Hamon, II
SANCTUAIRES ET IMAGES
cathédrale. C’est à partir de ce temps que les habitants de Strasbourg ont gravé l’image de Notre-Dame sur leurs sceaux et leur monnaie et qu’ils l’ont portée sur leurs étendards 1. L’ancienne bannière de la ville de Strasbourg offre l’image de Notre-Dame. Les lys qui l’entourent sont l’emblème de la pureté de la Vierge. Le
Ancienne bannière de Strasbourg.
geste de cette madone est admirable; dans l’élan de ses bras pour embrasser le monde elle semble oublier son fils lui-même2.
La cathédrale, incendiée en 1002, se releva bientôt de ses ruines, grâce au concours de tous. En 1 01 5 les travaux sont commencés ; plus de cent mille ouvriers, dit-on, s’y employèrent pendant treize ans, de sorte qu’en 1028 l’édifice était déjà porté à la toiture et les nefs achevées. Trois incendies successifs, des guerres civiles,
1. Didot, p. 428. — La gravure ci-jointe est ]a reproduction d’un tableau peint sur une toile collée sur bois qui était conservée à la bibliothèque publique et qui a disparu avec d’autres richesses dans l’incendie allumé par les obus prussiens dès le premier jour du grand bombardement dans la sinistre soirée du 24 août 1870. Probablement cette peinture est du XVIe siècle. On suppose que c’est la copie d’un tableau plus ancien. La grande bannière fort riche de dorures, luxueuse, monumentale et qui, dans les cortèges officiels et en campagne, tenait son rang ihimédiatement à côté de la bannière impériale, avait été lacérée et brûlée au début de la Révolution, lors du pillage de l’hôtel de ville de Strasbourg en 1789. Cette bannière a été reproduite en grand par une lithochromie qui se vend chez Morel.
2. M. Ristelshuber en a publié une copie dans le Dictionnaire du Haut et du Bas-Rhin. (Magasin pittoresque ,
interrompirent les travaux, et l’édifice ne fut terminé qu’en 1275. Encore faut-il excepter les tours et la façade, dont on ne posa la première pierre qu’en 1277. E)es aumônes arrivèrent des extrémités de l'Europe et des miracles nombreux, accordés à ceux qui y venaient prier, furent constatés par un témoin oculaire, écrivain autorisé. — Bientôt nouveaux incendies, nouveaux efforts pour les réparer et construction en 1316 de la chapelle de la Vierge, près du chœur. Enfin en 1439, aPrès cent soixante-deux ans de travail, on acheva la tour avec la flèche, le plus magnifique des monuments que la main des hommes ait élevés à la mère de Dieu1. Les réformés vinrent interrompre pendant plus d’un siècle le concours des pieux fidèles qui se pressaient toujours plus nombreux sous les voûtes de Notre-Dame de Strasbourg. Après le traité de Nimègue, Strasbourg, en ouvrant ses portes à Louis XIV, recouvra la liberté religieuse avec ses anciens privilèges, droits et coutumes2.
SERVEN.
Le pèlerinage de Serven, au canton de Marvaux, est un des plus anciens de l’Alsace; une tradition de temps immémorial la fait remonter jusqu'au v0 siècle, à l’époque de l’invasion des barbares. Les chrétiens persécutés se réfugièrent dans la vallée de Serven, presque inabordable, et y bâtirent une petite chapelle en l’honneur de la Vierge. La réputation du pèlerinage qui s’y fonda,- croissant avec les grâces de plus en plus nombreuses qu’on y obtenait, s’étendit au loin. Le culte de Notre-Dame se maintint à Serven durant les horreurs de la guerre de trente Ans. Les étrangers y vinrent peu, mais les femmes et les filles des environs se retirèrent dans la partie la plus solitaire de la vallée et s’y retranchèrent pour se dérober, sous la protection de Marie, aux injures des soldats. L’image qu’on y vénère encore est du milieu du xivc siècle 3.