‹ La Sainte ViergeChapitre 380 sur 1187 · NOTRE- DAM E- DE- ROC- A MA DOUR · texte numérisé non relu

NOTRE- DAM E- DE- ROC- A MA DOUR

Nous arrivons enfin au grand pèlerinage du Quercy, à Notre-Dame-de-Roc-Amadour, Rupes OÂmatoris. Ce pèlerinage le plus curieux peutêtre, et le plus pittoresque du monde entier, est situé au sommet d'une haute montagne, sur les flancs de laquelle s’élèvent diverses maisons superposées les unes aux autres; l’ensemble de ces habitations forme la ville de Roc-Amadour, avec sa rue unique qui monte en diagonale depuis la base jusqu’au sommet. Au-dessus de la ville apparaît, assise sur un roc escarpé, l’église surmontée d’une couronne de rochers plus élevés encore. Aux portes de Roc-Amadour commence le magnifique escalier qui conduit à l’église du pèlerinage; le pieux pèlerin en franchit à genoux les deux cent soixante-dix-huit degrés, réduits aujourd huià deux cents. De toutes les splendeurs que la piété des siècles y avaient apportées, il ne reste plus que des décombres et, à droite, la chapelle de la Vierge, dont le rocher luimème commence la voûte et où l’on honore une petite statue noire, représentant l’enfant Jésus sur les genoux de sa mère.

L’origine de Roc-Amadour se confond avec celle du christianisme dans les Gaules, c’està-dire qu’elle remonte au premier siècle; un saint solitaire, que quelques personnes ont pensé être le Zachée de l’Évangile, habita ces rochers, et en reçut le nom d’amateur de la Roche, rupis oAmator } traduit dans le langage du pays par Roc-oAmadour. Il fit bâtir une chapelle avec

son autel pour placer une image de la sainte Vierge. Les protestants d’abord, les révolutionnaires ensuite essayèrent de briser et de brûler les reliques du saint fondateur. Elles furent miraculeusement sauvées et nous sont conservées au moins en grande partie : ce sont des ossements à demi brûlés, mêlés avec une poussière semblable à de la cendre noire.

En 778, le fameux Roland, neveu de Charlemagne, vint y offrir à la sainte Vierge un don d’argent du poids de son épée; et après sa mort on y porta son épée même. En 1170, Henri II, roi d’Angleterre, vint y acquitter un vœu qu’il avait fait dans une grave maladie. Aux xne, xme, xive siècles et surtout au xv% les pèlerinages devinrent de plus en plus fréquents. Au xvie même affluence; en 1546, la foule était si grande que toutes les campagnes des environs étaient couvertes, comme un grand camp, des tentes des cabaretiers et que plusieurs personnes de tout âge et de tout sexe furent étouffées dans la presse. On ne se contentait pas de visiter une église illustrée par tant de grâces, on lui faisait encoredes dons considérables. Entre autres Odon, comte de la Marche, lui donna en 1 1 19 la forêt de Mont-Salvi libre de tout impôt; Alphonse IX, roi de Castille, lui consacra en 1181 les terres de Fornellos et d’Orbanella. Depuis les commencements du xive siècle et jusque dans ces derniers temps les papes, les princes, les souverains la comblèrent d’indulgences et de privilèges.

Des miracles innombrables expliquent ces faveurs ; malheureusement les archives qui en contenaient les détails authentiques ont péri dans la triple dévastation qu’ont successivement fait subir à Roc-Amadour les albigeois, les protestants et les révolutionnaires de 93. Toutefois les historiens nous en ont conservé assez pour nous édifier. Hugues Farett, qui avait fait un recueil de cent vingt-sept miracles opérés à Roc-Amadour, atteste que « la Vierge Marie opère en ce lieu toutes sortes de prodiges selon la volonté et la supplication de ses enfants » ; ce que les historiens racontent, les orateurs de tous les siècles le proclament et les poètes le célèbrent.

SANCTUAIRES ET IMAGES

Tout est détruit; un seul trésor lui reste, c’est la confiance, le dévouement des populations qui accourent, comme autrefois, à l’antique pèlerinage. On y compte jusqu’à 40,000 pèlerins pendant l'octave de la Nativité. Vingt-six confesseurs ne peuvent suffire à l’empressement de la foule et la table sainte reçoit chaque année au moins 15,000 fidèles1.

A la fin du xve siècle, les privilèges de Notre- Dame-de-Roc- Amadour étaient si bien établis, qu’au milieu des guerres sans cesse renaissantes du moyen âge, un pèlerin de Roc-Amadour pouvait traverser les divers partis sans encombre sous la protection de ce titre respecté.

Sceau de Roc-Amadour, conservé aux Archives nationales.

Aussi les petites enseignes de plomb2, rapportées du saint lieu, faisaient-elles fonction de sauvegarde assurée qui défendait le porteur contre toute violence parmi les gens de guerre. On

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