‹ La Sainte ViergeChapitre 59 sur 1187 · SANCTUAIRES · texte numérisé non relu

SANCTUAIRES

ET IMAGES

nant sur le Capitole. On ignore l’époque de la fondation de l’église. Les uns l’attribuent à Constantin, d’autres à saint Grégoire pape en 591. Jusqu’à la fin du xme siècle, elle porta le nom de Santa-cMaria-in-Campidoglio. On l’appela ensuite Sancta-Maria-in-cAurcœlio, in-Laurecelio . in-oAracelio , et enfin in-oAra-cœli. Le P. Casitniro est d’avis que cette dernière dénomination lui fut donnée à cause de l'inscription oAra primogeniti Dei qu’Auguste aurait fait placer précisément en cet endroit. Le grand escalier qui y conduit fut construit par les frères minimes avec les marbres provenant du temple de Quirinus, et leur coûta 5,000 florins. On lit à côté de la grande porte une inscription qui fait allusion à cet escalier, dont la première pierre aurait été posée le 25 octobre 1348. Au milieu du transept gauche on voit la chapelle de Sainte- Hélène, dite la Capella-Santa.

Le titre d’c Ara-cœli que porte l’église s'appliquait avant le xive siècle à cette petite chapelle. On croyait que c’était dans ce lieu même que l’empereur Auguste avait érigé l'autel Primogeniti Dei, sur l’indication d’un oracle de la sibylle de Cumes qu’il avait consultée et qui lui prédit aussi la naissance du Sauveur. Quoi qu’il en soit, il paraît certain qu’il a été construit avant le xiii0 siècle. Jusqu’au xvne, il fut couvert par un ciborium de marbre porté par quatre colonnes de vert antique; alors on fit un ciborium soutenu par huit colonnes de brocatelle avec des bases et des chapiteaux de bronze doré. La table de l’autel est une grande urne de porphyre portée sur des pieds en bronze doré dans laquelle on dit que furent placés le corps de sainte Hélène et ceux des saints Abbondius et Abbondantius. Ce petit temple, démoli en 1798, a été reconstruit sur les dessins de Pierre Holl, avec les huit colonnes qu’on y voit actuellement. A travers toutes ces reconstructions, la façade du petit monument du xiic siècle a heureusement été conservée. On la voit par un vide ménagé dans le sol du nouveau ciborium. On peut reconnaître qu'au xiic siècle, le monument s’appuyait sur le sol du chœur, au-dessus duquel la partie con¬

servée s’élevait de im,io. Sa largeur, dans ce qidon en découvre encore, est de im,6o. Elle se compose d’une porte au-dessus de laquelle est figuré l’agneau crucifère (pl. C) : cette porte est surmontée d’une arcade en plein cintre reposant sur deux colonnes torses et encadrée d’une moulure à feuilles d’acanthe qui passe au-dessus et redescend de chaque côté sur le sol. Il résulte de cette disposition deux petits tympans dans lesquels on a figuré à droite la sainte Vierge tenant l’enfant Jésus sur les bras et entourée d’une auréole qui rappelle l’apparition , et à gauche Auguste couronné, vêtu d’une tunique ou cotte de mailles, étendant les bras vers la sainte Vierge. Ces sculptures sont fort grossières, mais d'un grand intérêt, car elles prouvent par un monument qu’au xne siècle la tradition de cette vision était toute vivante1.

Près de la bordure carrée, sculptée de feuillages, autour du monument, une inscription nous en rappelle l’histoire :

-f- Luminis. hanc. almam. matris. qui. scandis. ad. aulam.

Cunctarum . prima . que. fuit. orbe. sita.

-j- Noscas. quod. César, tune, struxit. Octavianus.

Hanc. arum. celi. sacra, proies, cum.patet, ei. 2.

1. Muratori cite des documents très-curieux relatifs à cette tradition, entre autres les témoignages de Godefroy de Viterbe qui vivait en 1180 et qui s’en fait l’écho. Il rapporte aussi une miniature de la bibliothèque d’Este (aujourd’hui à Modène) et qui date de 1285. Cette miniature nous montre le groupe divin dans les nuages et aux pieds, Auguste et la sibylle; de plus elle est accompagnée de l’histoire suivante : « Au temps d’Octave, les sénateurs voyant un empereur réunir en lui tous les dons de la beauté, de la gloire et de la fortune, si heureux dans la paix et dans la guerre, lui dirent qu’il était certainement un dieu et qu’ils voulaient l’adorer. Auguste commença par refuser, cependant il demanda à consulter la sibylie et sollicita pour cela un délai de trois jours. Ce fut sur ces entrefaites qu’il eut sa fameuse vision. Tout à coup le ciel s’ouvrit devant ses yeux et l’enveloppa de lumière; il aperçut sur l’autel du temple une vierge d’une rare beauté tenant un enfant entre ses bras et disant: Hœc ara filü Dei est. Devant l’apparition, Auguste se prosterna, puis il revint aux sénateurs pour leur dire qu’il ne se croyait pas véritablement Dieu. La vision eut lieu dans la chambre d’Auguste, là même où s’élève l’église qui, eu souvenir du mot de Marie, est appelée Sancta-Maria-Ara-cœli .

2. Voyez Rosier de Marie, 16 décembre 1876. — La Sibylle de Tivoli, par monseigneur Barbier de Montault.

CH. II

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