Maria Mariani, Martyris mater
Maria Eudæmonis, V. C. filia in captivitate adducta et vendita.
Mariæ D. N. nullum in kalend. Carth. festum consignatum, 526.
Mariæ templum a Salomone, Præf. præt. Carthagine conditum.
(. Morcelli Africa christiana} Brixia, 1816, 3 vol. in-40.)
CONCLUSION
CONCLUSION
ff l est temps de terminer ce long pèlerinage dans lequel nous avons recherché M les plus anciens sanctuaires de Marie, et m baisé la trace de ses pas dans les pays £j ■ que son culte a bénis. Nous sommes loin W j d’offrir un tableau complet d'un si grand | objet, nous espérons seulement, en signaj lant dans la catholicité tout entière le passage de cette Mère divine, avoir prouvé qu’elle n’a jamais été, dans la pensée du peuple, séparée du Christ et que le pro-
Ctestantisme, en la repoussant, n’a pas seulement commis une erreur de dogme, mais fait un mensonge historique. Des exemples plus multipliés de ce culte universel auraient sans doute fatigué nos lecteurs; nous nous arrêtons, mais avant de fermer ce livre, nous demanderons la permission, en quelques lignes, de montrer la suite des temps toujours fidèles à Marie et d’exposer, par une chronologie rapide, ce qu’on a pu perdre de vue dans le parcours de régions si diverses. Après le spectacle géographique, si je puis m’exprimer ainsi, assistons à celui des siècles qui détilent devant le trône de Marie en la saluant des titres les plus glorieux.
Nous apercevons la radieuse ligure de la Mère virginale , dès l’origine du monde ; elle se reflète dans les promesses de Dieu à l’homme coupable, elle brille dans l’arc-en-ciel qui apparaît sur les nuées orageuses du déluge, dans l’arche d’alliance revêtue d'or qui console les Hébreux du désert.
Les prophètes la chantent, les héroïnes de la Bible la représentent d’avance, les peuples l’attendent et se plaisent à chercher sa physionomie quasi-divine dans les plus souriantes images de la création , elle est le térébinthe, le cèdre du Liban, la rose de Jéricho, le lis, la
verge d’Aaron, la toison de Gédéon, la nuée bienfaisante d’Élie, le trône d’ivoire de Salomon. Le monde païen, dont la mémoire est encore pleine des traditions primitives, retentit de ses prophéties, les argonautes, les sibylles, les druides, les théogonies de Chine, de l’Égypte et de l'Amérique sont unanimes à la prédire. Les faux dieux eux-mèmes, comme un hommage du démon à la vérité, en reproduisent les traits. Latone, Isis et surtout Minerve sont, pour ainsi dire, des peintures ébauchées de la Vierge immaculée.
Le monde, attendant l’apparition de cette merveille, la cherche sur les hauteurs; mais Dieu, pour confondre son orgueil par un trait incompréhensible de sa providence, la tire d’un abîme d’h u milité.
Un jour ses yeux s’abaissent sur la Judée, la contrée la plus méprisée de la terre, sur une des régions les plus pauvres de la Judée, sur la maison d'un artisan de Nazareth; il y voit une jeune tille humble, timide, inconnue; il la choisit pour cette mission sublime et lui envoie un de ses archanges lui offrir d’ètre la Mere de Dieu. L’humble vierge accepte en tremblant, et elle devient en un instant reine du ciel et de la terre. Sa gloire n’éclate pas encore, et sa vie évangélique n’est illustrée que par les douleurs ; repoussée de toutes les portes, elle enfante dans une étable; et, en se soumettant à la loi purificatrice, elle a déjà le cœur percé du glaive de la passion ; elle égare son fils, elle le voit ensuite contredit, poursuivi, couvert d’insultes, et enfin saisi, condamné et cloué à la croix; elle assiste à l’épouvantable supplice, elle le voit rendre le dernier soupir, elle l’enferme dans le sépulcre; après la glorieuse, mais douloureuse séparation de l’Ascension, elle reste au milieu des apôtres,
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comme on la figure dans la Pentecôte, pour les encourager et les fortifier. On dit que dès cette époque on lui dresse des autels à Tortose, à Saragosse, etc. ; que saint Denis l’Aréopagite vient la vénérer, que les Messinois lui envoient une députation. Toutefois sa vie reste enveloppée dans une humilité profonde, véritable suaire que les anges soulèvent à peine en la ravissant au ciel le jour de l’Assomption.
