SANCTUAIRES DE SARDAIGNE
La Sardaigne n'est pas restée inférieure aux autres provinces piémontaises dans le culte de la sainte Vierge, et nous empruntons au livre de M. le comte de La Marmora quelques noms d’anciens sanctuaires qui nous en conservent le pieux témoignage 1.
BONACARDO.
L’église dédiée à la sainte Vierge mérite d’être mentionnée ici, non moins pour son vocable que pour son ancienneté et le rôle important qu’elle a joué dans l’histoire ecclésiastique de l’île. Elle fut consacrée en 1128 par Barison d’ Arborée au milieu d’une grande pompe.
BONVEHI.
Près du village de Pauli, aujourd'hui détruit, on voit encore une très-ancienne église intitulée Nostra-Signora-di-Bonvighinu.
BARNOVA.
Ce village offre à l’archéologue des monuments intéressants ; on y voit entre autres une église appelée Santa-Maria-de-sü-Coda^u } près de laquelle des restes de construction font croire à l’existence d’une voie romaine.
Non loin, à côté d’un village appelé Rebeccu, on trouve aussi la grotte de Sainte-Lucie. Ce souterrain originairement était destiné à servir
i. Itinéraire de l'île de Sardaigne } 1860.
de sépulture aux païens; plus tard, il fut incontestablement transformé en église et en catacombe pour les premiers chrétiens. On monte à cette grotte par un grand escalier également taillé dans la roche calcaire ; on arrive à deux grandes salles qui communiquent avec beaucoup de cellules sans doute destinées aux ensevelissements. Il paraît que les premiers fidèles se servirent principalement des deux grandes pièces pour y célébrer les saints mystères. M. le chanoine Spano, en visitant attentivement ces catacombes, y a découvert des peintures assez semblables à celles des anciennes basiliques romaines, des figures colossales représentant les douze apôtres, puis diverses scènes de l’Évangile, et, ce qui nous intéresse spécialement, la Sainte Vierge allaitant son fils , Y cAdoration des mages , etc. M. Spano, qui a fait une description très-étendue de ce souterrain, croit pouvoir en attribuer les peintures au moins au ixe siècle; au pied des personnages ou à côté, on lit leurs noms en monogrammes. Malheureusement toutes ces figures sont noircies par le temps et surtout par la fumée des feux continuels des bergers qui conduisent là leurs troupeaux pour les préserver de la pluie ou du froid — noircies aussi par les lampes qui brûlaient autrefois dans le sanctuaire et dont on voit encore les crochets de suspension.