‹ La Sainte ViergeChapitre 702 sur 1187 · BARCELONE · texte numérisé non relu

BARCELONE

stalla pompeusement à Montserrat et dont la supérieure fut sa fille Riquilda. Dès lors les pèlerins affluèrent à la montagne.

Les religieuses de Montserrat y restèrent jusqu’en 976, c'est-à-dire un peu plus de quatrevingts ans. A cette époque, le comte de Borrell, craignant pour elles les invasions des Maures et trouvant peu convenable qu’elles s’occupassent

le couvent de Barcelone d'où l’essaim fondateur était sorti. Ces précautions ne furent pas heureuses et les saintes filles auraient moins eu à souffrir au milieu des âpres rochers de Montserrat que dans Barcelone même. En effet, elles n’étaient pas depuis dix ans dans cette ville que les rois de Lérida, de Tortose et de Majorque s’en emparèrent, la mirent à sac, et que les religieuses se mutilèrent le visage avec un virginal héroïsme pour échapper aux vainqueurs.

Lorsque le comte Borrell eut éloigné les religieuses du Montserrat, il jugea convenable d’y substituer un monastère de bénédictins, pour ne pas laisser le culte de Marie négligé, et demanda des moines de R i poil , monastère duquel relevait Montserrat. Cette dépendance créée de la sorte, exista jusqu'en 1410, époque où Benoît XIII, tenu pour pape pendant le schisme, prononça la séparation, érigea Montserrat en abbaye et lui j accorda de nombreux privilèges. Les abbés eurent le droit de porter la crosse et la mitre; Martin V confirma ces dispositions en 1430.

Le premier prieur du monastère fut Raimundo (987). La communauté se composait de | douze moines observant la règle de Saint-Benoît; plusieurs religieux s’y adjoignirent et formèrent les ermitages qui entourent l’église de Montserrat.

École. — N’oublions pas de mentionner l’école de Montserrat, qui remonte au plus tard à l’année 976. Cette institution, réglementée par le célébré François Garcia de Cisneros, a pour objet de continuer, devant l’image de Marie, les angéliques accords qui la firent découvrir par

forme les enfants à la piété, elle en fait des artistes distingués. On les appelle pajes de la Virgen. Pour leur entrée, on exige qu’ils aient de huit à dix ans, qu’ils soient nés de parents catholiques, qu'ils aient été confirmés et qu’ils portent un certificat de bonne conduite. Ils y restent jusqu’à seize ou dix-sept ans.

Chapelles. — Il y avait cinq chapelles dans la montagne, toutes relevant du monastère. Celle de San-SMiguel fut donnée au monastère par le vicomte de Barcelone et son épouse Riquilda en 999, comme on le voit dans la charte. Elle s’élevait dans les limites du château de la Guardia, dans le comtat de Barcelone et dans un lieu qui était appelé Torello. Ce sanctuaire fut consacré en 1042 par l’évêque de Barcelone Guislaberto, le 14 juin, en présence des Udalardo, de Riquilda et de son fils Juan Udalardo. Cette église et ses terres furent vendues en 1090 au monastère pour 8 onces d’or de Valence. Les autres chapelles, comme nous l’avons dit, étaient l’antique sanctuaire de Santa-Maria . de SantoAcisclo, de San-Pedro et de San-Martino .

Sources. — De nombreuses sources sillonnent cette montagne; les plus connues sont la fuente de Coll-de-Port. del Olivo, de Santa-Cecilia, del Pino-de-los-Monjes, del Galo , de la Massanera, de Medio-Camino, del Milagro, Seca, de las Palomas. de la Cueva, etc.

Monastère. — L’antique monastère s’élevait, dit-on, dans le même endroit que le passage voûté qui conduit de l’ancienne construction à la nouvelle ; nous l’apprenons par une première inscription sur une pierre de ce passage et deux autres gravées sur des pilastres de ce même passage.

