Rosier de Marie } XIII, p
SANCTUAIRES ET IMAGES
exclusivement des filles nobles du côté paternel et du côté maternel. L’élan pour la vie religieuse était tel dans ces siècles de foi que l’abbaye, peu après sa fondation, fut en étal de former des colonies; comme tous les sanctuaires de Marie, plusieurs fois détruite et rebâtie, elle reçut du roi René une magnifique châsse d’argent du poids de 20 marcs; avec un vêtement de la sainte Vierge, qu’on plaça à côté d'un reliquaire en vermeil qui contenait des langes de Notre-Seigneur.
Une légende raconte qu’une dame, pour prouver sa fidélité au comte, son mari, se précipita de la fenêtre de son château en s’écriant que la sainte Vierge confirmerait elle-même sa parole en la préservant dans sa chute, et qu’en reconnaissance elle lui construirait une église. Sa confiance fut récompensée : elle se releva saine et sauve, et se mit aussitôt en devoir de remplir son vœu. Les fouilles furent entreprises et les ouvriers trouvèrent sous les broussailles du sol qu’ils creusaient, une petite statuette de bronze.
Quoi qu’il en soit de ces récits, nous avons aujourd’hui devant les yeux, dans l’église de la Trinité à Angers, une chapelle souterraine qu'y construisit Foulques en 1028 et lepetit bronze qu'on y vénérait autrefois. La crypte et la statuette s’accordent parfaitement, pour le style, avec le xi e siècle et se prêtent une authenticité réciproque. On voit tout de suite par ce style, par la disposition des nefs, par la petite niche du fond, que le sanctuaire a été fait pour la madone. Cette chapelle d’environ 5 mètres de large est composée de trois petites nefs égales, avec ses chapiteaux variés et d’un roman accentué.
La madone qu’on a retirée de cette ancienne demeure et que l’onconserve aujourd’hui sous un des autels de l’église, repose sur un socle assez semblable, sauf les émaux, à ceux des vierges de Limoges. Fout en bronze, elle porte cependant des yeux d’émail noir, et sur son collier un rubis accompagné de cinq turquoises de chaque coté. Le nimbe de 1 enfant Jésus est
tracé en or sur la poitrine de la sainte Vierge, la tète de la madone fort large était préparée pour une couronne qui manque.
En dehors de la vénération qu’inspire cette statuette, elle mérite, non assurément comme perfection d’art, mais comme monument archéologique, une sérieuse attention. D’ailleurs, le respect tant de fois séculaire qui l’entoure efface les fautes du dessin, et nous reporte au naïf et religieux artiste qui l’a fondue. N’oublions pas en quittant Notre-Dame-de-Ronceray de remercier l’excellent abbé Mâchefer, aux soins duquel nous devons d’avoir pu l’étudier et la dessiner, (PI. CXXIV.) G XXV!