DIOCÈSE D’ANGERS
CATHÉDRALE
Il est peu de diocèses où la sainte Vierge ait été autant aimée, où cet amour se soit produit par tant de sacrifices, et où l’on ait fondé tant de sanctuaires sous sa protection .
Ce fut à Angers, vers l’an 430, que la nativité de la sainte Vierge fut célébrée pour la première fois dans l’Eglise, en vertu d’une révélation que reçut à ce sujet saint Maurille, évêque d’Angers. Cette fête étant dans le principe spéciale à l’Anjou, on la nomma la Fête angevine, ou simplement l’Angevine. Ce fait traditionnel s’accorde du reste avec ce que dit Baronius dans ses notes sur le martyrologe romain, où il démontre que la Nativité de la sainte Vierge ne commença à être célébrée dans toute l’Église qu’en l’an 436, immédiatement après le concile d’Éphèse.
Cette fête du 8 septembre valut une victoire éclatante sur l’armée sarrasine à Charles Martel; ce prince institua un ordre de chevalerie, que le roi Robert releva en 1022 sous le nom de Notre-Dame-de-l'Étoile.
La Collégiale de Saint-Julien a conservé jusqu’en 1793, c’est-à-dire pendant 1100 ans une étole de l’évêque saint Lézin qui portait écrits sur une des extrémités : Per Evam perditio , et, sur l’autre, Per Mariam recuperatio.
Le 9 novembre, le chapitre d’Angers fit publier le décret de l’Immaculée-Conception qu’avait porté peu auparavant le concile de Bâle.
Des vingt-deux villes de l’Anjou, dix-neuf honoraient Marie comme patronne. De dix-neuf abbayes, onze avaient été fondées en l honneur de la Mère de Dieu . Enfin sur trente et une églises de la ville d’Angers, seize lui étaient dédiées, de sorte que, comme Constantinople s’appelait
la ville de la Vierge, napOi'voTCoVç, Angers pouvait aussi s’appeler la cité de Marie, Civitas Marice. Les sentiments du peuple angevin ont pu changer de forme dans la manière de se produire, mais, au fond, ils sont toujours restés les mêmes. Partout ses fêtes sont célébrées avec allégresse et accompagnées de nombreuses communions ; partout sont établies des confréries en son honneur.
C’était la pratique des évêques des premiers siècles, de consacrer à Marie les églises qu’ils fondaient. Un auteur (Papirius Masso Notitia episcopatum Gallice), qui a approfondi ce point obscur, en compte jusqu’à dix-neuf fondées en France sous le vocable de Marie, par les envoyés immédiats des apôtres. Plus tard on ajouta un autre nom de saint, comme Saint-Maurice à Angers ; et le peuple, au lieu de dire Sainte- Marie et Saint-Maurice, abrégea en disant simplement Saint-Maurice. D’abord modeste oratoire, ce sanctuaire fut remplacé par un autre que saint Martin, de Tours, vint consacrer sous le vocable de Marie. Incendiée en 480 par Childéric, père de Clovis, l’église fut relevée vers l’an 500 ; dévastée de nouveau, réparée par Pépin, maire du Palais, en 750, elle fut continuée avec tant de zèle par Charlemagne qu’il mérita d’en être appelé le fondateur.
Deux siècles plus tard, à la suite d’un incendie, Hubert de Vendôme commença en 1010 à la rétablir, et en 1030 il fit la dédicace solennelle. Cette nouvelle cathédrale, après avoir duré huit ans, fut de nouveau la proie des flammes. Instruit par tant de sinistres, on la construisit comme elle existe encore, avec des matériaux moins accessibles au feu, et l’on mit plus d’un siècle à la terminer. La nef actuelle appartient au xne siècle. Les rois de France y vinrent souvent1.
Cette église nous fournit plusieurs monuments intéressants pour notre iconographie, et surtout la madone de style archaïque qu’on voit peinte sur le premier vitrail à gauche en entrant.