Il fallait qu’elle fût couronnée et assise sur le trône de Dieu pour que son culte commençât à grandir; comme le Christ qui vécut méconnu et qui répandit peu sa doctrine pendant son séjour sur la terre, Marie ne commença à être glorifiée qu’après sa mort, privilège des saints contraire à celui des princes du monde. Mais, dès le 11e siècle, nous voyons apparaître les premiers apologistes. Sans compter l’Apocalypse et les visions où saint Jean la montre au sommet de la gloire, nous voyons saint Justin, saint Irénée qui la célèbrent et la défendent. Dès ce moment le groupe mystique, qu’on ne croyait pas antérieur au concile d’Éphèse, se révèle déjà à nous dans le cimetière Priscille, sous l’étoile prophétique d'Isaïe.
Au me siècle, les apologistes se multiplient avec les besoins de la défense. Origène, saint Grégoire le Thaumaturge, saint Cyprien se font gloire de combattre pour elle ; on commence à creuser dans la pouzzolane les arcosolia des catacombes et la Mère de Dieu y paraît sur des fresques légères, offrant son fils aux adorations des gentils; elle brille au fond des verres dorés et le nom de Marie est arrosé par le sang eucharistique qu’on y verse.
Le ive siècle se lève et, après l’aurore sanglante des persécutions de Dioclétien et de Galère, il éclaire le triomphe définitif de l’Eglise. Il semble que cette victoire soit reconnue comme le fruit des prières de Marie : elle apparaît de toutes parts sous la figure de l'intercession qui est celle de forante, — sur les sarcophages, où elle se confond avec 1 Église, où elle prête ses traits à l’âme bienheureuse qui ne saurait plaire au Sauveur sans cette ressemblance, — en orante
sur les verres dorés, — en orante sur la fresque de Sainte-Agnès, — en orante au marbre de Saint- Maximin qui nous répète un écho si clair des traditions du temple de Jérusalem. Des sanctuaires surgissent en son honneur dans tout le monde romain, dont les plus célèbres sont : la Nativité de Bethléem et Sainte-Marie-Majeure de Rome. Saint Ambroise, l'apôtre de la virginité, s’inscrit parmi les plus éloquents panégyristes; saint Grégoire de Nazianze, saint Jean Chrysostôme la célèbrent; saint Ephrem, ce poëte si tendre et si harmonieux (320-3 79), se voue avec ardeur au culte de Marie; Prudence continue ce culte lyrique.
Troublé des succès de l’Église, le démon s’adresse à la vierge victorieuse qui les suscite, il pousse Nestorius à l’attaquer, il cherche à la déshonorer en lui refusant le titre de Mère de Dieu.
Le Ve siècle est témoin de cette lutte et du plus glorieux triomphe. Non-seulement l’hérésie est écrasée à Éphèse (431), mais, de cette ville qui conservait si précieusement la mémoire du séjour de Marie dans ses murs, semblent sortir après le concile des traits qui complètent la ruine du paganisme. Ce que quatre siècles de prédications, le sang de tant de martyrs, les efforts de génie de tant d’apologistes n’avaient pu produire, la vierge triomphante d’Éphèse l’obtient d’un seul coup; devant cette Mère divine qui rayonne en serrant le Sauveur dans ses bras, les faux dieux s’enfuient, les idoles jonchent de leurs ruines le pied des autels, et le christianisme s’assoit dans les temples purifiés. Comme on élevait des arcs de triomphe aux généraux antiques, ainsi Sixte III érige dans Sainte-Marie-Majeure un arc triomphal à la Mère de Dieu ; comme sur le marbre de la voie sacrée on déroulait en bas-reliefs le récit des exploits du triomphateur, ainsi dans ces mosaïques on retrace les gloires de Marie pendant la sainte Enfance.
