AMEN. AVE, MARIA
semble, au XIIe siècle, avoir été très en usage dans la Scandinavie.
— Norste mindesmcer ter , mise igiennem en Deel af det nor- [ denfieldste ,, par Lorentz Diderich, Kluwer. Christiania, 1823, in-40.
Ce titre signifie : Monuments norvégiens , voyage à travers une partie de la Norvège du Nord.
M. Riant, à propos de cette inscription, m'en cite une autre de Gotland, du xne siècle, écrite en beaux caractères parfaitement lisibles et dont on n’a jamais pu saisir le sens.
THJODLING.
Eglise dédiée à Marie et à saint Michel, et plus ancienne que 1200. (Cat., p. 198.)
v A A LE R.
Ancienne église de bois dédiée à la sainte Vierge. (Cat., p. 58.)
TOJÜM.
Il y avait autrefois dans cette ville une porte en fer qu'on a déposée au musée de Bergen, qui date incontestablement du xne siècle et au-dessus de laquelle on lit cette inscription latine en caractères runiques, inscription malheureusement interrompue :
Ave, Maria gratia plena , tu in mulieribus et b...
urnes ( Bergen sept'. )
Au-dessus de l’arc du chœur on voit, représenté en bois, un crucifiement qui date du xiic siècle. Les pieds du Sauveur sont séparés et posés sur le suppedaneum; la sainte Vierge est à droite et saint Jean de l’autre côté. — (Dalh : Deukmale einer schr ausgelbildeten Holzbaukunst aus denfriihesten Jahrhunderîen in den innern Landschaften Norwegens.) On peut voir dans l’ouvrage de Dalh, sur les monuments de bois des provinces centrales de la Norvège, la représentation de ce crucifiement sur la coupe transversale. Cette singulière architecture paraît s’être inspirée des chapiteaux romans de nos contrées; elle est petite, mais non dépourvue d’élégance.
Il est temps d’interrompre cette nomenclature, qui paraîtrait fastidieuse si nous la prolongions ;
CH. XIV
NORVEGE
nous avons tenu à l’étendre pour montrer que le culte de Notre-Dame n’a pas été moins florissant sur les versants des Dofrines que sur ceux du Caucase, qu'il est vraiment catholique, c’està-dire qu’attaché si intimement à la vraie religion, il est fait pour le genre humain tout entier. Nous avons surtout voulu, en multipliant les noms des villes qui conservent encore ses souvenirs bénis, prouver à quel point cette dévotion avait pénétré dans le cœur de cette nation avant que le luthérianisme ne l’en ait brutalement arrachée. Nous nous éloignons à regret de cette étude, qui pourrait nous fournir les faits les plus touchants; nous aimerions suivre les phases de cette dévotion et son éclat sur les points les plus élevés de son histoire; faire voir les évêques dans l’effigie de leurs sceaux agenouillés devant
la madone, le sceau de la pieuse reine Marguerite (1263), qui la figure couronnée par un ange aux pieds de la sainte Vierge; celui de la reine sainte Mechtilde devant Marie et Jésus, qui lui met la couronne sur le front ; celui de sainte Agnès, qui continue cette tradition (1293) et la représente couronnée par un ange qui descend du ciel pendant que Jésus, debout sur les genoux de sa Mère, la bénit des deux mains. Mais cette étude, en nous éloignant du xne siècle, nous écarterait trop de notre cadre pour que nous cédions à son attrait. Nous espérons du moins que les documents que nous avons recueillis, et qui sont d’autant plus précieux qu’ils sont plus anciens, jetteront assez de lumière sur le culte Scandinave de la sainte Vierge pour la faire reconnaître de ses enfants.
Sceau de la reine sainte Marguerite.
SANCTUAIRES ET IMAGES
ISLANDE
ie IX a établi la mission de Laponie sous les auspices de la sainte Vierge à l’époque de la proclamation du dogme de l’immaculée Conception ; il semble en effet qu’elle ait toujours eu les pauvres régions septentrionales sous sa protection spéciale ; l’Islande dès le Xe siècle a connu et aimé cette bonne mère, et nous retrouvons dès les premiers siècles de sa profession chrétienne des souvenirs du culte qui lui était consacré. Quelques personnes sont peut-être surprises de nous voir chercher les traces de la sainte Vierge sur ces côtes desséchées par le froid à près de deux cents lieues au nord de 1 Écosse ; elles le seront certainement davantage de voir ces recherches heureuses et d'y trouver avec nous des images, des légendes de Notre-Dame, et d'entendre les accents des poètes qui célèbrent ses louanges.
M. le comte Riant, dans un de ses passages les plus intéressants des Scandinaves en terre sainte, nous montre des établissements chrétiens dans le Groenland dès le xne siècle, des abbayes dont on a retrouvé quelques-unes des ruines et des témoignages incontestables que la foi avait brillé dès le Xe siècle au nord du continent américain. Ne nous étonnons donc pas que sur le chemin des hardis pionniers de l’Évangile nous rencontrions dès lors des monuments de leurs travaux. Un des plus curieux témoignages de l’antique croyance de l'Islande est un évangéliaire sur lequel nous avons le bonheur de voir tigurée la sainte Vierge. — Cette couverture en bronze émaillé représente le crucifiement : au centre le Sauveur, couronné, jupé, les pieds séparés, les yeux ouverts, la tête légèrement
inclinée, à sa gauche saint Jean, à sa droite Marie debout relevant son manteau d’unemain et de l’autre en serrant les plis sur sa poitrine ; son nimbe est orné d’une dentelure. Elle pose les pieds sur les rochers aigus du Calvaire ; le fond est orné de compartiments et de rosaces en émail. Cette précieuse reliure appartient aujourd’hui au musée de Copenhague.
C-.R. Unger a publié, il y a peu d’années, un manuscrit qui contient de curieux renseignements pour nous1, une saga rédigée en Islande à la fin du xne siècle.
Cette saga ou histoire de Marie contient en partie la traduction et en partie le remaniement de différentes légendes latines, (l’Evangile de la Nativité par exemple), dont un petit nombre seulement ont été imprimées; l’anonyme islandais, auteur de ce travail, y ajoute beaucoup de miracles locaux qui ont trait au culte de la sainte Vierge et qui prouvent que ce culte même était déjà entièrement lié aux mœurs du peuple. — Ce manuscrit, écrit en vieux islandais, est aujourd hui difficile à lire, même pour les savants les plus versés dans les langues Scandinaves.
Cette précoce dévotion des Islandais se manifestait envers la sainte Vierge, lorsque cette île, maintenant appauvrie, eut au moyen âge une ère de si grande prospérité qu’on y compta jusqu’à douze abbayes bénédictines, autrement dit autant de foyers de culte ardent pour la mère de Dieu.
Encore maintenant les paysans de la Norvège, quoique l’Église luthérienne ne célèbre pas la
i. Maria saga, C.-R. Unger. Christiania, 1871, 2 vol.