RIGA
Le vénérable Meinard de Lygberg. après avoir conquis la Livonie à la foi chrétienne, fonda, dans un lieu qu’on appelait Riga, un siège épiscopal qu’il dédia à la mère de Dieu, en 1186. La protection de Marie et la fertilité de la contrée ne tardèrent pas à y rassembler de nombreux fidèles. Selon une autre version, l’établissement de cet évêché ne serait pas antérieur à 1202 et daterait d’Albert, qui consacra toute la Livonie à la sainte Vierge et fonda, à Riga même, un couvent de réguliers en son honneur1 2.
La principale église dut être, à l’origine, sous le vocable de la sainte Vierge; nous apprenons, du moins par les chroniques, que, dès le commencement du xme siècle, la ville possédait un sanctuaire portant son nom. pendant le carême de 1214, un violent incendie, se déchaînant sur Riga, dévora le plus vieux quartier où s'élevait l’église Sainte-Marie, que cette désignation suppose déjà ancienne : « oAb ecclesiâ sanctœ Mariœ, que combusta est cum campanis maioribus usque ad domum episcopi cum domibus adiacentibus usque ad ecclesiam fratrum milicie. » Le chroniqueur ajoute que ce fut un deuil public, que le peuple regretta surtout la perte des cloches dont il aimait tant les harmonies, et qu’on en fondit aussitôt une nouvelle plus grande.
Du reste , l'église Sainte-Marie se releva promptement de ses cendres, car nous voyons se tenir dans les nefs, en 1226, un concile solennel que le pape ordonnait pour aviser aux moyens d’étendre la foi dans ces contrées.
1. Anno 1186 fundata est sedes episcopalis in Livonia a venerabili viro Meinardo, intitulata patrocinio beate Dei genitricis Mariæ in loco qui Riga dicitur. Et quia idem locus beneficio terre multis bonis exuberat, nunquam ibi defuerunt Christi cultores, et novelle ecclesie plantatores. (Arnoldi, Chronica Slavorum} lib. V. Pertz, Scriptores , XXI, 21 1.)
2. 1208. Riga. Conventum regularium et episcopalem sedem postea Albertus, episcopus de Ylcescola in Rigam tercio sue consecrationis anno transtulit et cathedrain episcopalem cum tota Livonia beatissime Dei genetricis M. honori deputavit. (Pertz, XXIII, 246.)
DIVERS
Parmi les madones de Russie nous pourrions encore citer celle de Kazan, dont M. Westvood, le savant archéologue anglais, possède une copie et qui porte comme celle de Czenstochowa une balafre à la joue, celle que 1 on conserve à Saint- Pétersbourg et qui vient de Malte, celle de la collection du prince Strogonolf, dont on ignore l’origine et qui présente un fragment de mosaïque dans le genre de celle de Ravenne, enfin en descendant jusqu au Caucase nous trouverons de vieux témoignages du culte de la sainte Vierge :
A Nekressi , une fresque grecque qu’on attribue au ve siècle *;
A Pit{ounda. sur les côtes de la mer Noire, une image du vie siècle;
A Chouamta , en Géorgie, une peinture du vnie siècle;
A oAkltala. dans la vallée de Sion, en Géorgie, une peinture sur l’abside de l’église, trouée par un boulet turc.
La Mingrélie conserve beaucoup de reliques qui lui sont venues du temps où la foi chrétienne y florissait et où ses princes s’alliaient avec les empereurs de Constantinople. On y vénérait un morceau de la vraie croix d’environ om, 20, et une chemise qu’on dit être de la sainte Vierge ; la toile de cette relique, de couleur jaunâtre, parsemée çà et là de fleurs brodées à l’aiguille, a x m , 6 5 de long et om,82 de large, avec un col étroit et des manches courtes qui n’ont pas plus de om,2o.
La ville de Gelath possède une mosaïque du xic siècle, qui représente la sainte Vierge et qui a été photographiée par l’état-major de Tiflis. On vénère, dans un couvent de cette ville, une madone byzantine, les bras levés comme dans la scène du Crucifiement et dont on n’a réservé à la vue que la tète et les mains ; tout le reste est caché par une riche couverture. Cette peinture
1, Caucase pittoresque , p. XLYIII.
