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CH. XIV. — SUEDE

BJERESJO.

BJERESJO.

L’église de Bjeresjo, construite en pierre (xne siècle), paraît avoir été fondée à l’époque romane; les voûtes ogivales qu’on y remarque ont dû être rapportées, tandis que le soubassement et les pleins cintres appartiennent sans doute à une construction beaucoup plus ancienne. Des peintures, dont le stylé correspond à l'origine, y contiennent plusieurs images de Marie. C’est d’abord, sous une arcade en plein cintre, l’Ascension de Notre-Seigneur. Le Sauveur, enlevé dans une auréole elliptique très-richement décorée, est glorifié par une troupe d’anges qui l’encensent; dans le bas sont rangés les apôtres et la sainte Vierge au milieu d’eux. Cette peinture est malheureusement presque effacée.

Les peintures du chœur nous offrent une meilleure conservation ; elles s’appliquent aux murs et à la voûte, dont le plein cintre nous sert pour ces images d’authenticité romane. On voit d'abord dans 1 ecoinçon, du côté de l’épître, le Sauveur qui s'enlève de terre au milieu de ses disciples; la sainte Vierge, à sa droite, ouvre les bras en retroussant les plis de son manteau. Les nimbes, ce qui est assez rare, sont radiés; les poses sont un peu maniérées.

Au-dessus, la voûte en berceau est séparée en deux parties : l’une consacrée aux sujets de l’Ancien Testament, la seconde à ceux du Nouveau. L’arbre de Jessé forme la séparation ; de Jessé endormi sortent les rameaux généalogiques qui portent, dans des médaillons, David, Salomon, la sainte Vierge, et enfin le Christ, qui tient un livre ouvert et qui nous enseigne ; une série de prophètes sont figurés à droite et à gauche de ces grands sujets dans les rinceaux. Tous les personnages tiennent des légendes. La Mère de Dieu porte des souliers jaunes, une tunique grise, un surplis ponceau, un manteau brun, un voile blanc, une couronne d’or, un nimbe radié ; elle est assise et déploie une légende blanche; le fond est bleu, largement encadré de vert.

Voici, pour la partie de la voûte consacrée aux scènes de l’Évangile, les images qui concernent la sainte Vierge. — D’abord Y (Annonciation : l’ange lève la main droite en signe d’allocution, tientde la gauche une légende sur laquelle est sans doute inscrite la salutation angélique, il a des ailes couleur de terre de Sienne brûlée, tunique bleuclair, manteau safran, etc. La sainte Vierge fait un geste d’acceptation de la main droite, porte une légende de la gauche; sa tunique est blanche, le surplis vert avec carreaux noirs, le manteau brun, le voile blanc, en forme de serretête ; le nimbe d’or est radié. Ces figures et les suivantes se détachent sur un fond d’azur, avec deux bandes vertes, haut et bas. Près de là, la Visitation dans la forme ordinaire.

Ensuite la Nativité : la sainte Vierge, en cheveux, nimbée, est étendue sur un lit ponceau avec oreiller gris à traverses blanches ; elle a une tunique grise, une couverture brune ; elle tient la crèche sur laquelle l’enfant Jésus, vêtu de langes blancs, est couché; derrière, l’âne rouge, le bœuf gris. Au-dessus de Marie, un chœur d’anges en adoration apparaît dans un arc-en-ciel. Saint Joseph est assis de l’autre côté de la crèche; il est vêtu de gris et coiffé d’un chapeau blanc en pointe, avec lisérés rouges. Le tableau se termine par l’avertissement que l’ange lui apporte de la part de Dieu. Deux traits fort caractéristiques de l’époque romane nous apparaissent dans cette peinture en dehors de beaucoup d’autres : ce sont les anges, que nous pouvons si bien rapprocher du portail Sainte-Anne de Notre-Dame de Paris, et la coiffure de saint Joseph, que nous retrouvons identique dans un manuscrit du xie siècle au Vatican.

Le second étage de peintures s'ouvre par YoAdoration des Mages. Les mages couronnés s’avancent à gauche, les deux premiers avec des vêtements talaires, le troisième, et le plus rapproché du Sauveur, avec une tunique courte, de hautes chausses et un manteau sur l’épaule; la sainte Vierge est assise sous un ciborium soutenu par des colonnes torses; son voile est brun, son manteau gris, sa tunique jaunâtre; l’enfant

SANCTUAIRES ET IMAGES

Jésus, qu'elle retient de la main gauche, semble vouloir se précipiter dans les bras des mages ; sa tunique est bleue, son manteau rouge. Les noms se lisent au-dessus de toutes ces figures.

