge mère du Seigneur par qui l’homme a recouvré la vie éternelle,
Mon cœur gémissant vous adresse des prières, ô ma souveraine; car je succombe sous le fardeau pesant qui m’accable.
Délivrez-moi, comme vous l’avez fait souvent, du fardeau qui m’oppresse et excusez la faute dont se plaint mon âme remplie de confusion.
Une immense douleur qui s’est emparée de moi me torture cruellement. Le glaive du péché déchire mon cœur palpitant.
Qu’ils sont lâches et coupables, ceux qui aiment le monde ! Ils ne voient pas à qui ils se vendent, ceux qui oublient le Seigneur.
Il est aveugle et ignorant comme la brute, l’homme qui se laisse séduire par le spectacle de cette vallée de misères.
En effet, que résulte-t-il des joies du monde, si ce n’est la tristesse ; les malheureux qui les recherchent y trouvent-ils autre chose qu’une | source de cruels tourments }
Hymne V.
Tu portasti Et lactasti,
Benedicta Domina,
Quem adorat Et honorât Mundi trina machina
Adorabas Et lactabas
Deum factum hominem, Qui nos lavit Et salvavit
Suum ponens sanguinem.
Vagientem Et lactentem Confovebas gremio :
Servi ille,
Tu ancillæ Functa es officio.
Quot angores Quot dolores Tua sensit anima,
Quum in crucem Summum ducem Gens levavit pessima !
Quot lamenta,
Quot tormenta,
Quanti tui gemitus,
Quum rex cœli Tara crudeli Morci esset traditus!
(F. Clément, p. 442 et 480.)
Hymne VIL
Dux sanctorum . Spes lapsorum.
Virgo mater Domini, Per quam vita Restituta
Est perennis homini.
Gemebundo Corde fundo Ad te preces Domina; Namque gravi, Quam paravi Premor valdè sarcinâ.
Solve moles, Sicut soles, Quibus pressus jaceo, Et excusa Quod, confusa
Mente, factum doleo.
Dolor ingens Me constringens Yehementer cruciat,
Culpæ telum Cor anhæluin Siquidem dilaniat.
O quam pravi Et ignavi
Sunt qui mundum diligunt !
Non attendunt Cui vendunt Se, qui Deum negligunt.
Vere cæcus Est ut pecus Expers est scientiæ,
Quem delectat Hoc quod spectat In valle miseriæ !
Nam quem fructum, Nisi luctum,
Præstant mundi gaudia, Cujus cura Gignit dura Miseris supplicia.
CH. XVI
CULTE
Écoutez mes pleurs et mes plaintes, suprême arbitre du monde, et soyez indulgent, car j’ai dans mon iniquité violé vos commandements.
Je rougis et je me consume. Je crains la vue de votre visage en pensant à l’énormité de mes péchés.
Une grande terreur accompagnée de larmes jette le trouble dans mon âme; mon cœur est épouvanté lorsqu’il considère ce qui l’attend à la dernière heure.
Qui sera tranquille au moment où la lumière viendra éclairer ce qui est caché?
Quelle douleur, quelle tristesse accableront les malheureux qui, pour leurs péchés, seront plongés dans les abîmes de l’enfer!
C’est en vain que les damnés feront entendre des cris et des hurlements lorsqu’ils seront livrés au feu cruel du tentateur.
Hélas! qu’ai-je fait! où me suis-je heurté, infortuné? Je suis tombé dans l’abîme où sont
conduits ceux qui ont été séduits par les ruses du perfide ennemi!
Où me dirigerai-je pour échapper à la terrible sentence? Qui implorerai-je pour éviter par son secours la colère du juge ?
O Marie, en qui s’est manifestée la sagesse du Très-Haut, puisqu’en croyant et en suivant la voie de Jésus, l'homme a pu être racheté,
Apaisez en faveur de ceux qui vous prient le juge redoutable afin que, dans sa colère, pour punir nos péchés, il ne nous livre pas aux flammes de l’horrible enfer.
Échelle du ciel, faites que je triomphe des maux contre lequels je lutte; faites que je persévère constamment dans le bien que je me propose de faire ;
Ne laissez pas croître en moi les épines du vice, vous qui nous instruisez à toujours conquérir des vertus.
Faites-moi la grâce d’être pour moi une pa-
Parce fleuri Et dolenti,
Sumne rerurn arbiter,
Nam mandata Per te data
Sum transgressus nequiter.
Erubesco Et tabesco
Tuam timens faciem,
Dum meorum Delictorum Perpendo congeriem.
Ingens metus Atque fletus Meam turbat animam, Pavet sensus,
Dum suspensus Horam pensât ultimam.
Quis futurus Est securus In illo examine,
Quando patent Quæ non latent Arguente lumine?
Quo mœrore Deprimuntur miseri Qui abyssis Pro commissis Submergentur inferi !
Ululatus Et ploratus
Frustra dabunt perditi, Quum maligni Sæyo igni Semel erunt traditi.
Heu ! quid egi, Qub impegi,
Quod infelix cecidi Qub deducunt Quem seducunt Fraudes hostis perfidi !
Ad quid tendam, Ut tremendain Evadam sententiam ?
Quem requiram Per quem iram Judicis efïugiam?
O Maria Quâ sophia
Prodiit Altissimi Ut credendo Et sequendo Homo posset redirai ;
Formidandum Redde blandum Judicem supplicibus,
Ne iratus Ob reatus
Sævis tradat ignibus.
