‹ La Sainte ViergeChapitre 1044 sur 1187 · EINSIEDELN · texte numérisé non relu

EINSIEDELN

pables, qui payèrent le crime de leur vie (863) U

La cellule resta déserte pendant quarantetrois ans, mais les populations environnantes y venaient souvent en pèlerinage, et l’oratoire garda son précieux trésor. En 907, saint Bennon, de la maison de Bourgogne, chanoine de Strasbourg, vint s'y établir avec quelques compagnons; ils groupèrent leurs cellules autour de l’oratoire de Meinrad et y menèrent la vie d’ermites; c’est de ces premiers ermites, ainsi que de saint Meinrad, que cet endroit a reçu le nom de Notre-Dame des Ermites. Bennon mourut J après avoir été privé de la vue par des brigands, j En 940, saint Eberhard, grand prévôt de la cathédrale de Strasbourg et l’un des solitaires de ce désert, ht exécuter plusieurs constructions, bâtit une église où fut enclavé l’oratoire de Meinrad et réunit les ermites dans un monastère dont il fut le premier abbé. Ce fut en 948 que l’abbaye prit ainsi naissance.

La nuit qui précéda le jour fixé pour la consécration, une vive lumière se répandit dans l’église, et des anges, des saints descendant sur ces rayons , la consacrèrent miraculeusement. Conrad, témoin de ce prodige, ne voulait plus la consacrer, et le clergé, refusant d’y croire, insistait auprès de lui, lorsqu’une voix du ciel répéta trois fois ces paroles : Frater, cessa consecrare1 2. Les incrédules furent obligés de se rendre à l’évidence. Ceci se passait en 948 , sous le règne d’Othon.

L’oratoire, enclavé dans la nef de l’église, a été successivement recouvert de marbres précieux : il se dresse à l’entrée de la basilique, semblable à une châsse de marbre gris et noir, entièrement séparé de l'édifice; détruit en 1798 par la hache révolutionnaire, il a été reconstruit dans les mêmes dimensions en 1817 (6m,8o longueur — 6m,30 largeur — et 5”, 30 hauteur). C’est là, sous une voûte de marbre gris, qu’est honorée

1. C’est en souvenir de ce fait que l’abbaye porte des corbeaux dans ses armoiries.

2. Des bulles de papes, notamment de Léon VIII en 966, d’Eugène TV en 1432, ont recueilli l’écho de cette tradition.

la statue miraculeuse. Le nuage d’or dont elle était entourée a disparu dans la tourmente politique. Un nuage de cuivre l’a remplacé, mais, éclairé par des lampes invisibles, il ne cesse de resplendir aux yeux des pèlerins. Aux pieds de la Vierge, le crâne de saint Meinrad repose dans un tabernacle de marbre.

L’église s’élève au-dessus de la chapelle avec ses trois nefs, ses trois coupoles et son grand chœur.

Les incendies ont détruit plusieurs fois l’ab¬

baye, mais toujours épargné la sainte chapelle. Les bâtiments, qui sont magnifiques et d’une grande étendue, datent tous du xvme siècle, à l’exception du chœur. Les abbés de ce monastère ont reçu de l’empereur Othon la dignité de princes de l’Empire, dignité qui n’a cessé qu'avec le renversement de l’ancienne constitution germanique. Pendant la révolution et l’invasion française, la Vierge fut transportée au Voralberg et ne fut rapportée à Einsiedeln qu’en 1803. Le 29 septembre, l’affluence des pèlerins est si considérable chaque année, que la sainte communion est distribuée à plus de 150,000 pèlerins. L’année même du jubilé millénaire (1861), le nombre des pèlerins a dépassé 210,000.

« Quant à la statue de la sainte Vierge, ajoute le Père Kulm, elle est, depuis des siècles, une énigme pour les archéologues. Un coup d’œil suffit pour s’assurer que c’est un des plus remarquables produits de l’art chrétien, et l’exécu-

SANCTUAIRES ET IMAGES

tion seule prouve qu’elle n’appartient pas au xvi° siècle; sous ce rapport, les connaisseurs sont unanimes.

0 Une ancienne tradition dit que la statue est une œuvre byzantine, mais elle n’a rien des formes orientales. La tradition constante, la seule tradition séculaire, affirme que saint Meinrad, fondateur de l’abbaye (mort en 861), a déjà possédé l’image. Comme je viens de dire, c’est la seule et l’unique tradition historique. Notre abbaye a malheureusement perdu dans plusieurs incendies la plupart des anciennes archives, de sorte qu’il est maintenant impossible de citer des documents à l’appui de la tradition. Du reste, on n’a jamais soulevé de doutes contraires; on a seulement dit que, dans la violation française, l’image avait été emportée par les Français. C’est une fable ; la statue avait été cachée d’abord, recueillie dans le Voralberg (Autriche), puis ramenée solennellement en 1806. »

Nous devons la plupart des renseignements qu’on vient de lire à notre jeune et pieux ami, M. Thierry de Brimont, qui nous les a rapportés lui-même d’un pèlerinage d'Einsiedeln. Comme nous lui exprimions des doutes sur la grande ancienneté de la madone, il a bien voulu nous faire la réponse suivante et nous transmettre d’Einsiedeln celle du révérend Père Albert Kulm lui-même :

a Je me suis empressé d’écrire de suite au père abbé d’Einsiedeln, lui transmettant les renseignements que vous me demandez; à première vue, j’avais également assigné cette statue au XVe siècle. Et comme je questionnais l’un des religieux à ce sujet : « la tradition, me dit-il, « s’est toujours conservée, nous le croyons, sans « pouvoir apporter d’autres preuves! «Enécrivant au père abbé, je lui demandai si quelque ancien manuscrit ne décrit pas la sainte Vierge. La bibliothèque, que j’ai pu visiter, conserve de beaux manuscrits, mais la plupart sont postérieurs au xne siècle. Je crois cependant me rappeler un évangéliaire ou missel, orné de trèsbelles miniatures antérieures au XIIe siècle, et

un autre manuscrit du ixc siècle, mais dépourvu de peintures ; une feuille même de cet ouvrage date du viiic siècle 1. »

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