‹ La Sainte ViergeChapitre 1 sur 1187 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

ROME

CATACOMBES

ans l’immense pèlerinage auquel nous convions nos lecteurs vers tous les lieux qui possèdent des sanctuaires ou des images de la sainte Vierge, il est naturel de commencer par Rome, gardienne fidèle des traditions de son culte et de ses plus antiques représentations, et à Rome par les catacombes, où nous trouvons les chartes les plus claires de notre noblesse religieuse.

La première pensée du voyageur chrétien dans la ville éternelle est consacrée à ces galeries souterraines où reposent les cendres de six millions de nos pères en Jésus-Christ et qui se déploient, dit-on, sur une longueur de 900 kilomètres. La campagne romaine en est véritablement labourée ; dans certaines régions suburbaines, lors¬

qu’on aperçoit un tertre, un certain mouvement de terrain que les archéologues distinguent aisément, on est sûr d’y découvrir un cimetière. Les premiers chrétiens firent pendant trois siècles le siège de la Rome païenne, et on peut dire que les catacombes en furent les galeries de sape et comme les lignes de circonvallation. Elles forment un dédale de corridors de hauteur variable, d'une largeur moyenne de o'“,8o, présentant de distance en distance des espèces de chambres carrées (cubicula) , qui à une certaine époque servirent d’oratoires. Au 111e siècle, l’Église romaine avait vingt-six grands cimetières distincts, nombre correspondant à celui des paroisses de la ville à cette époque ; il faut en ajouter une vingtaine d’autres moins étendus et appartenant à quelques familles chrétiennes; ce qui donne un total d’environ quarante-six catacombes.

Bosio, dans son gigantesque travail, avait le dessein d’exhumer des cimetières chrétiens les

SANCTUAIRES ET IMAGES

preuves de l’identité de nos dogmes, de nos sacrements avec les croyances primitives. M. de Rossi a repris ce thème avec une sagacité merveilleuse, et on peut dire qu’il a reformé notre catéchisme avec les inscriptions. Tout s’y retrouve : depuis les prophéties bibliques jusqu’à l’Eucharistie et à laCommunion des saints, notre symbole sort vivant et vainqueur de ces sépulcres; la croyance à l'éminente dignité de Marie, à sa maternité divine n’y paraît pas avec moins d’évidence et de clarté que le reste de la doctrine.

Des hérétiques et même des catholiques peu éclairés ont avancé que le culte de la sainte Vierge ne datait que du concile d’Éphèse, en 431. Il suffit de voir les peintures des catacombes pour être convaincu qu'il est bien antérieur et remonte aux temps apostoliques. M. de Rossi a jeté encore sur cette question une lumière qui a éclairé les plus incrédules et leur a présenté une sorte de démonstration mathématique. C’est en nous aidant surtout de son remarquable travail que nous décrirons les figures, la plupart dessinées par nous sur place ou d'après des photographies.

Principales images. — La sainte Vierge, dit M. de Rossi, est représentée surtout de deux manières chez les anciens chrétiens : assise, elle tient son divin fils entre ses bras ; debout , elle lève les mains comme pour prier. Dans cette attitude, il est quelquefois difficile de la distinguer des orantes, quoique certainement ce soit souvent la sainte Vierge que les artistes aient voulu peindre comme, par exemple , sur les coupes de verres ou sur le célèbre marbre de Saint-Maximin, en Provence.

Le sujet de la composition est ordinairement déterminé ou par les mages qui apportent leurs offrandes ou par d’autres signes certains; ainsi la femme assise et tenant son petit enfant dans ses bras ou près de la crèche, accompagnée du bœuf et de 1 âne, sont sans contredit des images de la sainte Vierge; le bœuf et lane n’ont guère d’abord été représentés que sur les sarco¬

phages. Les mages commencent à se montrer au 11e siècle.

