‹ La Sainte ViergeChapitre 26 sur 1187 · ROME. — SAINT-DOMINIQUE -ET- SAINT-S IX TE · texte numérisé non relu

ROME. — SAINT-DOMINIQUE -ET- SAINT-S IX TE

peinte et dit-on faite exactement d’après l’image.

La madone a son manteau retroussé sur la tête ; sa main gauche est repliée sur sa poitrine et la droite s’élève comme pour prier ; le manteau est violet foncé; le cadre a om,48 sur om,6r. La tête, admirablement belle, conserve le type le plus original des images de la Vierge : grands yeux doux, nez long effilé, bouche petite, assez rapprochée du nez, menton peu saillant. Comparée à celle de l’église in Via-Lata et de Saint- Alexis, son attitude générale est exactement la même, sauf quelques variantes peu accentuées dans la tête. Sainte-Marie-in-Via-Lata a moins de modelé, la bouche est moins en avant. Les sourcils, ici, sont accusés comme à Saint-Alexis. A Saint-Alexis, comme à Saint-Sixte, la bouche est en avant et le voile tombe sur l’œil droit. Le costume de Saint-Sixte est plus simple; sur l’épaule gauche, on voit une étoile et au-dessus une croix blanche. Sur une des branches de la croix, on lit : IC-XC et sur l'autre NI-KA. Les manchettes et le bord du voile sont en or ornés de pierreries. On ne remarque pas les autres ornements qui se trouvent sur les deux madones auxquelles nous la comparons. En résumé, ces trois madones doivent rentrer dans la même catégorie 1 .

Voici la légende poétique de cette belle madone qu’on peut lire sur un marbre dans l’église, près de l’entrée2 : Les apôtres, avant de se séparer de la sainte Vierge, voulurent conserver à la

1. Voir les madones de Saint-Alexis et de l’église In- Via-Lata, pl. lxxxvii.

2. Inscription à droite en entrant dans l’église : Hic ad altare majus servatur ilia bmae Virginis imago quæ à S. Luca evangelista delineata colores et formant divinitus accepit; Diù in oriente culta cœlesti demum disposito vectore angelico, in urbem venit nec longé ab hospitio trium fratrum Tempoli, Servuli,Cervuli qui Constantinopoli Romam petiverant; sedem nacta quorumdam culpa delituit. Tandem dormienti Tempolo vox coelo reddita conquisitam in D. Agathæ in turri proxime condi jubet, ac honorent publicum instaurari. Tum diù mortalium votis cœlo gratia respondit etloconomen Mariæ Transtyberinæ monialium dédit, donec Sergius III quorumdam obliquo zelo inductus, ædi lateranæ inferendam decrevit, indicta mox supplicatione publica, ferebatur ingens pignus (’collacrii mentibus ) ob tanti naturam tesori

postérité le souvenir de ses traits, et ils confièrent cette tâche à saint Luc. Longtemps vénérée en Orient, cette image, sur les ailes d’un courrier céleste, fut transportée dans la ville, non loin de la demeure de trois frères appelés Tempolus, Servulus et Cervulus, qui allaient de Constantinople à Rome. Une nuit, pendant son sommeil, Tempolus entendit une voix dans le ciel, et cette voix lui ordonnait de déposer l’image dans la tour de Sainte-Agathe, qui s’élevait à peu de distance, et là, de l’entourer d’un culte public. La grâce, répondant aux vœux des mortels, y répandit d’abondantes bénédictions, et ce lieu vit s’élever la célèbre église de Sainte-Marie-Transtibérine. La sainte image y recevait de nombreux hommages, lorsque le pape Sergius III, cédant aux conseils jaloux de quelques clercs, ordonna qu’elle serait transportée dans son palais du Latran, dans la chapelle Saint-Laurent. Une grande solennité fut préparée pour cette translation ; mais voici qu’au milieu du chemin, le ciel semble s’irriter de cette hardiesse : soudain le tonnerre mugit au milieu

