‹ La Sainte ViergeChapitre 1123 sur 1187 · Sausseret, I · texte numérisé non relu

Sausseret, I

remparts de la ville, en laquelle serait portée l image sacrée de la mère de Dieu peinte par saint Luc. Le chef des Sarrasins, qui avait vu cette pompe religieuse, commença d’entrer en déhance du succès de ce siège. Les soldats, s’ennuyant de cette longueur, murmurèrent et demandèrent à retourner dans leur pays, de sorte que ce prince barbare, après avoir proféré une infinité de blasphèmes contre la très-sainte Vierge, qu’il savait protéger la ville contre ses mauvais desseins, traita avec l’empereur pour la levée du siège. Une des conditions (ainsi qu’il est remarqué dans le Ménologe de l’empereur Basile) fut qu’il lui serait permis d’entrer avec ses officiers ordinaires dans Constantinople, quelques otages étant donnés pour sa sûreté, car il avait un grand désir de voir cette grande ville qui avait résisté à tant d’assauts et soutenu un si long siège.

Lorsqu’il voulut entrer, son cheval s'y refusa ; regardant alors au-dessus de la porte, il y vit une image de la sainte Vierge, contre laquelle il

avait proféré tant de blasphèmes. Saisi de frayeur, il se retira avec son armée sur ses vaisseaux, qui furent bientôt assaillis par une horrible tempête et brûlés par le feu du ciel ou engloutis par les vagues.

Saint Germain ht beaucoup de beaux sermons

CH. XVI. — TURQUIE

en l’honneur de la sainte Vierge, et, s’étant opposé à la persécution iconoclaste de Léon l'Isaurien, il termina ses jours en exil1.

Jean Zimiscès, l’un des plus courageux capitaines de l’armée, fut élevé sur le trône après la mort de Phocas, reçut des marques signalées de la protection de la sainte Vierge et défit par son secours une armée de Barbares de plus de 300,000 combattants qui était entrée sur les terres de l’empire. La victoire fut complète, mais l'empereur ne voulut pas monter sur le char triomphal qu’on lui avait préparé. Il y fit placer l image de la sainte Vierge, et pour lui, confondu avec ses officiers, il la suivait à cheval. M. Labarte dit qu’il avait rapporté cette image de son expédition de Médie.

En 1123, Jean Comnène imita cette action de piété envers la sainte Vierge, après une victoire remportée sur les Scythes et qu’il attribuait à l’intervention de la sainte Vierge.

(Pl. CI.) — Ducange, dans ses Médailles byzantines, donne une pierre de jaspe vert ou plutôt un onyx (J. Durand) sur laquelle est gravée l’image de la Mère de Dieu. Au milieu, la Vierge étend les mains; à ses côtés, on lit MïiTvjp ©sou, inscription commune à toutes les images grecques en haine de Nestorius. Nicéphore Botoniate (1078) honorait beaucoup cette image. Après avoir détrôné Michel, il fut lui-même renversé du trône par Comnène et, s’enfermant dans un monastère, il trouva sa consolation dans le culte de la sainte Vierge et finit, dit-on, par être élevé à la dignité du sacerdoce. Cette pierre se trouve aujourd'hui au couvent de Sainte-Croix, près de Vienne 2.

(Pl. XCVII.) — Nous avons gravé une autre Madone différente et sans l’Enfant, qui vient aussi du règne de cet empereur.

1. Voyez Venise pour la Nicopeia, p. 98. — Voyez aussi le curieux recueil de documents de M. le comte Riant, Exuviœ sacra Constant., I, 16. — II, 22 4,268, 27 1.

2. Gumppenberg, XII, 137. — Chifflet, p. 3. — Karl Lind, mémoire publié à Vienne.

M. Labarte donne, tome Ier, planche xi, une Madone sculptée sur ivoire qu’il attribue à la fin du xic siècle. Elle est debout sur un escabeau, tient l’enfant Jésus sur son bras droit et porte le costume habituel que lui prête 1 école byzantine. Au-dessus d’elle, un dôme ajouré-, -qui repose sur deux colonnes torses, l’encadre et lui sert de dais. Cette Madone doit être rapprochée pour le style de celle frappée sur les médailles du xc siècle.

Le père Garrucci donne une reproduction d’une madone conservée à Péra, où l’on ne voit plus malheureusement que les deux têtes; il croit quelle est la copie de la célèbre Odigitria, ainsi que les monnaies de Constantin Monomaque b

Je n'ai pas besoin de dire que Constantinople et les empereurs si dévots envers Marie avaient démultiplier ses images; malheureusement les persécutions iconoclastes, les catastrophes du xme et du xve siècle n'ont pour ainsi dire rien laissé de ses monuments dans ses murs. Ce qui n’a pas disparu sous les coups des Latins ou des Turcs a été dispersé dans l’Occident, où nous avons signalé de nombreux vestiges sur notre passage. Mais, comme nous nous sommes fait une règle de mentionner les monuments là où les révolutions les ont transportés, nous nous trouvons à Constantinople dans un vide lamentable que peuplent seuls les riches souvenirs des siècles anciens.

Rappelons seulement que la Bibliothèque nationale, sous le n° 64, possède un évangéliaire qui doit être du temps de Constantin Porphyrogénète. On y trouve au folio ir une figure de la sainte Vierge entre deux empereurs. Elle a le manteau et le nimbe brun foncé, la robe bleue, les souliers rouges ; elle retourne ses mains contre sa poitrine en manière d orante. Son nimbe est d’or, avec un liséré rouge à la circonférence. C’est un manuscrit grec du Xe siècle.

Citons un type de madone très-répandu en

Page 1