PEROUSE
peuvent indiquer l’époque où cette relique a été fabriquée. Cet anneau est si large qu’on pourrait y faire entrer deux ou trois doigts. Les adversaires moins prononcés classent cet anneau parmi les reliques dites sanctifiées au contact des reliques véritables. Sixte IV le demanda à Pérouse pour en décorer l'église de Rome, ce qu’il n'aurait pas fait s’il eût douté de l’authenticité; les peuples l’entourent de vénération , des miracles se sont accomplis devant la relique.
« On pourrait répondre aux premières objections que l’Écriture, il est vrai, ne parle pas d’anneau nuptial, mais les juifs ne craignirent pas d’adopter les usages des nations auxquelles ils étaient soumis; c’est ainsi qu’ils apprirent des Égyptiens à ensevelir les morts avec des aromates et à les envelopper de lingqs et de bandelettes. Ils reçurent des Grecs les noms de Eupolème, Ménélas, Jason, N umène, Ptolomée, André, Philippe et autres; ils empruntèrent également aux Grecs la forme de leurs tombeaux; serait-il étonnant qu’ils eussent pris aux Romains, qui les dominaient du temps de la sainte Vierge, l'usage de l’anneau nuptial? Pline, Juvénal et Tertullien y font allusion; beaucoup de passages prouvent que ce rite était très-ancien et trèsrépandu chez les peuples sujets de l’empire romain. On lit dans les Actes de sainte Agnès qu’elle répondit à l’homme qui cherchait sa main : « J’ai été demandée par un autre qui m’a fait de bien plus beaux cadeaux et m'a donné un anmau pour gage de sa foi ; il est bien plus noble que toi par sa naissance et sa dignité... »
« Saint Augustin rappelle le même usage. « Les femmes, dit saint Isidore, ne portent point d'anneaux, excepté ceux que leur fiancé leur envoie, et elles n’ont pas l’usage de porter aux doigts plus de deux anneaux d’or. » On pourrait encore citer Clément d’Alexandrie, saint Jérome, et, parmi les poètes latins Plaute, Térence, Martial. Pline fait mention de l’anneau envoyécomme d'un signe de l’engagement contracté; les jurisconsultes en parlent. Ajoutons parmi ces témoignages ceux de Prudence, Jean de Kirchmann, Henri Kommann, Dom Calmet, BuxtorfF, etc.
« On doit donc croire que saint Joseph, en épousant la sainte Vierge, lui mit un anneau au doigt du milieu. Il est facile ensuite d’expliquer la relique de Pérouse. Admettons qu’il ait existé un anneau de la Vierge, comme l’indique la vénération populaire en plusieurs endroits de l’Europe; supposons qu’une parcelle de l’anneau véritable ait été enlevée par un coup de lime et insérée dans l’anneau de Pérouse, comme on le dit pour les chaînes de saint Pierre, comme saint Charles Borromée envoya à Philippe, roi d’Espagne, un modèle du vrai clou de Milan, et nous pourrons vénérer dans l’anneau de Pérouse l'anneau véritable1.
« Les habitants de Chiusi l’ont peut-être obtenu d’un homme considérable avant de l’abandonner à Pérouse. On sait que dans un temps on volait les reliques, et la main inconnue coupable du larcin ne pouvait fournir d’authentique.
« Un argument très-fort pour l’authenticité réside dans le respect de l’Église , le désir qu’avait Sixte IV, pontife si sage et si prudent, de le montrer aux Romains; enfin dans l’autorité de Paul III, de Benoît XIV, des Bollandistes (rp mars) et d’une foule d’auteurs moins connus.
« Il n’est pas exact, ajoute encore Trombelli, de dire qu’on n’ait fait que des anneaux en métal, j’en possède un en ivoire. Boldetti nous apprend que dans les anciens cimetières on en a trouvé non-seulement en métal, mais encore en ivoire ou en d’autre matière, Pitiscus le dit expressément. Ceux qui n’avaient pas le moyen de payer une plus riche matière portaient des anneaux de verre ; qu’y aurait-il d étonnant que l’anneau de la sainte Vierge fût en onyx, pierre qui a peu de valeur par elle-même? Les Juifs pouvaient facilement tirer ces pierres d’Arabie où elles sont abondantes, et une telle matière n’était pas audessus de la modeste fortune de Marie et de Joseph .
« Pline parle d’anneaux de fer envoyés à
i. Une opinion mise aussi en avant est que cet anneau aurait été possédé par une pieuse femme du nom de Marie, ou bien qu’il servit d’ornement à une statue de la sainte Vierge, et prit ainsi le nom d’anneau de la Vierge.
SANCTUAIRES ET IMAGES
l’épouse, mais il ne dit pas que ce fussent des bagues nuptiales ; aux approches du mariage on en offrait aussi de beaucoup plus riches; Tertullien mentionne un anneau d’or en cette circonstance.
« Quant à la dimension de l’anneau de Pérouse, on l’a fortement exagérée; le cercle extérieur est assez large à cause de la fragilité de l’onyx que l’ouvrier n’eût pu employer plus mince, mais le cercle intérieur est convenable pour le doigt d’une jeune tille; je puis en juger d’après la copie fidèle que j’en possède. D’ailleurs, les anciens portaient quelquefois de trèsgros anneaux, j’en ai vu un entre autres de cette espèce qu'on disait avoir été fait pour Marie, femme de l’empereur Honorius.
« Pour l’anneau dont les Parisiens se glorifient on peut croire, ainsi que Gerson semble le supposer, qu’il s’agit de bague étrangère à la circonstance du mariage. Les Sennonnais ne peuvent invoquer des titres de possession aussi anciens. 1 »