‹ La Sainte ViergeChapitre 1153 sur 1187 · CH. XVI. — PALESTINE. — JÉRUSALEM · texte numérisé non relu

CH. XVI. — PALESTINE. — JÉRUSALEM

Je ne puis pas faire d’observation relativement à l’église de Marie à El Bireh, Nazareth, Cana, sur le Carmel et à Tyr, n’ayant pas eu occasion de les voir.

La grande vénération de la Mère de Dieu en Orient est connue; catholiques et schismatiques rivalisent pour l'honorer, et les Turcs euxmêmes s'associent à ces sentiments. On sait aussi que différentes plantes portent le nom de Marie. Ainsi se nomme, par exemple, la rose de Jéricho : Kaf Mariane, la main de Marie ; le fruit d’un petit végétal : Kobs el cedra. le pain de la Vierge, etc.

Des images de la sainte Vierge, qui, incontestablement, remontent au delà du xme siècle, ornent peut-être les églises, les chapelles et couvents des Grecs, mais jusqu’à présent je 11’ai rien pu découvrir.

Nous compléterons ce mémoire par diverses notes que nous avons recueillies sur les sanctuaires de Jérusalem :

i° La maison où Jésus a mangé l’agneau pascal a été en vénération dès les premiers temps du christianisme. C’est là que la première messe fut célébrée par les apôtres, que la sainte Vierge reçut le Saint-Esprit avec eux ; c’est à quelques pas de là qu’elle est morte. Les apôtres ont transformé cette maison en église et l’ont dédiée à la sainte Vierge et au Saint-Esprit, selon le vénérable Bède l.

Près du cénacle était la maison de Jean- Marc, où la sainte Vierge et de nombreux fidèles passaient la nuit en prière pendant la captivité de saint Pierre et où se rendit cet apôtre après qu’il eut été délivré par l'ange.

Procope nous a laissé la description suivante du magnifique temple que Justinien construisit à Jérusalem à la sainte Vierge et qu’on appela Sainte-Marie-la-Neuve : « Justinien, dit-il, construisit à Jérusalem, en l’honneur de la Mère de

x. Gumppenberg, XTI, 123, - Champagne, II, 1297. j

Dieu, un temple que les habitants appellent « l’église neuve ». La configuration de cette ville, qui n’offre aucun terrain uni, mais des pentes abruptes de tous côtés, était une grande difficulté pour les constructeurs ; tous les édifices de la ville sont construits dans ces conditions extraordinaires. L’empereur désigna pour cette église la colline la plus élevée de la cité et il ordonna que les dimensions fussent plus vastes que celles des autres sanctuaires. Ces dimensions étaient si considérables qu’une seule colline ne pouvait lui servir de base et que le quart de l’église, la partie consacrée aux ministres deDieu, n’y pouvait trouver place ; on créa alors un terrain artificiel. Les ouvriers élevèrent des terrasses voûtées pour atteindre au niveau du sol de l’église, qui, de cette sorte, fut assise en partie sur le rocher, en partie suspendue au-dessus du vide par des piliers de soutènement en pierre. Pour lutter ainsi contre la nature, ils tirèrent des montagnes voisines, qui sont très-élevées, d’immenses quartiers de rochers et les transportèrent de la manière suivante : on fabriqua des chariots dont la grandeur répondait à celle des pierres, et qui ne transportaient qu’un seul bloc à la fois. Quarante bœufs, que l’empereur fit choisir avec soin, servaient à tirer les chariots. Les chemins qui conduisaient à la ville n'étant plus suffisants pour de tels transports, on en ouvrit de nouveaux en creusant les montagnes. Grâce à ces efforts gigantesques, on donna à l’église de la sainte Vierge la longueur qu’avait prescrite l’empereur.

» La largeur fit naître une autre difficulté : elle était si considérable qu’aucun bois ne convenait à sa charpente. Les constructeurs se mirent à parcourir les forêts et tous les lieux dont on vantait la hauteur des arbres, et ils trouvèrent enfin une forêt de cèdres merveilleusement élevés, qui leur fournirent les pièces de la colossale couverture. Telle est l'entreprise que Justinien Auguste parvint à terminer par les forces de l’industrie humaine, entreprise dans laquelle sa confiante piété le soutint et lui apporta conseil. aide et honneur.

