CH. XIV. — DANEMARK. — RASTED
Au-dessus de cet autel se dresse un retable formé par une arcade qui entoure un grand crucifix. Les deux figures de la sainte Vierge et de saint Jean manquent évidemment de chaque côté ; ils y sont trop constamment reproduits dans les œuvres du moyen âge pour croire le contraire ; ici surtout l’artiste n’a pu oublier dans leurs épreuves ces deux fidèles compagnons de la croix lorsqu’il les a figurés au sommet du retable dans la gloire et près du Sauveur sur son trône. Dans cette dernière attitude, Marie occupe une arcade à la droite de son fils, et, comme au Crucifiement, elle lève les bras vers lui avec le même geste; son nom est inscrit sur l’archivolte.
Ce monument porte des caractères incontestables de style roman ; quelques traits le feraient même remonter au delà du xir siècle si, dans les inscriptions, l’apparition de e en forme de c et leur mélange avec les E droits ne semblaient l’attribuer à ce siècle. Je dois avouer que je ne saisis aucun signe qui nous donne le droit d'en faire honneur à une fabrique danoise, si tant est qu’il en existait alors; je croirais plus volontiers, d’après l’architecture, que ce beau spécimen d'orfèvrerie est venu des bords du Rhin. Mais cela importe peu à notre thèse, car il est évident que l’exportation d’objets d’art a toujours lieu sous l’empire de la mode et l’attrait de la nouveauté, que parconséquent cet autel est venu à Lisbjerg au xne siècle, et que dès lors les chrétiens de cette ville sont venus s’agenouiller devant les images de Marie que nous venons de signaler.
ODENSÉ.
Odensé est la ville principale de l’île de Fionie qui, avec les petites îles avoisinantes, a une population d’environ 200,000 âmes. Elle fut le centre du culte rendu à Odin, aussi resta-t-elle longtemps sans reconnaître Jésus- Christ. Ce ne fut qu’en 1019 que Canut le Grand, à son retour d’Angleterre, acheva d’introduire le christianisme dans tout le royaume. Il avait amené des évêques, des prêtres, des moines an¬
glais et aussi des architectes avec des pierres et du plomb pour construire des églises. Il éleva alors à Odensé un monastère de bénédictins qui fut dédié à la mère de Dieu. L’église, construite d’abord en bois, fut, vers la fin du xne siècle, remplacée par un édifice de pierre de style romanoogival. On l’appelle encore l’église Notre-Dame1.
LUGUDEHERRIT.
Sur une tombe du cimetière d’Alrum, on lit en caractères runiques la salutation angélique comme il suit :
J Salut Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, tu es bénie entre les femmes et béni est le fruit de tes entrailles. Amen. »
Puis au-dessous :
« Ici repose Hildulf, fils de Svénon. »
Cette inscription encadre la pierre tombale, qui n’a dans le milieu d'autres ornements qu’une croix ; elle est longue de trois aunes et demie2.
RASTED.
Les bénédictins commencèrent en 1109 à construire leur abbaye de Rasted , là où se trouvait originairement un collège de clercs séculiers, et le consacrèrent à la bienheureuse vierge Marie. Il arriva à ce moment que l’église fut enrichie d'une manière fort touchante. Le comte Frédéric était le fils et l’unique héritier d’Hunon, et, pour cette raison, pour conserver ses immenses possessions dans sa famille, son père le pressait de se marier; mais rien ne pouvait décider ce jeune homme ni vaincre ses virginales inclinations ; enfin un jour, pour échapper à ces instances, il s’écria qu’il saurait bien trouver un héritier ; il fit apporter une