‹ La Sainte ViergeChapitre 696 sur 1187 · Rohrbacher, Y, 39 J · texte numérisé non relu

Rohrbacher, Y, 39 J

SANCTUAIRES ET IMAGES

s'apaisèrent. Glaber, l’historien de ce temps, nous dit que, dans le monde entier, surtout en Italie et en Gaule, la plupart des églises furent renouvelées, l'espoir et la dévotion rentraient

plupart de nos madones, cachées pendant le siècle précédent , revirent la lumière et rentrèrent triomphalement dans leurs sanctuaires. Nous parlons ici surtout des statues du Nord, car cette résurrection eut lieu dans les contrées méridionales délivrées des invasions sarrasines avant que celles du Nord, encore exposées aux coups des Normands, ne pussent en bénéficier.

Ces circonstances , selon nous , ont induit en erreur beaucoup d'archéologues, qui ont confondu pour ces madones l’âge où elles furent sculptées avec l’âge où elles ont été retrouvées.

Nous ne croyons pas que ces cachettes souterraines aient contribué à accélérer leur ruine L Les bois se conservent beaucoup plus longtemps sous terre qu’on ne le pense d’ordinaire, et d’ailleurs les pieuses mains qui dérobaient ces trésors à la déprédation des barbares, prenaient des précautions comme pour la statue de Manosque qu’on avait, en la cachant, déposée dans un sarcophage de marbre.

La couleur noire qui les recouvre, et qui a fait pour un si grand nombre inventer le nom de Vierge noire, trouverait dans cet ensevelissement prolongé une explication rationnelle, surtout si on les supposait à l’origine argentées et recouvertes, par le contact de la terre, de nitrate d’argent.

L’objection qu'on peut élever contre l’hypothèse d’une ancienneté beaucoup supérieure au xie siècle, réside dans leur style, que les antiquaires préoccupés de l’époque de leur découverte ont généralement fixée à la même date. J’avoue qu’en comparant ces Vierges noires avec des statues d’une époque bien déterminée, comme celle de nos cathédrales romanes ou les empreintes des sceaux, je ne suis pas frappé de

i. Nous avons déjà, à propos des instruments de la Passion, trouvé 1 occasion de prouver que la conservation souterraine du bois était chose possible et confirmée par l’expérience.

l’analogie. J'avoue qu’entre la madone du portail Sainte-Anne, à Paris, et celle de Villetain ; qu’entre la madone de la cathédrale de Bourges et celle de Vassivière ou de Marsat, les analogies ne me frappent aucunement. Les plis dans cellesci sont plus raides, plus empâtés, quoique le ciseau façonne facilement le bois sous des formes sveltes; les mains sont, comme dans les œuvres carlovingiennes , plus lourdes, d une proportion démesurée. Les trônes nous offrent principalement des dissemblances très-notables, et pourraient très-bien appartenir au ixc siècle.

L’opinion qui donne les croisades pour origine à beaucoup de ces vierges nous semble aussi peu rationnelle. J’accepte volontiers que nos artistes aient rapporté d'Orient des modèles pour l’ornementation des églises, tels que les entrelacs, les frises postales, les feuilles d’acanthe aiguës, etc. ; mais je ne pense pas qu’ils aient pu trouver, dans leurs rapports avec les Arabes, voire même avec les Byzantins, aucune inspiration pour la statuaire. On sait que le Coran, par ses prescriptions, a rendu chez les mahométans les représentations d’êtres animés fort rares, et de plus on serait embarrassé de citer chez les Byzantins des exemples de statues. L’Italie, qui, pendant le haut moyenâge, vécut plus soumise que la France à l’influence grecque, ne nous présente presque que des madones peintes. La France, au contraire, malgré les iconoclastes du xvhetdu xviiT siècle, est encore remplie d’œuvres de statuaire; elle peut donc à bon droit les revendiquer comme son bien et nous offrir ses vieilles madones comme sorties de ses propres inspirations. Ajoutons que les types n’ont rien d’oriental. Les plis des voiles sont étroits et serrés aux tempes, les nez plutôt effilés que busqués, les bouches fendues aux angles au lieu des coins fortement accentués des visages byzantins.

Concluons donc que nos madones sont plus anciennes peut-être qu’on ne se plaît à le dire; que le long ensevelissement auquel les a condamnées le malheur des temps, et qui leur a communiqué la couleur noire de beaucoup d’entre elles, doit nous signaler une résurrection

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