SANCTUAIRES ET IMAGES

h Ce temple n’avait pas encore des colonnes qui répondissent à son éclat et dont la grandeur pût soutenir le poids dont on les chargeait, de plus il était difficile de les faire venir par mer, parce que Jérusalem en est éloignée et séparée du rivage par de hautes montagnes qui en empêchent le transport. Sur ces entrefaites, on découvrit dans les montagnes une nouvelle espèce de marbre qui n’avait pas encore été connue ou que la Providence produisit exprès pour l’entreprise; car les deux raisons de cette découverte sont croyables : ce qui est impossible à nos forces humaines n’est pas impossible à Dieu, ni même difficile. Donc d’immenses et nombreuses colonnes sortirent des nouvelles carrières; leur couleur rappelle celle de la flamme. Celles-ci sont dessous, celles-là sont dessus, les autres dans le péristyle qui environne de tous côtés l’église, sauf dans la partie orientale. Les deux colonnes qui accompagnent la porte sont d’un prix extraordinaire, et ne le cèdent peut-être en rien à aucune de celles de l’univers. C’est là que s’ouvre un autre portique qu’on appelle, je crois, le Narthex, qui se rattache à un atrium carré soutenu par de semblables colonnes. Les portes d’entrée sont majestueuses, comme pour annoncer aux arrivants le spectacle qui les attend.

« De là on pénètre dans un admirable vestibule et sous un arc soutenu par deux colonnes d’une hauteur prodigieuse. En s’avançant sur le chemin de l’église, on trouve deux hexèdres semi-circulaires qui se font vis-à-vis, et d’un autre côté les maisons hospitalières, œuvre aussi de Justinien Auguste, dans lesquelles on reçoit les pèlerins sans fortune et les pauvres malades. L’empereur dota ce temple de la Mère de Dieu d’un riche revenu. Voici ce qu’il ht à Jérusalem. »

Quand Jésus, abandonné par Pilate et portant sa croix, se rendait au lieu du supplice, Marie, guidée par Jean, se rendit au coin d’une petite place pour voir passer son fils. On dit

que, dès qu’elle le vit, accablée de douleur, elle tomba en défaillance. Sainte Hélène ht construire sur ce lieu une église qu’on appelle, depuis des siècles, B. Virgo de Sgasmo, et qui contient une image de la sainte Vierge s’évanouissant. Ce tableau a toujours été l’objet d’une grande vénération. Parmi les nombreux miracles qui s y produisirent, on raconte que le hls d’un chef turc y avait fait bâtir une écurie et qu’une nuit tous ses chevaux tombèrent morts1.

aloéia ix ne aàbnôf tuf snitJïJ-ohjsM-aJniBÔ

Le sépulcre de la sainte Vierge est en marbre un peu plus large que celui de Notre-Seigneur. Il est sous terre, dans une chapelle qui a 5 mètres de long sur 4m,6o de large et 3 mètres de hauteur. L’église, au-dessus de la chapelle, a 40 pas de long sur 25 de large. On descend à la chapelle par un escalier en marbre de 50 marches. L’église fut bâtie par sainte Hélène. Le tombeau est l’objet de la vénération des musulmans comme des chrétiens 2.

Il est généralement admis que le Christ, après sa résurrection, apparut d’abord à sa Mère; sainte Hélène, pour célébrer l’endroit où cette apparition avait eu lieu, y ht construire une chapelle aujourd’hui décorée de trois autels. On dit que l’image du Christ ressuscité se voit sur l’un d'eux3.

Un jour, avant sa conversion, sainte Marie Égyptienne voulut aller voir la fête de l'Exaltation de la sainte croix dans l’église du Saint- Sépulcre.

Arrivée sous le portique, elle essaya vainement de pénétrer dans l’intérieur. Une force irrésistible la repoussait sans cesse. Apercevant alors au-dessus de sa tête une image de la Mère de Dieu et touchée par la grâce, elle supplia la Vierge de lui pardonner les scandales de sa vie

Page 1