‹ La Sainte ViergeChapitre 1110 sur 1187 · NOVGOROD · texte numérisé non relu

NOVGOROD

gré cette spoliation, la vieille cité russe n’est pas complètement privée de monuments de son culte pour Marie. La cathédrale, dédiée à sainte Sophie, à elle seule nous en offre encore plusieurs.

(PI. CXLVIII.) — i° Les Grecs ont la coutume d’appeler Deissous la représentation du Sauveur entre la sainte Vierge et saint Jean; les Russes, l’adoptant, reproduisent fréquemment ce genre d’images. Nous en avons vu un exemple à Kiev, nous pourrions en citer plusieurs autres et nous en rencontrons un à Novgorod, où l’on conserve trois médaillons de métal qui renferment ces figures et qui datent du xne siècle.

2° Dans le mur occidental de la même église est incrustée une croix qui remonte au xic siècle et sur laquelle sont tracées plusieurs scènes de la vie de la sainte Vierge.

Dans le haut paraît l’Annonciation;

A gauche la Nativité, et la sainte Mère couchée près de la crèche ;

Au centre, le Crucifiement dans lequel la sainte Vierge figure, comme toujours, vis-à-vis de saint Jean.

Enfin, dans le bas, on a représenté l’Ascension. Notre-Seigneur, dans un médaillon circulaire, est enlevé par deux anges, et au-dessous Marie, qui symbolise l’Eglise et résume en elle le collège apostolique, est seule entre les deux anges.

Des inscriptions dans le haut de la croix en pourtournent les bords. Sa longueur est d’environ im,5o.

3® Le monument, peut-être le plus remarquable de la cathédrale de Novgorod, consiste dans les portes qui en ferment l’entrée. Ces vantaux de bronze sont composés, sans compter les deux grands du haut, de 24 panneaux qui comprennent des scènes de l’Évangile ou delà Bible. Aux compartiments 11 et 12 on croit reconnaître les auteurs du travail dans les deux personnages debout qu'on y voit figurés. Le premier tient une balance, il a cette inscription gravée autour

de sa tête Riquin me fec.. et au-dessous la traduction de la même phrase en slave. Les Allemands revendiquent ce maître pour leur compatriote en disant que son nom est le même que Ricwin, Richwin ou Richwein. Cependant l’autre maître qui tient un outil dans les mains a le nom franchement russe de Waismuth.

La sainte Vierge est figurée dans six compartiments.

Jésus-Christ transfiguré.

Annoncia¬

tion.

Nativité.

Adorât

ma

on des ;es.

Purifica¬

tion.

Visitation.

Fuite.

Crucifie¬

ment.

IO

Le premier panneau reproduit la scène de l’Annonciation : l’ange apparaît, à gauche, devant la sainte Vierge, qui se lève de son trône, interrompt le travail de son fuseau pour écouter le message divin pendant que le Saint-Esprit, sous la forme d’une colombe, lui inspire la réponse qu’elle va faire.

Le second panneau nous offre la Nativité ; au lieu de la grotte le sculpteur a imaginé, je ne sais pourquoi, de placer la sainte Famille dans une enceinte fortifiée et flanquée détours crénelées. 1, a sainte Vierge est couchée, saint Joseph à son chevet, le Sauveur au delà entre le bœuf et l’àne.

La travée du dessous, qui comprend les panneaux 3 et 4, est consacrée à l’Adoration des mages; on voit d’abord à gauche les mages arri-

SANCTUAIRES ET IMAGES

ver et, adroite, la sainte Vierge assise, avec l'Enfant sur un trône richement orné, dans une forteresse, attend leurs adorations pendant que l'étoile conductrice paraît au-dessus des murailles, et qu’un ange assistant au trône lui offre un globe. En souvenir du massacre des innocents que le voyage des mages provoqua, on voit figurer près de là Rachel serrant son enfant contre son cœur.

Le panneau 5 rappelle l’image de la Purification. On remarque le singulier costume du grand-prêtre auquel l’artiste, au lieu du costume classique a supposé la tunique moscovite.

Le panneau 7 nous montre la Visitation qui, dans l’ordre historique, aurait dû se placer plus haut, et la fuite en Égypte. On sent dans ces basreliefs une certaine indépendance du joug byzantin, comme le prouve l’introduction des costumes slaves; ici saint Joseph est habillé comme l’étaient sans doute les Novgorodiens du xne siècle, avec le bonnet de peau, la longue tunique rattachée à la taille par une large ceinture.

Le dernier tableau où paraît la sainte Vierge est celui du Crucifiement, que nous avons marqué du n° 19. La croix est en bois grume; le Christ aies pieds séparés, il est jupe; deux anges adorateurs volent au-dessus de la croix. Par une pensée vraiment touchante, on a supposé son bras droit détaché de la croix afin qu’il pût livrer la main aux derniers baisers de sa mère. La sainte Vierge est vêtue d’une tunique attachée par une ceinture dont les extrémités retombent en avant. Un voile en forme de manteau lui recouvre la tête et les épaules ; elle est montée, ainsi que saint Jean, sur un escabeau l.

On voit à Novgorod une peinture du xive siècle dont le P. Martinov considère le type comme fort ancien et, à ce titre, il mérite d’ètre men-

1. Cette porte a été gravée dans l’ouvrage suivant : Die Korssunschen thiiren in der kathedralkirche qur Sophia in Nowgorod ; Beschrieben und Eluutert von Friedrich Adelung. Berlin, 1823.

On peut en voir aussi les détails dessinés en grand et avec soin dans le magnifique ouvrage des Antiquités de l’empire russe.

tionné ici. On y voit représentée la sainte sagesse, dans une auréole circulaire, sous les traits d'une femme qui tient un sceptre de la main gauche. Le Christ est placé au-dessus, à micorps, entouré d’un médaillon et dans le bas, de chaque côté, apparaissent la sainte Vierge et saint Jean-Baptiste. Le trait le plus singulier de cette composition est l’étoile que la sainte Vierge porte entre les mains et qui renferme l’enfant Jésus.

Nous avons gravé sur notre pl. CXLVIII une figure de femme, les bras étendus, drapée dans de riches vêtements; mais nous n’osons affirmer qu’on ait eu, en la composant, l’idée de reproduire les traits de la Mère de Dieu.

On montre dans le trésor de la cathédrale la custode du pain de la sainte Vierge (artophoron), coupe plate, style du xn° siècle.

Il y avait autrefois, à Novgorod, un monastère consacré à la sainte Vierge et qui ne renfermait pas moins de mille moines.

Dans le couvent de lA’nnonciation de N’Vei Novgorod, on venère une madone du xe siecle, qui fut apportée de Kiev probablement au xive siècle, c'est le type slave ordinaire1.

Page 1