Cœli scala Fac me mala Quæ impugnant vincere, Et in bono,
Quod propono, Constanter persistere.
Nunquam sinas In me spinas Vitiorum crescere,
Quæ ad fructum Nos virtutum Doces semper tendere.
Clemens dona Ut Patrona Yelis esse misero,
Quo dolore,
POESIES
tronne bienveillante, au jour de l’infortune. Assistez-moi lorsque je m’avancerai vers le tribunal de la justice.
Recommandez-moi par vos prières et par votre patronage, afin que le Roi fort ne me livre pas au supplice d’une mort cruelle.
Prodiguez vos prières en ma faveur et répondez pour moi devant le juge ; car les offenses dont l’accusé suppliant s’est rendu coupable sont immenses.
Je serais désespéré si je ne calculais que mes mérites, si je ne savais, si je n’étais persuadé qye vous sauvez ce qui est perdu.
Mère de bonté, sauvez par vos prières un malheureux accablé et brisé par le poids énorme de ses fautes.
Sauvez-moi du péché et des châtiments qui m’attendent, moi qui vous invoque et qui ai confiance en vos mérites.
Vierge pleine de douceur, purifiez-nous des
(XIIe SIECLE.) 395
affections terrestres et affranchissez-nous des liens de tous nos péchés.
Ouvrez-nous l’entrée du paradis dont nous sommes exilés, car vous le pouvez, grâce à vos mérites.
Faites-y entrer mon père et ma mère; faitesles jouir de l’abondance des biens éternels.
Priez sans cesse pour votre peuple fidèle le roi du ciel, afin que, sous la conduite de Jésus- Christ, nous nous détachions de ce monde.
Vous qui êtes chère à Dieu, préparez-nous la route vers le royaume des cieux, où nous pourrons jouir de la gloire de Jésus-Christ.
Faites que le créateur du monde, qui a bien voulu naître de vos entrailles, nous donne de l’aimer et de garder ses commandements.
Dieu le Père, Dieu le Fils, Dieu le Saint- Esprit qui formez un Dieu unique, gouverneznous dans l’éternité des siècles.
Et sis mecum,
Quum ad æquum Tribunal processero.
Supplicando Me commendo Tuo patrocinio.
Ne rex fortis Diræ mortis Tradat me supplicio.
Preces funde Et responde Pro me ante judicem, Nam offensas Sunt immensas Quas accusant supplicem.
Desperarem Si pensarem Mea tantum mérita,
Ni audissem A ut sensissem Te salvare perdita.
Mater aima,
Tuis salva
Precibus hune miserum, Quem subegit Et confregit Magna moles scelerum.
A culparum Yel pœnarum Me salva propositis, Te poscentem Et habentem Spem in tuis meritis.
Virgo lenis A terrenis
Munda nos affectibus, Et cunctorum Delictorum Nos absolve nexibus.
Paradisi Quo divisi Exulamus, aditum Nobis pande Quod ad grande Nimis potes meritum.
lllic patrem Atque matrem Meam fac constitui, Et honorum Æternorum Ubertate perfrui.
Regem cœli Pro fideli
Semper ora populo
Ut ab isto,
Duce Christo,
Eruamur sæculo.
Deo cara Nobis para Viam ad coelestia.
Ubi frui Christi sui Mereamur gloria.
Auctor mundi Qui effundi Tuo ventre voluit,
Se amare Et servare
Nobis det quod docuit.
Pater Deus,
Fili Deus,
Deus aime Spiritus,
Per æterna Nos guberna Deus unus sæcula.
( Félix Clément, Carmina } p. 443. Trad., p. 482.)
CH. XVI. — CULTE
1. Porte du ciel d’où est sorti le salut de tous les fidèles; porte de lumière qui conduisez aux jouissances éternelles,
Vierge éclatante qui, sans connaître le commerce des hommes, avez mérité d’être la mère de Jésus-Christ, fils de Dieu,
Recevez nos vœux, ne vous détournez pas de ceux qui vous implorent; mais regardez-nous et défendez-nous contre tous les maux.
Les prophètes ont fait sur vous bien des prédictions, car ils n’ignoraient pas que vous seriez enrichie de grâces incomparables.
Éve, notre mère, a perdu sa race par la funeste mort : la foi qui brille en vous nous a rendu la vie.
Vous êtes le précieux trésor de toutes les grâces; vous êtes un délicieux jardin rempli de parfums.
Source abondante, source d’eaux vives qui purifie les pécheurs, ceux qui y boivent n’ont plus soif et y trouvent un remède;
Source marquée d’un sceau particulier, que ne trouble pas le pied des bêtes, source pure entourée de divines vertus,
Les colliers des jeunes filles sont ornés de perles précieuses; mais la beauté de vos mœurs est leur plus bel ornement.
On regarde d’ordinaire avec le plus vif plaisir les fleurs du printemps. Mais vous, vous réjouissez les âmes justes par l’éclat infini de votre grâce.
Car si les fleurs exhalent des odeurs et offrent aux yeux de belles couleurs, elles se fanent et se dessèchent promptement, elles n’ont qu’une durée passagère.
Votre fraîcheur, que j’admire davantage, n’est pas corruptible; elle ne se fane pas; elle ne décroît pas, mais elle est immuable.
Le thym et le baume ne sont rien auprès de vous, dont la douceur nourrit les âmes et les met à l’abri de la mort.