La Purification, qui forme le sujet suivant, nous offre des traits assez singuliers, sous lesquels cette scène ne nous apparaît pas ordinairement. Le Sauveur n’est plus petit enfant; il est assis sur la table sacrée, où le prêtre vient de le placer; mais, au lieu que la sainte Vierge, comme il est d’usage, soit vis-à-vis de lui, c’est saint Joseph qui apporte les deux colombes, tandis que la sainte Mère est par derrière.

La plus remarquable image de Marie et une des mieux conservées que possède l’église de Bjeresjo, se voit encore dans l’abside qui termine la voûte en berceau, objet des précédentes descriptions. Au centre de la conque, Dieu le père, dans une auréole elliptique, soutient devant lui son Fils crucifié. Les quatre symboles évangéliques occupent les angles de l’auréole; enfin, à droite du groupe central, la sainte Vierge est figurée debout, levant les bras en signe de prière. Son voile et sa tunique sont blancs, son nimbe d’or, son manteau jaune, son surplis également jaune, bordé dans le bas d’une bande de pourpre. On lit près de la tète : s. maria. Sous cette voûte sont distribués plusieurs saints, qui tiennent des légendes ; le style des inscriptions qu’on y lit confirme l'àge de ces peintures au xiic, peut-être même au xic siècle.

Ces fresques forment un des monuments les plus remarquables de notre iconographie Scandinave; les touches en sont souvent barbares, dures; elles révèlent un pinceau byzantin; et toutefois l'artiste auquel nous les devons s’est souvent soustrait à l'influence grecque en introduisant dans son œuvre des attitudes et des costumes du Nord ; cette remarque est importante, car elle donne un prix plus indigène au monument, à l’hommage qu’il était chargé d’exprimer à la sainte Vierge, hommage de la sorte plus réfléchi et plus national1.

i. Monuments Scandinaves du moyen âge. Mandelgren, Paris, 1862, in-folio.

Nous pourrions citer, à propos des peintures suédoises, une foule d’autres exemples qui nous présentent encore des images de la sainte Vierge comme celle de l’église Amenehàrads-Râda, où nous voyons un beau couronnement ; de Grenna, où une voûte possède une scène de l’ensevelissement rendue d’une façon touchante; l’église de Risingé, qui nous fournit une des Assomptions les plus intéressantes du xive siècle, la madone enlevée par quatre anges dans une auréole; l’église de Floda, qui nous montre sur une de ses voûtes d’arête la sainte Vierge agenouillée sur le lieu où vient de s’élever son divin Fils; et l’église de Tegelsmora le même sujet; mais toutes ces peintures, des xme, xive, xve siècles, sont trop récentes pour que leur description puisse prendre place dans notre travail.

L’église de Bjeresjo nous offre non-seulement les curieuses peintures qu’on vient de voir, mais aussi des bas-reliefs de la même époque qui enveloppent ses fonts baptismaux. Voici la désignation des sujets :

i° Le Christ dans sa crèche, avec cette inscription : Cognovit bos asinum.

20 La vierge Marie devant le vieillard Siméon, et cette inscription : Maria — spiritus sanctus

— Simeon.

30 Continuation du même sujet, ainsi indiqué : Simeon — Star — Maria — Iesus.

4° Adoration des mages, ainsi désignés : QÂsper

— Farpalus — Melchior.

50 Marie, dans sa gloire, qui prie, les mains déployées en dehors, et cette inscription : Maria

— Spiritus sanctus l.

6° Jésus avec les évangélistes saints Luc et Mathieu à sa droite, saint Jean et saint Marc à sa gauche, et leurs noms écrits pour les faire reconnaître.

1. Ce sujet est si important qu’il est utile de transcrire le texte suédois que M. Riant nous a communiqué : « Bakom honom stav Maria med gloria och upprâclcta liander i bedjaude stalloring, och ôfver henne nedsyâfvar en dufva. » ( Skanes konsthistoria for medeltiden af. C.-G. Brunius, Lund, 1850.)

CH. XIV

SUEDE

ESKELHEM.

7° Le Christ et Marie glorieuse, et cette inscription : loannes. top. Iesus Maria frua b

BÔRRINGEKLOSTER ( Scanie ).

Les bénédictins y fondèrent un monastère en 1231 et le dédièrent à la vierge Marie 2.

BRASTAD.

On voit dans l'église de cette ville une inscription runique où on trouve le nom de Marie :

MARIA. MER HIALB THEIM ER THINA STEIN GERTHE.

Il y avait aussi un sanctuaire qui lui était dédié 3.

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