CH. XVI. — ORIENT. — GRECE
madones. Ces peintures ne rentrent pas dans le cadre, de nos études, par l’âge qui les a vu faire; du moins, comme elles appartiennent au style immuable des Byzantins, d’une certaine manière elles ne leur sont pas étrangères, et nous ne pouvons oublier de les signaler. Faisons surtout des vœux à cette occasion pour que l’auteur de leurs copies trouve enfin la facilité de publier son admirable collection, qui sauve d’une perte prochaine tant de monuments de l’art grec.
Dès les premiers âges du christianisme, beaucoup de temples païens furent transformés en sanctuaires de la vraie foi. La sainte Vierge remplaça Minerve à l’Acropole ; le Parthénon montre encore des inscriptions et des peintures qui en fournissent la preuve.
Le Catholicon nous offre plusieurs sujets de la vie de la sainte Vierge représentée en peinture : dans le transept du midi, la Nativité et la Présentation au temple; à l’orient, l’Ascension, avec la figure de Marie dans une position centrale ; au-dessous de la porte d'entrée, un crucifiement; dans la voûte hémisphérique de l’abside, la sainte Vierge, les bras étendus et l’Enfant devant sa poitrine1.
Au-dessus de l’entrée de l’église Saint-Taxiarque, on voyait peint un Jugement dernier, dans lequel ligure nécessairement la sainte Vierge.
Auprès de cette église, un autre sanctuaire moins ancien offrait, dans sa coupole, une Madone assise sur un trône, avec l’Enfant sur les genoux, et de côté des saints adorateurs.
On ne trouvera pas ici sans intérêt quelquesuns des souvenirs que le culte de Marie a laissés en Grèce, et notamment à Athènes2. On croit que le Parthénon fut dédié à la sainte Vierge ; Mommsen appuie cette opinion sur les raisons suivantes :
i° L’anonyme viennois désigne le Parthénon sous le nom de temple de la mère de Dieu;
1. Ou voit difficilement aujourd’hui ces peintures parce que l’édifice a été transformé en bibliothèque publique.
2. Archives des Missions scientifiques } 1868, p. 469. Recherches sur 1 emplacement et le vocable des églises chrétiennes en Grèce, par M. Petit de Julleville.
2° Zonaras et Cedrenus disent littéralement : « (Basile) vint à Athènes pour sacrifier en actions de grâces à la mère de Dieu (tti ©eoroxw), et, ayant placé dans le temple beaucoup de riches présents, il retourna dans la capitale, où il entra en triomphe. » Cet événement se place après la victoire que Basile, en 1019, remporta sur les Bulgares. Sur les colonnes du Parthénon on lit des invocations à la mère de Dieu,, ©eoToxoç, appelée aussi ©eo iïoyj iïéçnoi va, « maîtresse ou reine mère de Dieu » .
Il y avait à Athènes plusieurs églises dédiées à la mère de Dieu, entre autres l’Erechthéion dans l’acropole.
On lit sur les murs de l’Erechthéion cette inscription en grec : « Mère de Dieu, reine, secours des fidèles, sauve et protège ton suppliant, Denys Jean, pécheur et chantre de l’église catholique d’Athènes. »
Au-dessus du théâtre de Dionysos, une grotte creusée dans le rocher est consacrée au culte sous ce vocable Ilavcrpa ZTtrfuoTicco!, ou « la toute sainte Vierge de la caverne » ; la chapelle chrétienne remplace un sanctuaire païen.
A l’est de l’acropole, près du monument de Lysicratès, on voit une petite chapelle dediée à llavaytx K«vcf/pa, Kupïa Kav&vjXi, « la toute sainte Vierge-Flambeau, ou N.-D. du Flambeau. »
Stuart visita une vieille église, aujourd’hui détruite, « N.-D. de la Germination », construite sur des soubassements antiques.
L’église MeyaXy] üavayia (la très-grande Vierge) est située en plein bazar, au pied de la tour dite de lord Elgin ; elle ne s’élève au-dessus du sol que de la moitié de sa coupole, tant l’exhaussement du terrain a été rapide dans cette portion de la ville.
