‹ La Sainte ViergeChapitre 166 sur 1187 · SAN-MARCO · texte numérisé non relu

SAN-MARCO

L’église San-Marco possède une ancienne mosaïque de la sainte Vierge que nous ne pouvons négliger. Voici le jugement que porte Hemans à son sujet, mais qui nous paraît trop sévère : ü II faut aller à Florence, dit-il, pour retrouver un des plus remarquables restes des mosaïques commandées par Jean VII, une grande ligure de la bienheureuse Vierge qui fut transportée de l'ancien Saint-Pierre dans la capitale de l’Étrurie, en 1609, et que nous voyons sur un autel de l’église des dominicains de Saint- Marc; elle offre un exemple frappant de la décadence du bon goût dans l’art. Marie est représentée debout dans l'attitude de la prière, la ligure est lourde, grossièrement dessinée, couverte d’un riche costume d’impératrice byzantine, de pierreries et d’ornements d’or. Sa tête n’est pas seulement couronnée, mais chargée de rivières de pierreries, ainsi que la poitrine et les bras. C’est le premier exemple, suivant nous, du déclin de l’imagination artistique qui, au lieu de rechercher le charme de la beauté morale, se contentait d’un étalage vulgaire de parure. » (PI. XC.)

Fantozzi n’hésite pas à confirmer l’histoire de ce transport de Rome à Florence.

Ce monument nous reporte à l’ancien Saint- Pierre dans lequel nous devons rechercher la place qu'il occupait, et dont nous trouvons le souvenir dans Ciampini. Cette madone qui n’a pas

moins de 2m,6o de haut ornait, paraît-il, la face intérieure de l’église où s’élevait jadis l’autel de Sainte-Marie al Presepe et où fut percée plus tard la porta Santa. Les deux colonnes torses en marbre blanc qui accompagnaient cette porte paraissent beaucoup mieux convenir à un ciborium qu’à une décoration d’entrée. Nous reproduisons sur notre planche la gravure de Ciampini, en indiquant par un E la figure du pape Jean VII, fondateur de la chapelle 1.

Voici la description que nous en a laissée Sevérano : « Entrant dans l’église par la porte Guidonea, on voyait, là où fut ouverte la porte Sainte, une chapelle dite del presepio, bâtie par Jean VII en 705, avec l’image de la Madone en mosaïque, laquelle était peinte à la grecque de couleur brune. A sa droite, on voyait l’image de ce pape, debout, offrant la chapelle à la sainte Vierge et couronné d’un nimbe carré, symbole des vivants. On lisait au-dessous cette inscription : Joannes indignas episcopus fecit B. Dei genetricis servus. Cette image était accompagnée de deux colonnes de marbre noir sur lesquelles on tirait le rideau pour la cacher. Au-dessous, s’élevait un arc supporté par deux autres colonnes de marbre blanc. On apercevait alentour diverses représentations de la vie de la sainte Vierge, peintes en mosaïque ; saint Pierre à gauche, saint Paul à droite, avec cette inscription : Domus sanctce Dei genelricis Marice « Ce fut Sixte IV qui enleva cet autel pour ouvrir la porte Sainte.

L’hypothèse de Gori qui voit une impératrice dans cette mosaïque ne saurait être prise au sérieux; les madones desvme et IXe siècles se revêtaient souvent du costume impérial, et la tradition de Florence, jointe à la similitude de la peinture avec le dessin.de Ciampini, n’autorise plus le moindre doute.

1. Ce fragment de mosaïque est conservé dans les cryptes vaticanes.

2. Le savant M. Müntz a retrouvé dans les manuscrits de Grimani une description et, ce qui vaut encore mieux, des dessins de cette chapelle; on peut voir ces curieux documents dans la Revue archéologique de sept. 1877.

CH. IV

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