‹ La Sainte ViergeChapitre 260 sur 1187 · Hamon, VII · texte numérisé non relu

Hamon, VII

3. Araable Colomb, Notre-Dame-de-la-Seds ; Noticesur son sanctuaire, son image et son culte. (Aix 1874.) R. 10.

L’histoire monumentale de ce sanctuaire est, pendant les neuf ou dix premiers siècles, enveloppée d’obscurité. Après les invasions des Visigoths et des Bourguignons, les Sarrasins, en 738, vinrent consommer la ruine d’Aix, et l’église de Notre-Dame disparut dans cette catastrophe. Heureusement quelques débris de monuments, quelques chroniques, des lettres pontificales, des procès-verbaux de conciles, des pierres tumulaires, quelques pages empruntées aux histoires étrangères et surtout la tradition, cette feuille indestructible, ont permis de renouer sur bien des points la chaîne interrompue.

On raconte qu’en 466 saint Mitre, après avoir été décapité, prit sa tête entre ses mains, l’alla déposer sur les marches de l’autel et, se prosternant à terre, rendit le dernier soupir.

En 562, alors que le trésor et les domaines de Notre-Dame devenaient déjà fort riches, Childéric voulut s’en emparer ; le bienheureux F ranco eut recours, pour sauver ses richesses, à la sainte Vierge, qui frappa le roi mérovingien d’une maladie mortelle; se sentant sous le coup de la vengeance divine, il voulut vainement restituer l’argent, mais la sentence du ciel était inexorable 1.

(PI. CXXVI.) — L’image de Notre-Dame-dela-Seds est en bois; nous ignorons l’époque où elle fut faite, et si nous avons maintenant sous les yeux l’original ou la première copie. La tradition, il est vrai, rapporte que l’original fut détruit, en 738, par les Sarrasins, et que la copie fut faite lors de la réédification de la cathédrale, d’après les souvenirs que les habitants avaient conservés de la première image. Il est certain du moins que la statue actuelle porte en elle-même

1. Au XIe siècle, en 1082, l’archevêque Pierre Geoffroy constatait, en ces termes, que l’Eglise était restée perdue sous ses ruines : P et rus Aquensis archiepiscopus omnibus Ecclesia filiis salutem a Domino ad notitiam cunctorum fidelium pervenire volumus sedem S. Aquensis Ecclesiæ in ho norem S. Maria consecratæ } cum oratorio S. Salvatoris . nostri Dei} cum baptisterio B. Joannis. destructione gentium cum eadem Aquensi civitate: per multa curricula annorum in solitudinem permansisse. (Amable Colomb,)

SANCTUAIRES ET IMAGES

un cachet incontestable d'antiquité. Les artistes qui ont présidé, en 1853, à la restauration de la chapelle de la Seds n'ont pas hésité à lui supposer plus de mille ans d’existence.

M. Fauris de Saint-Vincent dit, en parlant de celte statue, dans ses Notes et recherches sur la ville d’oAix : « Elle est de bois et tout chironnée, excepté le visage et les mains de la Vierge et le visage de l’Enfant qui sont en bon état. »

Peut-être doit-on cette conservation aux peintures qu’on y voit encore. La statue et le trône sont d’une seule pièce, l’intérieur est creux.

Il paraît incontestable que cette statue remonte au moins au xie siècle; de vieilles chartes nous conservent la mémoire de donations en sa faveur. Le 1 1 avril 1012, donation par un certain Isnard; en 1044, donation assez considérable, consistant en terres situées au quartier de Moissac, par un nommé Elbe, et confirmée par l’archevêque Pierre; en 1050, Pons, coadjuteur, fait l’inventaire des richesses de Notre-Dame, qui sont considérables; en 1053, lorsqu’il devint évêque titulaire, il prend le titre d’évêque de Notre • Dame-de-la-Seds : Ego Pontius nunc ordinandus Sanctœ-Mariœ-Sedis-oAquensis episcopus.

Au xie siècle, la ferveur s’attiédit; l’église fut réduite au rôle de simple paroisse. Cependant, en ix 12, le concile d’Aix y tint ses séances.

La population s’éloigna de plus en plus du siège archiépiscopal que le xive siècle exclut des nouvelles murailles urbaines. Lorsque, en 1366, les Aixois se virent menacés par les troupes de Louis, duc d’Anjou, ils renversèrent toutes les habitations en dehors des murs, faisant une redoute de l’ancien palais de l’archevêque, et ne laissant debout que les murailles délabrées de Notre-Dame-de-la-Seds. En même temps ils transportèrent l’image vénérée dans la nouvelle métropole, l’église Saint- Sauveur.

C’est là qu’Urbain V, en revenant d’Italie (1370), vint la vénérer; atteint d’une fièvre lente, il se jeta avec confiance aux pieds de Notre-Dame-de-la-Seds et se releva guéri. L'antique sanctuaire était à peu près oublié en 1404. L’inventaire de Saint-Sauveur mentionne les

meubles et ornements qui en provenaient. Il tombait en ruine au xvc siècle; au commencement du xvie, il ne restait plus pierre sur pierre.

La peste avait sévi plusieurs fois depuis l'abandon de l'antique sanctuaire. En 1521, on se souvint de la confiance des anciens Aixois envers Notre-Dame; on racontait que des langues de feu flamboyaient sur le vieux sol qui lui avait appartenu. Aussitôt le peuple fit vœu de rebâtir l’église primitive et le fléau s’arrêta tout à coup. A cette occasion, on composa les vers suivants :

Semper Re a*, rcgrium . Prov incia } Curia summa IJ risque sacrata tïbi} Virgo} serre tur Aquensis.

Des pères minimes furent chargés du service de la nouvelle église. On y avait réinstallé l’antique image ; mais les pères devaient chaque année, le 2 juillet, apporter processionnellement la madone à Saint-Sauveur.

Au commencement du xvne siècle, le chapitre propageait la nouvelle dévotion de Notre-Damede-l’Espérance, laquelle était une copie exacte de Notre-Dame-de-la-Seds, sauf quelques ajustements particuliers au style du xvic siècle.

En 1793, on fit table rase sur le sol de Notre- Dame-de-la-Seds; les minimes furent chassés, leur couvent démoli, l’église renversée. La statue fut sauvée par le père Alland, minime, qui la cacha dans sa maison paternelle. En 1801, on la. transféra à Saint-Sauveur, auprès de Notre- Dame-de-1’ Espérance.

En 1815,1a fondatrice du monastère du Saint- Sacrement voulut relever le sanctuaire de Notre- Dame-de-la-Seds et construisit son couvent sur les ruines du couvent des minimes; enfin elle obtint la permission de ramener l’antique image dans sa demeure primitive. Ce fut une grande solennité et le peuple s'écriait : « Quel bonheur ! voilà que la bonne Mère va rentrer dans sa maison! » Des miracles sans nombre sont dus à l’intercession de Notre -Dame-de-la-Seds ; les plus insignes sont la cessation de la peste en 1521, en 1849, en *865 et la préservation de tous les jeunes Aixois pendant la guerre de 1871. Pour perpétuer le souvenir de cette dernière fa-

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