A ce moment Dieu fonde un art nouveau, mélange des inspirations asiatiques et du style romain, et lui donne pour mission de perpétuer à travers les affreux orages qui allaient fondre sur
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le monde, les souvenirs d’Éphèse et l’image de la Mère du Christ ; l’art appelé byzantin recueille ce type, dont les plus anciens spécimens sont peut-être ceux de Sainte-Marie-Majeure et de Bologne, il le consacre pour ainsi dire et, sous les bandelettes inaltérables de ses traditions, le conserve jusqu’à nous.
Le monde se couvre de sanctuaires élevés à Marie, l’empire romain lui est livré, et déjà cette conquête menacée par les invasions peut lui être ravie; les barbares débouchent par toutes les digues rompues de l’empire, engloutissant la civilisation antique; mais ces flots dévastateurs, au lieu de renverser le culte de Marie, sont pareils aux flots du déluge, ils soulèvent cette arche de la nouvelle alliance, la portent sur leur sommet et s’y soumettent paisiblement.
On voit alors saint Benoit qui vient d’étouffer les ardeurs corruptrices de sa jeunesse sous les épines du Val-d’Anio, et de puiser au saci'o speco l’amour de la Vierge Marie dans le triomphe de la chasteté, on le voit fonder sous ce patronage une multitude de maisons qui forment autant de centres rayonnants de ce culte.
— Saint Grégoire, de race et de tradition romaines comme saint Benoît, en envoyant des fioles d huile sacrée à Théodelinde, la reine lombarde, y répète l’empreinte de la Mère de Dieu.
— Grégoire de Tours est obligé de modérer le zèle des catholiques qui veulent imposer de force aux synagogues juives l’effigie de Marie.
Sous ce vocable béni des églises s’érigent en Gaule, en Espagne, et des inscriptions en conservent jusqu’à nous le témoignage certain.
La première représentation du Crucifiement, au vic siècle, nous la montre déjà au pied de la croix.
En Orient, le type d orante adopté pour le Crucifiement, comme la miniature de Cosmas du Vatican, la madone de Saint-Sixte, — ou le type aux bras étendus, comme la madone de Ravenne, la croix de Saint-Agnellus, le basrelief d Athènes, se multiplient de plus en plus.
Les encolpia, les camées, les pierres dures, témoignent combien la sainte Vierge est po¬
pulaire et combien ses enfants aiment à porter ses images sur eux d’une façon inséparable.
Pendant que saint Fortunat, dans l’oasis du couvent de Sainte-Croix, chante les louanges de Marie, Procope nous dit les temples que Justinien lui élève à Carthage, à Jérusalem, avec des travaux gigantesques.
La foi achève la conquête de l’Angleterre ; Bède décrit déjà les images de Marie qui couvrent les murailles des nouvelles églises ; Colomban laisse son nom au fameux missel de Kell, où brille dans de barbares mais brillantes miniatures le groupe mystique de la Madone; Bugge élève une église à la Nativité et y consacre un autel à la sainte Vierge ; en Espagne saint Ildefonse défend Marie contre les hérétiques et les juifs dans des écrits immortels; à Rome, Sainte- Sabine voit ses nefs fermées par la belle porte de bois où l’on retrouve les derniers coups de ciseau romain échappés à l’influence byzantine. Farfa et son image rappellent au milieu des âpres montagnes de la Sabine la piété bénédictine pour la Mère de Dieu et attirent celle du duc Foroard. La mosaïque de Sainte-Venance, par son sty le barbare, nous montre la dévotion du vne siècle pour Marie et la survivance de ce culte, à l’influence romaine. Le chœur harmonieux des mélodes atteint l’apogée poétique ; Romanus, Anastase, Sergius et cette troupe de poëtes dont le cardinal Pitra vient de rendre les noms à l’histoire, défilent en jetant leurs hymnes aux pieds de Marie, et le plus grand de tous comme poésie et comme sainteté, Jean de Damas, consacre ses chants si suaves à Marie.