Au delà de l’Ilissus, à cinq cents pas environ de la fontaine Callirhoé, s’élève une petite église sur l’emplacement du temple de Déméter et Coré, sous le nom de la très-sainte Vierge au rocher (llavayïa eiç T/jV Ilerpav) .
Panagia (toute sainte) est le nom de la Vierge en Grèce. Une foule d’églises sont consacrées
SANCTUAIRES ET IMAGES
sous ce vocable, ordinairement accompagné d'une épithète; en voici la liste :
Panagia Blatiké (BlacToc/i) « la vierge qui fait germer ». Deux églises sous ce vocable remplacent, l’une le Léokorion, l’autre le temple d'Ilithye. Une autre épithète analogue est celle de Mirosporitza, dans les églises de la Paralie, à Vari, ancien Anagyros; à Elymvo ; etc.;
Panagia de Daphné;
Panagia Hy papauté , sur l’emplacement du Metroon, temple de la Mère des Dieux;
Panagia Mariniotissa existait au moyen âge à Drakonès, sur l’emplacement du temple de Demeter Halimusienne ;
Panagia Pantéléousa, dans l’îlot d’Eléousa (aujourd’hui Arsida) ;
Panagia Pharéroméné , à Salamine, sur l’emplacement du temple d’Athéné Skiras. Le vocable signifie la vierge manifestée. La fête de la Panagia se célèbre surtout sous ce nom particulier à l’octave de l'Assomption. L'épithète de skiras signifie voilée. Y a-t-il quelque relation
entre Athéné voilée et la Vierge dévoilée, manifestée ?
Panagia Sotéra Lycodémon s’élevait dans le voisinage du lycée ;
Panagia Theotocos. L’Érechthèion fut consacré sous ce vocable. On sait qu’Athéné, dans l'Erechthéion, était spécialement adorée comme vierge et mère d’Erechthée, son fils mystérieux. Or n’y eut-il pas là aussi quelques réminiscences?
Nous apprenons par M. Albert Dumont que le musée d’Athènes possède un bas-relief de petite saillie qui représente la sainte Vierge les deux mains levées; cette sculpture a été martelée; on y voit encore les lettres MP 0Y. 11 a l’intention de publier ce marbre dans un des numéros du Bulletin de la Correspondance hellénique. M. Dumont compare cette Vierge à celle qu’il a signalée à Mirofiio; mais cette dernière, d'un très-beau travail, est beaucoup plus en relief.
Il existe à Mégare une ancienne église dédiée à la sainte Vierge.
VIERGE ODIGITRIA.
u lc h F. rie fonda à Constantinople un grand nombre d’hôpitaux et d’égli- SCS et tro’s ^'ses à la Mère de
| \ E)ieu ; la première s’éleva dans le bourg des ouvriers appelé le Saint- Sépulcre, pour y placer la ceinture de la sainte Vierge, apportée par Arcadius (346-394), fils du grand Théodose; l’impératrice allait souvent à pied y faire sa prière. Une des dernières églises reçut les linges funéraires de la sainte Vierge envoyés par Juvé-
nal et l'autre reçut l’image. Il est assez difficile de reconnaître dans laquelle fut placée l’image miraculeuse dite de saint Luc. Fut-elle placée à Blaquernes ou dans l’église Odigitria? C’est dans cette dernière que le suppose Nicéphore, quoique d'autres la mettent à Blaquernes.
Quoi qu'il en soit, cette image de saint Luc est la plus célèbre de toutes celles que l’on attribue à cet évangéliste. On dit qu’il la légua lui-même à l'église d’Antioche. On la retrouve, selon certains auteurs, en Pologne, à Censtochowa. On dit qu’après avoir échappé aux iconoclastes, elle passa aux mains de Charlemagne, qui la donna, en récompense de services rendus, à Léon, prince de Russie.
Le père André Goldochowski, de l’ordre des
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