EINSIEDELN
NOTRE-DAME DES ERMITES
Cette célèbre abbaye de bénédictins, dans le canton de Schwitz, est, après Notre-Dame de Lorette et Saint-Jacques de Compostelle, le pèlerinage le plus fréquenté de l’Europe. Elle est située à 912 mètres au-dessus du niveau de la mer et entourée, à l’est et à l’ouest , de deux rangées de montagnes. L’abbaye, fondée vers le milieu du xe siècle, dans une sombre forêt qui, jadis, s’étendait fort au loin, fut maintes fois détruite par l’incendie avant le xvie siècle.
Une charmante légende se rattache à l’origine de ce sanctuaire. L’abbaye d'Einsiedeln doit son origine à saint Meinrad, tils du prince Berthold de Hohenzollern. La date de sa naissance est fixée à l’an 797. Envoyé par ses parents au monastère de Reichenau, situé à deux lieues de Constance, il y termina ses études et y prit l’habit de saint Benoît. Il fit ensuite les fonctions de professeur à Bollingen, petit monastère situé sur le lac de Zurich. Quelques années après, songeant à se retirer du monde, il se rendit dans une solitude du mont Etzel; mais, après sept années d’apostolat dans cette contrée, il résolut de chercher une solitude inconnue aux hommes. S'enfonçant donc dans les montagnes au delà de l’Etzel, il s’arrêta dans un endroit nommé la Forêt sombre, y bâtit un oratoire dédié à la sainte Vierge et y plaça une statue de la mère de Dieu, image que lui avait donnée sainte Hildegonde, abbesse de Frauënmunster de Zurich. Comme Élie, il y fut nourri par une veuve. Un grand concours de peuple, attiré par ses vertus, affluait sans cesse autour de son ermitage. Cette popularité fit croire à des voleurs que Meinrad possédait de grandes richesses, et ils tentèrent un coup de main pour s’en emparer : lorsque le saint ermite leur montra le mauvais pain qu’il mangeait et l’eau de la fontaine voisine où il se désaltérait, en leur disant qu’il n’avait pas d’autres biens, les brigands crurent qu’il les trompait ; ils tombèrent sur lui et le massacrèrent. Les corbeaux, avec lesquels le pieux solitaire partageait sa nourriture, se chargèrent de le venger : ils se mirent à poursuivre de leurs cris les assassins jusque dans Zurich, et ils annoncèrent ainsi, car on les reconnut aussitôt, la mort de leur maître. On courut à l’ermitage, on aperçut son corps sanglant, on arrêta les cou-