L’EGLISE SAINTE-ANNE
Comme l'histoire ne parle pas du lieu de la naissance de Marie, nous ne pouvons que nous en rapporter à la tradition. Pourtant sur ce point les données fournies ne s’accordent pas entre elles, et il y a au moins trois opinions traditionnelles, dont l’une admet la naissance de Marie à Sephoris, l’autre à Nazareth, et la troisième à Jérusalem. Sans examiner davantage la valeur de ces trois opinions, je commence à disserter sur le lieu de naissance de Marie à Jérusalem.
L’église Sainte-Anne, le lieu attribué à ce sou-
SANCTUAIRES ET IMAGES
venir dans Jérusalem, est aujourd'hui dans l’intérieur de la ville à son extrémité est, tout près des murs, un peu au nord du Haram, dont elle est séparée par la piscine de Bethsaïde. A une distance plus rapprochée, l’espace où se trouve l’église Sainte-Anne, du côté sud-ouest, à la porte Saint- Étienne, est limité par le bain de Marie; au sud, par la route de Marie; à l'ouest, par une campagne déserte, etau nord, par quelques ruines et des huttes, et à l'est elle n’est séparée que par un chemin de la muraille urbaine. L'espace qui entoure l’église de Sainte-Anne est bien aujourd’hui tout à fait uni, mais il a une forme irrégulière en ce que la piscine de Marie renferme son angle sud-est, tandis qu’au nordest se trouve un carré correspondant. Le côté est n'est d'ailleurs pas en ligne droite; en supposant le terrain régulier, la longueur et la largeur auraient environ no à 130 mètres.
Etudions d’abord la composition originelle du terrain. Il suffit d’y jeter un coup d’œil pour se convaincre que le terrain n’est plus dans son état primitif. Pour se représenter sa composition originelle, il faut considérer tous les environs. On y voit deux montagnes et une vallée qui les sépare; les deux montagnes ainsi que la vallée commencent au nord, en dehors de la ville, et se prolongent dans la direction du nord au sud, s’inclinent en s’écartant un peu vers l’est et descendent à l’angle sud-est de la ville. Le côté ouest de la montagne est le plus près de la ville, entre la porte de Damas et la porte des Soldats; elle surgit immédiatement de la plaine à l’endroit de l’abattoir actuel, et se prolonge en trois terrasses jusqu'au bas delà pointe sud-est delà montagne de Sion. Le sommet nord de cette montagne se nomme communément Bethsaïde, le sommet du milieu Moriah, et le sommet sud Opfel.
Bethsaïde et Moriah ne sont séparés ni par une vallée ni par un ravin, mais ils sont reliés par un gradin de Bethsaïde, en forme arrondie, et ce n’est que l’imagination qui a admis une vallée le long de la voie de Marie à la caserne de Pilate. La vallée qui sépare les deux revers de montagnes commence presque à la même distance de la
ville, s’avance dans la ville à l’étang des Pèlerins, l'abandonne de nouveau à la porte Saint-Étienne et débouche dans la vallée de Cédron, entre le pont supérieur et le pont inférieur. Cette vallee se dirige en ligne droite du nord-ouest au sud-est, mais, en sortant de la ville, à la porte Saint-Étienne, elle dévie fortement vers l est. A l'origine cette vallée est très-plate, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur de la ville; cependant elle se rétrécit et se creuse considérablement dans sa partie inférieure et elle doit avoir été autrefois, vers le bas, un véritable ravin. Bien que cette vallée soit aujourd'hui tellement remplie de décombres qu’on ne remarque plus rien de sa partie inférieure, on la distingue encore bien aujourd’hui, et beaucoup de gens l’ont vue; elle n’a cependant pas reçu un nom spécial, on peut donc simplement l’appeler Bethsaïde. La partie inférieure de cette vallée est ce ravin dont Josèphe dit qu’il séparait au nord du temple Antonia de Bethsaïde. Le versant de la montagne, à l’est, commence à une distance insignifiante de la ville, s’élève au-dessus de la vallée de Cédron à l’endroit où elle se détourne vers le sud et se dirige en ligne droite du nord au sud, à travers la partie nord-est de la ville jusqu’au pont du Cédron, où il finit. Cette montagne, qu’on a regardée évidemment autrefois comme comprise au moins en partie dans la ville de Bethsaïde, n’a pas aujourd’hui un nom particulier et peut s’appeler, par conséquent, « montagne Nord-Est de Jérusalem ».
La question de savoir à quel point les deux montagnes de Bethsaïde et la vallée de ce nom faisaient partie de la ville ne peut être résolue absolument. Tout ce que l'on sait, c’est que le mur nord-est du Haram surgit de la profondeur de la vallée de Bethsaïde ; on ne doit pas douter non plus que la vieille forteresse du temple, plus tard appelée Antonia, ne soit élevée sur la terrasse de la vallée de Bethsaïde. C’est de la direction des deux murs de la ville qu’on peut conclure si Bethsaïde de l’ouest faisait partie de la ville ou non. A ce sujet, il y a deux opinions d’après lesquelles Bethsaïde de l’ouest est exclue