Jean de Damas n’est pas seulement poëte, il est défenseur des images, et combat les empereurs iconoclastes, jaloux pour leurs propres effigies des hommages qu’on leur rend. La persécution se déchaîne avec une fureur qui nous explique l’absence d’anciens monuments en Orient. Heureusement l’Orient, encore influencé par les traditions juives reprises par Mahomet, était peu sculpteur et n’offrait aux satellites de Léon l’Isaurien que des panneaux de bois peints ou des marbres en bas-relief faciles à leur dérober.
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Aussi les confesseurs, les peintres fugitifs peuvent-ils emporter avec eux ces madones qui peuplent encore l’Italie. C’est l’époque de ces gracieuses légendes qui prennent leur source dans cette très-réelle émigration. Les madones s éloignent en foule des rivages persécutés; les flots, plus pieux que les hommes, les reçoivent, les transportent et vont les déposer comme des épaves sacrées sur les côtes d’Ostie ou de l’Adriatique.
Ces peintures ne suffisaient pas au génie plus grossier et plus positif des Occidentaux; aussi, à l’exception de l’Italie subjuguée au vnr siècle par l’émigration et l'influence byzantine, voyonsnous l'Europe chrétienne façonner de tous côtés des statues de la sainte Vierge; l’élan vers ces images en relief est si grand que les Pères du concile de Francfort semblent craindre qu’il ne s’y mêle quelques souvenirs païens; mais le mouvement, gouverné par les souverains pontifes, demeure dans les limites de la vérité.
Charlemagne qu’on a voulu représenter comme iconoclaste et qui ne pouvait l’être, car sa politique l’obligeait à faire le contraire de Byzance, et qui d’ailleurs aurait été retenu par son obéissance pour Rome, Charlemagne montre une touchante dévotion pour Marie.
A cette époque romane primitive se rattachent les madones de Séville, de Tolède, de Saragosse, de Cavadonga, etc., pour l’Espagne; de Thuir, du Mont-Roland, du Romigier, de Rocamadour, de Beauvais, etc., pour la France; de Glastonbury, d’Evesham, de Tewkesbury, de Cantorbery, de Kildare (près Dublin), pour l’Angleterre. Mais bientôt de nouvelles invasions plus terribles que celles du vc siècle et surtout plus dévastatrices fondent sur ces malheureux pays. L’Espagne et la France méridionale devant les Sarrasins, l’Angleterre et le nord de la France devant les Normands, enterrent leurs madones pour les dérober aux mains infidèles.
L’Italie, plus tranquille, est plus favorisée; Rome, sous le pape Pascal, est récompensée de 1 hospitalité qu’elle a donnée aux peintres confesseurs de la toi et voit des madones peintes à fresque ou en mosaïque orner les murs de ses I
églises, notamment celles de Sainte-Praxède, Sainte-Marie-in-Pallara, Sainte -Marie-in-Domnica, etc. Parmi toutes ces images émanées d’école byzantine, nous ne trouvons pas une seule statue.
Dans le nord, la vie s’éloigne du cours des fleuves qui, au lieu de fournir comme jadis la prospérité commerciale, ne font plus qu’exposer les habitants de leurs rives aux ravages des Normands. Ce n’est plus au xe siècle, sur les bords de la Loire, qu’il faut chercher les monuments du culte de Marie, mais dans les forêts de la Suisse à Saint-Gall, où Tuotilon sculpte, chante ses gloires et célèbre son assomption, à Eilsindlen sur le tombeau de Meinrad, à Richeneau et même au nord de l’Allemagne, à Aix-la- Chapelle, à Hildesheim, Halberstadt, Quedlinbourg. Il faut suivre la foi abattue du côté de l’Occident, et se redressant dans le Nord à la voix de saint Anschaire, qui fonde à Sleswig la première église danoise sous le vocable de la sainte Vierge; il faut pénétrer dans l’intérieur des terres avec saint Venceslas en Bohème, saint Etienne en Hongrie , avec saint Henri dont l’âme, selon la légende, est sauvée par Marie.
