‹ La Sainte ViergeChapitre 161 sur 1187 · TORCELLO · texte numérisé non relu

TORCELLO

La cathédrale de Torcello fut fondée vers 640, restaurée en 864 et entièrement reconstruite par l’évêque Orseolo en 1008 sous la forme actuelle, époque à laquelle on doit rapporter les mosaïques dont elle est ornée. La tribune dans le cul-defour est occupée par une grande madone isolée, debout, portant l’enfant Jésus, et désignée par les sigles MP ©V qu’on lit sur le fond d’or. Tout lé costume de la sainte Vierge est bleu foncé avec franges d'or, la robe de l'enfant en or avec hachures rouges. Nous avons copié en grand les têtes qui nous ont paru d’une grande beauté ; celle de la Madone comme dessin et comme majesté est fort supérieure à Murano. Nous l’avons gravée. (PL CXI bis.)

En se retournant on voit sur la face intérieure du pignon de la nef une vaste composition représentant le jugement dernier dans ses divers épisodes. Là, sontreprésentés leslimbes en grande dimension, et plus bas, sur plusieurs zones, les différentes circonstances du jugement. Dans la zone du haut, le Christ, entouré de la cour céleste, des apôtres, de la sainte Vierge, est assis sur un trône, il est auréolé et nimbé. La sainte Vierge, à droite, prend l’attitude ordinaire du Calvaire, elle lève les bras pour supplier une dernière fois en faveur de ses enfants coupables, et par ce geste rappelle le sacrifice sanglant qui devient la condamnation des méchants. Les instruments de la passion, la croix, la couronne, l’éponge et la lance, sont dressés au-dessous comme les pièces de conviction du procès. Cette pose de la sainte Vierge est aussi noble que belle, si elle est moins glorieuse que celle où Orgagna l’a supposée en la plaçant sur un trône

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SANCTUAIRES ET IMAGES

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égal à son fils, elle est plus miséricordieuse; elle intercède, lors même qu’il n’est plus temps, par une habitude invincible de clémence et d’amour. (PL CV.)

La scène se déroule comme sur les lignes d’un drame écrit; les anges s'élancent du haut des cieux, exécuteurs de la justice divine; ils saisissent les hommes, ils pèsent leurs actions dans la balance près de laquelle les démons avides s’apprêtent à saisir leurs proies. L’élection se fait, les bons passent à droite, les mauvais à gauche; un long ruban de flammes vengeresses sort du trône du Christ et va allumer l’éternel bûcher où les ministres de Dieu poussent les damnés à coups de lance. A droite, la procession des bienheureux vient de se former et entonnent des chants d’allégresse. Là intervient encore Marie entre les deux premières promesses de l'Ancien Testament, entre le paradis terrestre dont la porte est défendue par le séraphin et Abraham glorifié par sa postérité; elle déploie les mains en les renversant sur sa poitrine.

Cette grande mosaïque nous représente trois fois la sainte Vierge, et, chose singulière, ces trois images nous offrent les trois poses d’orante adoptées par les byzantins. Dans le haut, à côté du trône, elle est figurée de trois quarts, c’est la pose qu’on lui donne auprès de son fils au Calvaire ou dans la gloire. En bas, elle forme la partie centrale de la scène ; elle serre les mains contre sa poitrine, c’est la pose de l’Assomption ou les louanges du couronnement qu’elle redit sans cesse dans le paradis. Enfin il nous reste à montrer, au-dessus de la porte, la grande Madone à mi-corps qui prend la troisième attitude d’orante. Là, immobile, parfaitement de face, elle étend les bras ; elle les étend comme pour séparer les parties adverses , comme pour soustraire ses victimes à la justice divine. Cette figure, ncULA/vru Jo^02- fl11* occupe l’arc au-dessus de l’architrave, se

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sigle MP 0 V et d’une inscription latine qui fixe l’âge de la mosaïque au xie siècle. (PL CV.)

Il y a quelques années ces mosaïques avaient subi d’importantes restaurations, et les échafauds dont elles ont été garnies à cette occasion nous ont permis, en mai 1870, de les examiner de près; elles ont la rudesse de celles de Saint- Marc, elles offrent un dessin énergique, mais rigide et peu correct. Aucune de ces figures ne laisse percer sur ses traits une émotion de piété ou de mansuétude. Au reste, cette scène de la suprême justice convient mieux qu’aucun autre programme aux lois inflexibles de l’art byzantin.

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