Hamon, III
niches n’occupent pas, depuis le rez-de-chaussée jusqu’au cordon et à l’entablement recourbé où finit la mosaïque, est rempli de médailles, d’écussons, de figures. Au reste, les chapiteaux et les socles des colonnes n’ont point de mosaïque; la mosaïque consiste en de petits morceaux de verre diversifiés de couleurs, taillés carrément, artistement rangés et mastiqués sur un fond de stuc; la couleur jaunâtre qui l'emporte sur toutes les autres a pu faire naître les noms latins et français : Deaurata, Daurade .
« Ce beau décagone était couvert d’une coupole dont la partie qui couvrait tout l’édifice qui subsiste encore a duré jusqu’en 1705, qu’on la mit bas, parce qu’on s’aperçut que son poids énorme faisait surplomber le mur de tous côtés. «
Nous pouvons, à l’aide de documents que nous devons à l'obligeance de M. l’abbé Ferradou, curé de la Daurade, remonter j usqu’à une époque fort ancienne dans l’histoire de cette madone. Le 8 décembre 1397, le père général de l’ordre du Mont-Carmel accorda des lettres d’agrégation à l’archiconfrérie de l’Immaculée-Conception de la Daurade, dont il était membre, et il y dit qu’elle existe de toute ancienneté : Longœvis temporibus 1.
La Daurade reçut les prémices des bénédictions apostoliques. Nicolas IV ouvrit les trésors spirituels pour encourager et récompenser les pèlerins. Soixante ans auparavant, le 24 mai 1254, Innocent IV avait accordé une faveur identique à quiconque viendrait y solenniser le jour de la dédicace des églises. (Il importe de remarquer que toutes ces grâces ayant été concédées à perpétuité, elles sont toujours à la disposition des fidèles.) Si nous avançons dans notre étude rétrospective, nous trouvons quatorze ans avant ce pape (en 1240) le prieur de Saint- Adrien de Rome, qui, en enrichissant les religieux bénédictins de la Daurade de précieuses reliques dont plusieurs sont encore en possession de l’église, adresse au sous-prieur Hugues, chargé de ces
1. Notice sur Notre-Dame-de-lii-Daura.de, à Toulouse, abbé Ferradou, Toulouse, 1874.
SANCTUAIRES ET IMAGES
trésors, ce remarquable langage : « Votre église étant, à cause des mérites de la glorieuse mère de Dieu que vous y servez avec tant de zèle, fréquentée par le concours des fidèles, nous avons jugé convenable pour appeler sur vous de plus abondantes bénédictions de la part du Très- Haut de vous faire une part des reliques de chacun de nos saints, ayant la plus entière confiance que Dieu nous bénira en récompense de ce que nous aurons procuré plus de gloire à ses saints en les déposant dans une église aussi célèbre l. » Remontons encore le cours des âges et, en 1077, nous entendrons le vénérable évêque Isarn, alors assis sur le siège de saint Saturnin, qui avait cru devoir charger les religieux bénédictins de l’administration paroissiale de la Daurade, écrire ainsi au prieur : « Je donne à Hugues, abbé de Cluny, une église érigée en mon diocèse en l’honneur de la bienheureuse Marie toujours vierge, église célèbre et vénérable dès les jours antiques par les mérites de cette même divine Vierge 2. »
Malheureusement la statue, dont l’antique origine était si bien constatée, fut brûlée pendant la Révolution, et celle qu’on refit sur le même modèle et qu’on vénère aujourd’hui ne date que de 1 806.
NOTRE-DAME-DE-FERETRA
Dans la banlieue de Toulouse, on trouve Notre-Dame-de-Feretra; c’était au temps du paganisme un champ funéraire appelé Feretra. Quand le pays fut converti à la foi (vers le vc ou vic siècle), 011 y éleva un oratoire en l’honneur de Marie. Desservi d’abord par des religieux carmes, en 1287 par des ermites, puis par des récollets, ce pieux pèlerinage disparut à une époque dont on ne connaît pas bien la date précise 3.
t. Gallia Christiana q inst. p. 46.
2. là., p. 9. — Le musée de Toulouse a recueilli quelques débris du xiT siècle, provenant de l’ancien cloître de la Daurade.