SANCTUAIRES ET IMAGES
est enchâssée dans un triptique orné d’émaux grecs cloisonnés et de filigranes ; un de ces émaux représente un empereur et une impératrice couronnés par Notre-Seigneur. On lit près d’eux une inscription grecque queM. J. Durand est parvenu à déchiffrer et qui porte ces mots :
« Je couronne de ma main Michel et Marie.»
Cet empereur doit être l’empereur Michel VII (1067) et sa femme, Marie, fille d’un roi de Géorgie. (PI. CXLV.)
On ne saurait imaginer rien de plus splendide que la plaque de fond qui encadre la madone ; tout ce que l’orfèvrerie byzantine a su inventer de plus magnifique en fait d’arabesques d’or et de pierreries se trouve réuni ici à la gloire de la sainte Vierge, sans que cette profusion de richesse nuise au bon goût et au style .
On trouve, dit M. Durand1, dans une dissertation publiée parM. Brosset en 1 859 (Mémoire de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg), quelques détails intéressants sur la Géorgie, et je vais en extraire un passage qu’il est convenable de placer ici :
« Les Géorgiens, comme tous les sectateurs du rite grec, sont très-religieux envers les images des saints; plus d’une guerre fut entreprise pour se rendre maître d’une image miraculeuse ou pour la reprendre après l’avoir perdue. La plupart du temps, ces objets de la vénération publique ont été donnés par des rois ou des princes, ils sont enrichis de métaux précieux et de pierreries, et portent le souvenir de quelque événement remarquable.
« Dans la grande église de Gélath, on voit une image d’or à deux portes, ornée de pierreries et de perles, apportée en ce lieu de Kakhoul, en Turquie, et que, pour cette raison, on appelle Notre-Dame-de-Kakhoul. On y lit des inscriptions géorgiennes »
Dans le monastère de Gélatli est encore déposée une image apportée d’Atsquour.
Sur une image dite Notre-Dame-de-la-Prière,
1. M. Julien Durand a fait une étude spéciale sur cette Madone dans le Bulletin monumental . n° 1, 1877.
au bas de laquelle est représenté le roi Bagrat priant à genoux, on lit : « Très-sainte mère de Dieu, intercède en ce monde et dans l’éternité auprès de ton Fils pour le prince Roi des rois, Bagrat, le plus grand des pécheurs. »
Une autre image qui se voit à Gélath, ornée i de sculptures précieuses, porte : « Nous avons fait cette image de la Vierge de Gélath pour qu’elle nous protège. »
Il se trouve encore, au même couvent, un petit livre d’évangiles, écrit en caractères khoutzouri, à l'encre d’or, avec des figures au commencement de chaque leçon.
Enfin, dans le même couvent, est une image de la Vierge en or pur, ayant par derrière une plaque d’argent où on lit : « O toi qui as créé tous les êtres avec sagesse, qui n’as pas méprisé l’homme destiné par sa nature à mourir et qui ensuite es descendu sur la terre, tu as pris dans le sein de la très-sainte Vierge Marie la figure d’un esclave, laissant intacte sa virginité ; nous, par l’effet de sa protection, roi sacré et couronné de Dieu, Alexandre, nous avons fait fabriquer cette image afin qu’elle intercède pour l’âme de notre épouse la reine Mariam... »
M. Bernovile, dans son ouvrage sur la Souanétie libre, publie une madone qu’on vénère au monastère de Saint-Georges, à Mesti, dans les montagnes du Caucase. Au centre du tableau, une peinture byzantine représente la sainte Vierge en buste tenant l’enfant Jésus. Ce sujet est entouré de figures et ornements en orfèvrerie d’un travail assez grossier qui doit avoir été exécuté dans le pays.
En visitant les plus célèbres madones que vénérait la Russie encore dans le berceau de la foi chrétienne, nous sommes loin d’avoir épuisé le sujet d’une dévotion si ancienne et si constante, nous avons seulement indiqué les principaux types d’où sont dérivées les innombrables copies qui couvrent aujourd’hui cette contrée. La Russie est peut-être un des pays où l’iconographie de la sainte Vierge et des saints a poussé
CH. XV
RUSSIE