‹ La Sainte ViergeChapitre 205 sur 1187 · ABBAYE · texte numérisé non relu

ABBAYE

On ne saurait supposer que la sainte Vierge ait été oubliée au montCassin, ce sommet lumi¬

neux du moyen âge. En effet, dès la fin du vme siècle1, nous voyons l’abbé Teodemaro élever à San-Germano une église qui subsiste encore sous le nom de Madonna- delle-Cinque- Torri. a Cette petite église, dit M. Hubsch, située près de l’abbaye des bénédictins du mont Cassin, est d’une forme très-originale; son plan offre un carré parfait. La partie centrale est limitée, sur chacun des côtés, par deux colonnes surmontées d’arceaux et entourée complètement d’un collatéral, de sorte que les trois absides ne se rattachent pas directement à l’enceinte centrale. Même à l’extérieur, le carré parfait du plan est accusé nettement aux quatre angles, surmontés chacun d’une espèce de tour. Ce monument date de l’époque chrétienne primordiale et même du commencement de cette période, comme le prouvent les huit colonnes antiques parfaitement semblables en marbre blanc, avec chapiteaux romano-corinthiens qui s’y trouvent. L’arcature qui décore la façade ne se répète pas aux angles, ce qui ferait croire que le couronnement des angles est postérieur, mais les arcs-boutants ne permettent pas cette supposition. »

Cette église est à l’intérieur ornée de peintures avec légendes. On lit aussi ces quatre vers sur la tour centrale :

Sublatis tenebris, quia per ce mundus habere Lumen promerit , virgo et sanctissima Mater Celsa tibi idcirco consurgunt templa per orbem Et merito totis coleris celeberrima terris.

Au vme siècle, Petronace de Brescia fit construire sur le mont Cipriano une abside en l'honneur de la sainte Vierge et des saints Faustin et Giovita.

L’abbé Mansone (986-516) continue plus tard ces traditions de fidélité à la sainte Vierge et nous le voyons ériger en son honneur une église qu’il embellit ensuite de peintures.

1. M. Hubsch, dans ses Monuments de l’Architecture chrétienne, lui donne même une date plus ancienne (p. 43).

SANCTUAIRES ET IMAGES

On raconte qu’un moine du Mont-Cassin (ii 14), au moment de mourir, aperçut la sainte Vierge qui venait pour ainsi dire à sa rencontre et qu’en s’écriant : Domina mea ! Domina mea ! il expira.

Ce n’est pas seulement par les monuments d’architecture que la dévotion bénédictine se manifestait envers la sainte Vierge; mais tous les arts étaient invités à venir lui rendre hommage dans le célèbre monastère. M. Caravita, dans son excellent ouvrage 1, nous en a conservé de nombreux témoignages. Il décrit en outre avec soin un coffret émaillé qu’il attribue au xe siècle et qu’on peut voir dans la sacristie. On ne connaît positivement ni sa date ni le donataire ; on conjecture seulement qu'il fut apporté de Capoue à Monte-Cassino par l’abbé Aligerno. Ce coffret a une forme de sarcophage, avec les angles garnis de quatre colonnes en bronze doré, à bases circulaires, mais sans chapiteaux; ses dimensions sont 30 x 8 x 1 1. On voit sur ses faces plusieurs scènes de la vie de la sainte Vierge. Le Adoration des mages, où la sainte Vierge, assise sur un trône qui ressemble à un arc-en-ciel, reçoit les mages qui viennent à sa droite. (Pl. XL.) Elle choisit une pièce de monnaie dans les trésors qu’ils présentent. Elle est vêtue de vert et pose les pieds sur un escabeau. L’enfant Jésus, habillé en blanc, avec le nimbe crucifère sur la tète, étend la main pour bénir. Les mages portent : le premier un long manteau blanc, le second un bleu, le troisième un de couleurs variées ; ils sont coiffes d’une couronne singulière divisée en croix. Immédiatement après on voit la Fuite en Égypte: saint Joseph porte un nimbe à fond noir, un habit de pèlerin avec le bourdon terminé en forme de marteau ou de tau, comme les évêques de l’Eglise orientale. La sainte Vierge, assise sur une selle verte, porte un nimbe blanc et vert ; elle ouvre sa main droite et de sa gauche elle serre le petit Jésus sur son sein. L’enfant, couvert d’une tunique jaune, orné du nimbe crucifère, bénit de la main droite. Au personnage qu'on

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