CHAPITRE XVII
HOMÉLIES DU MOINE JACQUES
ro u ver deux copies richement exécutées du même manuscrit est une bonne fortune assez rare ; nous la saisissons avec plaisir à propos des homélies du moine Jacques. On conserve à la Bibliothèque vaticane et à la Bibliothèque nationale de Paris deux manuscrits presque identiques1, qui contiennent ce texte et qui sont enluminés de nombreuses vignettes. On y suit pas à pas l’histoire de la mère de Dieu, enveloppée des légendes byzantines; ces manuscrits forment un véritable monument du culte de la très-sainte Vierge au xie siècle et par leur importance méritent une étude spéciale. Nous leur consacrons le présent chapitre et les planches ci-jointes, où se retrouvent les principales miniatures. S. Em. le cardinal Pitra nous a encouragé et secouru dans ce travail ; il a même eu la bonté de revoir, de
i. Les variantes sont peu nombreuses et peu importantes, comme la couleur de la tunique du petit serviteur de Marie. — Nous avons fait notre description d’après le manuscrit de Paris; et S. Em. le cardinal Pitra, en la collationnant devant celui de Rome, a bien voulu indiquer ces différences.
corriger les lignes qu’on va lire et d'y ajouter des notes précieuses sur le manuscrit de Rome que nous transcrivons au bas des pages. Nous y joignons, d’après le Père Ballerini, des traductions du texte qui peuvent rendre les images plus intelligibles.
Le manuscrit du Vatican est mentionné par d’Agincourt sous le titre de Sermons pour la fête de la sainte Vierge, et par M. Labarte sous celui de : Homélies du moine Jacques. Il porte le n° 1162 et ses mesures sont om, 3 3 sur o'n,23. M. Labarte le considère avec raison comme l’original d’un manuscrit de la Bibliothèque nationale de Paris, qu’il attribue à la seconde moitié du xie siècle; il pense que les miniatures sont de deux mains et que plusieurs datent de la fin du Xe siècle.
Dans le manuscrit du Vatican, les commencements de sermons ou chapitres correspondent respectivement aux pages 1, 23, 55, 83, m et 134; on trouve en tête de chacun une page remplie de ces ornements familiers aux calligraphies grecs, d’une exquise délicatesse. Ce manuscrit se compose de 194 feuillets, de 81 miniatures à sujets et de 6 pages d’ornements, soit en tout 87 tableaux d’une délicieuse exécution.
CH. XVII. — CULTE
Ils n’ont pas toutefois le fini et l’art de celles du Menologium, et encore moins du manuscrit n° 510 de la Bibliothèque de Paris, contenant les œuvres de saint Grégoire de Nazianze. Dans ces deux admirables chefs-d'œuvre, l’expression des têtes, le modelé des draperies, l’entente parfaite du clair-obscur, la dégradation des ombres paraissent hors ligne. Le manuscrit que nous examinons nous offre des peintures disposées pour l’effet qui est éclatant. Tous les fonds sont d’or, les têtes fines, quelques-unes d'une rare perfection ; les draperies formées par une couche générale de nuance moyenne appliquée sur la totalité de la couleur, les plis marqués au fond et sur les bords par de larges traits de la même couleur, mais beaucoup plus foncé; les parties brillantes obtenues par du blanc pur. Rien de fondu ; on ne voit nulle part de hachures d'or, comme dans beaucoup d’autres manuscrits. Cependant l’or y tient une grande place, employé tantôt en feuilles, tantôt au pinceau ; sur d’autres manuscrits à fond d’or, la feuille est appliquée dans toute 1 étendue et l’artiste a repeint par-dessus. Dans ce système, les images se sont moins bien conservées. Ici, en appliquant au préalable la feuille d’or sur les fonds, on a ménagé les parties qui devaient recevoir la peinture, en faisant pénétrer un peu d’or dans ces parties, sur tous les bords, de manière à ce qu’il fût légèrement recouvert; là seulement, sur les points fort rares où le peintre a retouché son œuvre et où l’or est plus couvert, il s’arrête à la couleur. Quelquefois l’or est rapporté aux places où il en est besoin pendant l’exécution; de sorte qu’il couvre quelques parties et se trouve recouvert sur d'autres.
Dans les arabesques ou pages de nielles qui commencent les chapitres, par exemple à celle qui précède le quatrième, on a d’abord appliqué une couche générale rouge; puis l’or a été mis au pinceau, ce qui lui donne la transparence et l’éclat résultant du fond rouge. Cette application s’est faite après avoir dessiné tous les ornements par le ton moyen de la couleur de chacun. L’or étant osé, on est revenu sur tous les ornements
par les traits foncés et les piqués blancs dont nous avons parlé plus haut.
On lit en tête du manuscrit de Paris, sur une feuille de papier détaché, une note latine ainsi conçue :
» Six discours du moine Jacques sur les fêtes de la sainte Vierge ;
i° Immaculée Conception . f° 4
20 Nativité de la sainte Vierge . 30
30 Le Saint des saints . 74
40 Entrée dans le temple et sa sortie. . . 110
50 Annonciation . 150
b° Remise de la pourpre et la Visitation. . 182
« Dans ces discours, on trouve beaucoup de passages extraits des livres apocryphes et d’antiques légendes. On ne sait si ce moine Jacques ne serait pas le même qui écrivit à l’impératrice Irène des lettres conservées dans le manuscrit 2coi de la Bibliothèque du Vatican. L’auteur de la note pense que le manuscrit a été écrit, il y a six cents ans, de la même main que le discours sur la foi dans ce manuscrit 2001 ; ce vieux livre est décoré çà et là de figures remarquables par leur variété et l’éclat de l’or; on voit au commencement les images de saint Chrysostôme et de saint Grégoire de Nysse. s
Le frontispice, d’accord avec cette note, montre ces deux saints nimbés, assis devant des pupitres ; leurs manteaux sont bruns, leurs robes gris bleu. Saint Chrysostôme tient par la main un petit moine vêtu de gris et de noir; un autre petit moine habillé de même est prosterné devant saint Grégoire.
Excepté le quatrième, ces discours ont été édités en grec et en latin par Ballerini dans l’ouvrage intitulé : Recueil des monuments propres à éclairer le mystère de la Conception Immaculée de la mère de Dieu. Contrairement à la note qu'on vient de lire et à l'avis de Montfaucon, éloigné aussi de l’opinion d’Allatius et Kollarius, qui font vivre le moine Jacques au xme siècle, l’éditeur suppose qu il florissait au xi*.
HOMELIES DU MOINE JACQUES