sacris virginibus ubi ad locum (splenis dicebatur) perventum, repente turbato cœlo mugire tonitrua, coruscare fulgura, ferire fulmina, cunctis attonitis inviti pignorio bajuli fixi hærent; itur ad pontificem. Is perculsus illico adest, ac fusis votis, suis acceptam manibus, reliquum itineris ad Lateranum defert; miracula crebrescunt miraculis, nocte in secuta eodem unde prius sublata divinitus reponitur, mœstisque sororibus gaudia geminat. Novitate ictus iterum Sergius anxius advolat, sedulo inquirens ex antistia audit, nocte intempesta deplorantibus orbitatem suam virginibus Deumque orantibus celeste donum per fenestram illapsam, pristino loco concedisse; re probata, Pontifex jussa damnat, sacrum ibidem solemne f'acit, addito virginibus sacro peculio, locum prœdiis et muneribus auget. Hæc ilia est imago quæ S. Gregorius magnus (ex S. Antonin.) supplex Romam lustravit, fugata que, pestilitate angelo pacis nuntio è culmine Adriani reginam cœli lætare jubente, salutem urbi restituit multis deinde annis ad Transtyberim cultam; Honorii II] jussu S. Domenicus patriarcha deductis ad sanct. Sextii virginibus, devoti gestatam detulit et ne religione læta navaret, interposuit, si fors, ut olim, divinitus imago revertisset; ipsis quoque mandato solutis loco standum esse contigit ea translatio, ad S. Sixtii, anno MCCXIX, febr. XXIV, prima quadrag. dom. inde post annos commoditate virginibus in urbe frequentiori et salubriori laxata hue concessit sub anno MDLXXV. feb. Vif.

SANCTUAIRES ET IMAGES

des nuages émus, la foudre lance des éclairs et des flèches-, les porteurs étonnés s’arrêtent sous leur fardeau et refusent de le porter plus loin. On court avertir le pontife de ces prodiges ; il se rend lui-même sur le lieu de cette scène, et, après avoir prié le Tout-Puissant, il prend l'image dans ses mains augustes et achève ce qu’il restait de chemin à faire pour parvenir au Latran. Les merveilles succèdent aux merveilles. Au milieu de la nuit, un bras céleste et invisible reprend le trésor, le replace à l'endroit dont on l'avait enlevé, au milieu des transports de joie des pauvres sœurs. Instruit de ce nouveau miracle, Sergius s’enquiert lui-même; il apprend que les religieuses, pendant qu’elles versaient leurs prières et leurs larmes de douleur aux pieds de Dieu, virent tout à coup par la fenêtre entrouverte leur image chérie apparaître et venir reprendre chez elles sa place accoutumée. Devant cette évidence miraculeuse, le pontife révoque ses ordres, il célèbre la messe devant la sainte peinture, comble les religieuses de richesses et de faveur et ordonne, comme une sorte d’expiation, que le chapitre du Latran fournirait l'huile de la lampe qui brûlait devant la Madone. Sous le règne de saint Grégoire le Grand, une peste terrible s’étant déchaînée sur Rome, le pape prit la sainte image et la promena processionnellement dans les rues de la ville; c’est à la suite de cette solennité que le fléau s’arrêta et qu’on vit l’ange de la paix au sommet du tombeau d'Adrien entonner le Regina cœli lœtare.

Longtemps après, sur l’ordre d'Honorius III, saint Dominique voulut transférer les religieuses de Sainte-Marie-in-Transtévère au couvent de Saint-Sixte, qui leur avait été assigné; il essaya d'user de persuasion auprès des religieuses, qui objectaient leur madone et la prédilection qu’elle paraissait avoir pour leur demeure; elles étaient déterminées à ne jamais se dessaisir d’un pareil trésor, dont le déplacement opposait de grandes difficultés au projet. Après plusieurs pourparlers, le saint finit par vaincre leur obstination, en ajoutant que si encore une fois la madone retournait au Transtévère, on n’insisterait plus

sur leur déplacement. Dominique, craignant quelque tumulte populaire, fit la translation pendant la nuit et au milieu des plus grands honneurs (24 février i2ip). La sainte Vierge parut agréer ce que son grand serviteur faisait de l’image, car elle la laissa à Saint-Sixte, où elle fut entourée de religieuses plus soumises et mieux réglées qu’au Transtévère. Une nouvelle translation du couvent devint nécessaire sous Pie V, parce que le quartier de Saint-Sixte-le-Vieux était devenu dépeuplé et peu salubre; le couvent fut reporté dans l’emplacement où nous l’allons visiter aujourd'hui, au-dessus du forum de Nerva, au sommet du Quirinal. »

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