Il faut encore revenir à l'Orient, dont les empereurs professent un ardent amour pour la Mère de Dieu, se font représenter sur leurs médailles, couronnés de sa main, où Jean Zimiscès assoit son image sur le char de triomphe qui lui est préparé et où, pendant deux cents ans, les monnaies reproduisent les traits tutélaires de la patronne de Byzance.
A peine quitte du côté des Normands, à peine débarrassée des frayeurs de l’an 1000, l’Europe se recueille, se réunit sous la main de l’Eglise pour réagir contre l’invasion musulmane et s’élance en Orient ; c’est le moment où les madones sortent des sépulcres dans lesquels les peuples les avaient cachées, puis oubliées. Cette résurrection singulière a fait croire que les croisades en étaient l’origine, elles leur sont au contraire postérieures, et en tout cas l’Orient, qui depuis six cents ans ne sculptait plus, était incapable de fournir des inspirations ou des modèles
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de ce genre à nos croisés. Les madones surgissent de terre, sous les pas des bergers, et ces pieuses trouvailles sont auréolées de légendes que nous conservons pieusement, ne fut-ce que pour constater ce fait général et historique. Elles étaient oubliées, et leur réveil semble partout miraculeux aux yeux des peuples attendris et ravis. Devant ces modèles inattendus le génie artistique se réveille, on construit des sanctuaires pour les recevoir, des tabernacles pour les orner, des diadèmes pour les couronner ; on les couvre de brillantes couleurs et quelquefois de pierreries; la madone reparaissant en Occident est, comme Eurydice, rendue à son époux. Les architectes lui bâtissent des asiles, les sculpteurs la copient sur les portails, les peintres la dessinent dans leurs fresques, les poètes la saluent dans leurs hymnes, les saints se lèvent en foule pour lui faire cortège, saint Heribert de Cologne, saint Bernward d’Hildesheim, saint Norbert, saint Robert d'Arbrissel, saint Pierre Damien, saint Anselme, rappellent à la fois dans l’histoire du culte de Marie des souvenirs de l’art et de la piété.
La sainte Vierge pousse saint Adalbert par l’appât du martyre à convertir la Prusse, la Pologne ; à la suite de ses combats elle demeure souveraine, elle règne à Gnesne et confond les Bohèmes qui veulent profaner son sanctuaire, elle s’empare de la brillante colline de Czenstochowa comme d’une forteresse inexpugnable dont elle repousse toutes les attaques.
Vladimir convertit la Russie après l’avoir conquise et laisse une madone qu’on vénère encore et qui porte son nom comme un témoignage de la piété du prince slave envers la Mère de Dieu.
Nous voyions tout à l’heure la sainte Vierge mettre le pied en Danemark; à sa voix, le nord jusqu’à la Laponie s’ébranle et tombe à genoux devant elle, l’Islande la chante dans ses antiques sagas, la Norwége jusqu’à Throndhjem, malgré les mutilations protestantes, nous montre encore ses images; l’c 4ve Maria est encore en Suède, gravé sur des cloches runiques qui semblent répéter de leurs voix aériennes la salutation angélique. Le nom béni de Marie se
retrouve jusque dans les runes, ces caractères hiératiques que les nouveaux chrétiens aimaient employer en son honneur comme un témoignage de leur conversion; Bergen, la Gothie, la Fionie, l’ile de Gotland, construisent des sanctuaires de bois ou de pierre et se couvrent d’abbayes bénédictines toutes consacrées à la sainte Vierge.
Riga, le lendemain de sa conversion, possède un sanctuaire qui lui est dédié; Novgorod vénère son image dans cette tribune qu’elle a sauvée des Tartares, elle sculpte son histoire sur le bronze de ses portes.