Nous ne pouvons étudier toutes les madones que nous offrent les catacombes et dont on porte le nombre au moins à une vingtaine. Nous choisirons les plus anciennes et celles qui par leur valeur artistique ou leur conservation méritent le mieux de fixer notre attention. Nous les présenterons autant que possible dans l’ordre chronologique, puis nous chercherons les signes qui ont déterminé notre classement.

Cimetière Sainte-Priscille . 1" ou 11e siècle. (PL LXXVIIL) — La première qui se présente est une madone du cimetière Priscille, découverte en 1851; une étoile, signe qui accompagne presque toujours la sainte Vierge, ne permet pas de douter qu’elle soit figurée par cette peinture. Elle lient l’enfant divin sur ces genoux; elle a sur la tête un petit voile et porte une tunique à manches courtes et le pallium par-dessus. Vers la gauche du spectateur, un homme jeune encore, ayant une barbe légère, se tient debout, vêtu seulement du pallium. Il lève la main droite et montre de l’index la Vierge et l’étoile qui est au-dessus de la tête de la mère de Dieu ; sa main gauche serre un volumen. M. de Rossi se demande quel peut être ce personnage; la première pensée s’arrêterait à saint Joseph ; mais saint Joseph n’est jamais représenté avec un volumen; ce ne peut donc être qu’un prophète de l’ancienne loi. On trouve encore ce prophète dans une fresque du cimetière Sainte-Domitille, que nous décrirons tout à l'heure. (PL LXXX.) En rapprochant ce monument et d’autres du même genre de celui qui nous occupe, on ne peut douter que ce personnage ne soit le prophète Isaïe, prédisant la maternité de la Vierge, et que l’étoile ne soit celle qui devait naître d’elle pour illuminer l’univers. Nous prouverons plus loin la haute antiquité de ce monument.

Cimetière Sainte-Domitille. (PL LXXIX et LXXX.) — La seconde et la troisième images de Marie dans le cimetière de Sainte-Domitille sont

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ROME

CATACOMBES

décrites ainsi par un voyageur moderne : « Le cimetière de Domitille est une des nécropoles les plus vastes de Rome; il n’a pas moins de trois étages superposés dont les galeries forment un labyrinthe inextricable; nous arrivons bientôt à un lucernaire qui montre la profondeur extraordinaire à laquelle on est descendu et les différents étages qu’il éclaire de sa lumière argentée. Nous nous replongeons ensuite dans le noir dédale où mon guide s’aventure avec une hardiesse sûre d’elle-même. Néanmoins, après une course assez longue, pendant laquelle j’avais peine à défendre du courant d’air la flamme de ma bougie, il s’aperçoit qu’il a dépassé le but et nous revenons sur nos pas.

« Enfin nous entrons dans une chapelle, et il me désigne au-dessus d’un arcosolium un reste de peinture très-effacé, représentant, au dire des des archéologues les plus compétents, l image de la sainte Vierge et d’un prophète. (PI. LXXX.) On voit à gauche un personnage debout, élevant la main droite en manière d’allocution, drapé, barbu et les pieds posés sur l’archivolte de l’arcosolium. La tête est très-fruste; mais le jet des draperies, dont l’ensemble est bien conservé, la franchise de l’attitude, la touche hardie qu’on saisit encore nettement sur les pieds et les mains, rangent cette composition parmi les bonnes peintures antiques.

«• Bosio l’a publiée1 , Perret l’a reproduite2, mais en l’attribuant par erreur au cimetière Callixte.

i Au-dessus de la tête du prophète, on a creusé dans un temps postérieur un loculus qui coupe la partie supérieure de la fresque; cependant on distingue encore une masse d’architecture peinte à l’ocre pour désigner les tours de pierre, et au delà, appuyée à ces tours, la partie inférieure d’une figure assise qui tient un enfant sur ses genoux. L’humidité a causé ici de si grands ravages qu’on ne découvre nettement que les pieds de la femme et ceux de l’enfant. Le reste du groupe se devine par une teinte qui dessine encore les lignes principales.

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