Dans l’inscription rédigée en latin et dans l’autre qui était la traduction en espagnol, on lisait : « Là s'élevait la sainte ixnage de Notre- Dame, il y a sept cents ans, et de là elle fut transférée dans l’église neuve, le 11 juin 1599; était présent le catholique roi d'Espagne Phi-

SANCTUAIRES ET IMAGES

lippe III. 'i L’antique église fut démolie en 1755 pour ériger le cloître devant l’église actuelle qui n’est pas encore terminée. Le monastère, restreint dans l’origine, s’étendit peu à peu pour loger les missionnaires, les pèlerins, les voyageurs. Ceci explique la diversité de constructions qu’on y remarque, et qui rappellent plutôt la nécessité et la pauvreté de leur origine que le bon goût des fondateurs.

Au milieu de cette multitude de pierres, de décombres, on voit une belle porte byzantine avec double cintre , qui fut , dit-on , l’entrée principale de l’église, laquelle était orientée. Cette église subit des modifications. On voit encore les restes d’un cloître gothique avec d’élégantes colonnes et des arcs en ogives. Ce cloître fut construit en 1472 par les architectes de Barcelone, maese Jaime Alfonso et maese Pedro Baset. Auparavant, en 1392, un certain Jaime Dez Mas, fameux architecte, avait construit des parties du monastère qui n’existent plus, et notamment le célèbre réfectoire. Dans le cloître , on conserve un bon nombre de sépulcres en marbre blanc ou en albâtre artistement travaillés.

Ermitages. — Il y avait douze ermitages, et jadis aucun voyageur ne passait quelques jours à Montserrat sans leur rendre visite. Ces ermitages ressemblent d’en bas à des nids d’oiseaux, mais ils sont bien pourvus d’une maison, d’un oratoire et d’un jardin. Ils s’appellent Sant-cAntonio, San-Salvador , San-Benito, Santa-cAna, la Santissima—Trinidad, Santa-Cru San- Dimas, San-Ieronimo, Santa-Mag dalena , Sant- Onofre, San-Juan , Santa-Catalina , Santiago.

Tous ces ermitages furent abandonnés lors de l’invasion française en 181 1 ; cinq d’entre eux se rétablirent depuis, à savoir : Santa-cAna, San- Salvador , Santa-Dimas , San-Benito et la Sanlissima-Trinidad.

Plusieurs ermitages datent, comme fondation, des restaurations du xvc siècle; cependant on trouve celui de San-Salvador mentionné en 1217 dans les archives de Montserrat.

L’ermitage le plus gracieux comme souvenir est la grotte de la très-sainte Vierge. Sa visite faisait partie indispensable du pèlerinage de Montserrat. Dona Gertrudis de Comporrell, marquise de Tamarit, y bâtit une chapelle en

Pèlerins. — Un ancien manuscrit de Montserrat nous indique ainsi la multitude de pèlerins : on a coutume d’accueillir, en dehors du monastère, dans l’hôtellerie, un grand nombre de pèlerins et de pauvres pendant toute l’année. Dans certaines fêtes, ce nombre, sans compter les gens du logis, s’est élevé à 9,715 personnes, auxquelles on fournit du pain, du vin et un traitement conforme à leur position, et cela pendant deux ou trois jours.

Saint Jean de Matha fonda un couvent de son ordre sous la protection de Notre-Dame-de- Montserrat. Saint Ignace y vint en pèlerinage. Charles V lui attribuait ses victoires et lui fit des dons considérables. Les bienfaiteurs sont innombrables : on compte parmi les plus anciens Geoffroy II, les comtes de Barcelone Geoffroy III, Miron, Seniofredo et Borrell, Raimond Borrell , Bérenger Borrell, Raimond Bérenger Ier, Raimond Bérenger II, Bérenger Raimond, Raimond Bérenger III et Raimond Bérenger IV ; les rois Alphonse Ier, Dom Pedre Ier et Dom Jayme Ier, le conquérant qui rendait grâce à la sainte Vierge pour la conquête de Majorque; Dom Alphonse II, Jayme II, Alonso III, etc.

A une heure de chemin de Montserrat, on trouve la jolie église byzantine de Sainte-Cécile, que Charlemagne fit ériger en 797 en action de grâces d’une victoire sur les Maures.

On visite les grottes de Montserrat comme une des merveilles les plus extraordinaires de la nature. Elles sont au nombre de neuf, et quelques-unes présentent les formes les plus grandioses et les plus pittoresques; on y voit des stalactites d’une grande beauté.

En résumé, la madone qu’on va visiter au milieu des gorges abruptes de Montserrat pos-

CH. X

ESPAGNE

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