Jusqu’à Ladoga son image rappelle le culte du xiic siècle pour cette Mère virginale.
La Russie, attaquée à la fois par le christianisme en Lithuanie et en Crimée, est tout à fait conquise; mais plus grecque que saxonne elle n'admet point les statues allemandes, elle leur préfère les madones byzantines, et parmi ces peintures elle choisit les plus gracieuses et les plus tendres. Un caractère domine la plupart des vierges russes, celui de l’amour. Nulle part elle n’embrasse avec tant d’ardeur son divin fils et n’en reçoit de caresses si affectueuses. Il semble que la douceur particulière aux Slaves les ait fait pénétrer plus avant dans l’adorable mystère d’amour qui lie le Sauveur à sa Mère.
Au xne siècle les grands courants iconographiques de la sainte Vierge se poursuivent, s'agrandissent, sans presque se mêler; l’Orient, les Slaves, les Grecs continuent à peindre ses images, au lieu que 1 Espagne, la France, 1 Angleterre et l’Allemagne les sculptent avec plus d’énergie* et de hardiesse que jamais. L Italie elle-même se met à sculpter.
En Espagne on renouvelle la madone de Montserrat.
En France on oublie le bois; la madone nous apparaît sculptée en pierre à Fongombault ou sur les portails des cathédrales au milieu des adorations des mages ; elle rayonne aussi dans les vitraux comipe à Angers, à Chartres, à Saint- Denis.
En Angleterre elle remplit les annales d’Ipswich, de Thetford, de Durham, d'Aberdeen, que
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les haines de la Réforme n’ont pu atteindre, elle paraît encore sur les croix du nord de l’Ecosse et de l’Irlande.
En Allemagne, moins raide, moins archaïque qu’en France, elle se distingue par les ondes de chevelure que les artistes laissent échapper de son voile.
L’Italie peint encore plus que les autres pays d'Occident, elle peint les miniatures du mont Gassin, les fresques de Sant-oAngelo-in-formis, la chapelle du Latran, l’étendard du roi Roger en Sicile, les mosaïques de Palerme et de Monreale. Mais ses sculpteurs deviennent dévots à Marie, les portes de bronze de ses cathédrales, comme à Pise, à Monreale, à Bénévent, à Amalti, rappellent les scènes de son histoire, la madone commence à orner les tympans de ses portails comme à Parme, à Pistoja ou à Pise.
On ne peut faire un pas dans le xne siècle sans rencontrer saint Bernard qui l’a subjugué, civilisé en le rendant plus pieux envers Marie. Il semble que Marie et Bernard y soient inséparables et qu’en saluant Marie, on entende aussitôt le fameux et miraculeux : « Ave, Bernarde. « On disait alors de lui qu’il était comme la prunelle de l’œil de la madone; on peut assurer aujour¬
d’hui qu’il fut un des plus puissants et fervents propagateur de son culte, et que la multitude d’abbayes cisterciennes toujours et obligatoirement dédiées à la sainte Vierge devinrent un moyen actif de son extension.
La sainte Vierge, au concile d’Éphèse, avait écrasé le paganisme; elle devait au xib siècle étouffer la barbarie. C’est alors que se lève cette pure et énergique ligure de saint Dominique, il paraît son rosaire en main, cette arme avec laquelle il dompte l’hérésie albigeoise et convertit l’Europe. Des grains de ce rosaire, comme de germes nouveaux, sort la blanche tige dominicaine, qui, sous le souffle de Marie, va s’épanouir dans l’Eglise.
Enfin si dans l’obscurité des siècles on cherche des points lumineux qui éclairent ces études, nous pouvons, par des noms placés en guise de phares, en distinguer rapidement les sommets. Ces noms justement distancés, depuis l’Annonciation de Nazareth jusqu’au xne siècle, confirment la tradition et résument notre livre. Ils font briller à notre souvenir saint Jean l’Evangéliste, saint Ephrem, saint Jean de Damas, saint Ildefonse de Tolède, saint Etienne de Hongrie, saint Bernard et saint Dominique.