‹ La Sainte ViergeChapitre 701 sur 1187 · ESPAGNE. — BARCELONE · texte numérisé non relu

ESPAGNE. — BARCELONE

tremblant pour leur image, renfermèrent dans leur cité. Barcelone se défendit avec un courage héroïque, mais au bout de trois ans, se voyant près de succomber, les citoyens songèrent à dérober la statue aux profanations des infidèles. L’évêque Pierre et Eurigonius, gouverneur de la ville, aidés d'une troupe courageuse, l’enlevèrent et la portèrent dans les gorges les plus secrètes de Montserrat; ils la cachèrent dans une caverne avec tous les soins qu'ils jugèrent nécessaires pour l’empêcher d’être découverte; cette translation eut lieu le 22 avril 718.

Voici comment Luitprand raconte cette tradition et rend compte de la translation : « Dans l’année 718, le dixième jour des calendes de mai, Eurigonius, capitaine des gardes, et Pierre, évêque, cachèrent, hors des murs de la cité, une image sacrée de la bienheureuse Marie dans une caverne du mont dit oAsserato. Saint Pierre, apôtre pasteur universel et prince des apôtres, donna cette image à Barcelone quand il prêcha en Espagne. De longues années plus tard, saint Paciano, évêque de la même cité, consacra une église sous le vocable de la bienheureuse Maria Jerosolimitana, ainsi appelée parce que saint Luc l’avait fabriquée de ses propres mains à Jérusalem. »

L’église de San-Justo et San-Pastor, de Barcelone, conserve encore le souvenir de la place que la madone occupa sous son toit. L’image de Marie, située au-dessus des saints titulaires, y paraît encore en souveraine, et les fidèles de la paroisse la reconnaissent comme première patronne. La troisième chapelle à gauche en entrant dans l’église est consacrée à la Vierge de Montserrat; son image est grande et d’un beau dessin. Le 8 septembre, on lui fait une fête non moins solennelle qu'aux saints titula'res, et la neuvaine qu’on y célèbre attire une foule considérable.

La statue resta cachée pendant soixante-douze ans, jusqu’à l’année 880. Quoiqu’on ignorât le lieu qui l’avait reçue, les pèlerins ne cessèrent cependant de l’invoquer pendant tout le temps de 1’ invasion. Un samedi, des bergers qui avaient

conduit leurs troupeaux plus avant que de coutume, après le coucher du soleil, virent descendre des lumières vers une caverne très-haut placée, et une musique mélodieuse accompagnait ce spectacle. Le lendemain et les jours suivants, ils espéraient voir se renouveler la même merveille, mais ils l’attendirent inutilement jusqu'au samedi suivant, où les mêmes lumières et les mêmes concerts se répétèrent à la même heure et chaque samedi le prodige apparaissait de nouveau.

Les bergers prévinrent les gens d’Olesa; le curé se rendit lui-même sur les lieux pour vérifier le fait, dont il fut témoin quatre ou cinq samedis consécutifs et il alla le raconter à l’évêque de Manresa et de Vich. Gottomaro, c’était le nom de cet évêque, chargea quelques jeunes montagnards agiles d’aller s’informer sur ces rochers de la cause de cette merveille. Les courageux jeunes gens, bravant les périls de l’ascension, parvinrent sur les rochers, trouvèrent une caverne de roche dure ouverte devant eux. Ils y pénétrèrent et aperçurent la sainte image avec l’enfant Jésus dans les bras. On dit même qu’elle portait encore un habillement de soie que l’on conserva jusqu’en 1811.

Le prélat fit aussitôt construire un sentier pour parvenir à cette grotte presque inaccessible, puis il voulut faire transporter la madone dans la cathédrale de Manresa pour l’entourer d’un culte pompeux. Mais, arrivée au point où s'élève aujourd’hui le monastère, un nouveau prodige se manifesta : l’image devint tout à coup si pesante qu’il fut impossible de la conduire au delà. Devant ce signe de la puissance divine, l’évêque reconnut que Notre-Dame voulait être honorée dans ce lieu qu’elle choisissait pour perpétuel séjour, et il ordonna la construction d’une chapelle digne de la reine des anges. C’est là qu’elle fut honorée sous le titre de Santa Maria de Montserrat.

La tradition désigne l’endroit où le miracle eut lieu comme le même à peu près où se trouve aujourd’hui la statue. En venant par Monistrol, à main gauche de l’église, au-dessus

SANCTUAIRES ET IMAGES

du tabernacle de la madone, on lit une inscription moderne qui nous signale le lieu du miracle. Comme on ne pouvait élever l’église précisément sur ce point, on l’érigea un peu plus au couchant.

(Pl. CXXXIV.) Description de la madone. — La Vierge de Montserrat a de hauteur six palmes (seis palmos) catalans. Elle est assise et tient le Sauveur sur les genoux. Sa physionomie est celle d’un âge moyen ; l’enfant paraît avoir trois ou quatre mois. Sa couleur est brune, laissant apparaître sur plusieurs points des traces de dorure 1 effacées par l’humidité. Les cheveux sont encore entièrement dorés. Les yeux ont une vivacité qui respire la tendresse maternelle. Elle soutient son enfant en appuyant sa main gauche sur l’épaule gauche et porte de la droite le globe du monde 2 qu’elle semble montrer à Jésus pour y attirer ses regards miséricordieux. Le Sauveur tient une pomme de pin dans sa main gauche. Sa couleur et ses traits ressemblent exactement à ceux de la mère.

La figure est distinguée, sans aucune ride ni tache ; son nez est gracieusement profilé, son menton fin et d’une heureuse proportion; c’est cette tête qui, par un signe miraculeux à Marguerite d’Autriche, la fit renoncer au monde.

L’église de Monserrat, à Rome, possède une copie de cette statue faite en demi-nature au xve ou xvr siècle, mais elle n’a aucunement le caractère de l’original. On voit aussi dans la même chapelle une fresque qui la représente au milieu des âpres montagnes catalanes et dont nous avons la gravure.

La madone de Montserrat est considéré^ comme patronne de Catalogne. Aucun pèlerin n’allait

1. Descubriendo en muchos puntos un brillo dorado presunese que este habia sido antiguamente el color de sambas imagines. — ( Historia de la imagen y sanctuario de 2\a Aa de Montserrat. — D. Juan Marti y Canto, Barcelone, 1868.)

2. Je crois que Juan Marti se trompe et qu’il s’agit de la pomme que présente la nouvelle Eve au nouvel Adam. Cette madone archaïque, assise sur un siège à bras, ressemble à nos vierges romanes.

jadis visiter cette belle image sans entonner en route le Birolay de Madona Santa Maria, que nous rapportons ici comme le portrait enthousiaste de la sainte Vierge;

Aimable rose, soleil de splendeur,

Etoile brillante, joyau du saint amour,

Chaste topaze, escarboucle étincelante,

Lys sublime, qui surpasse toute autre fleur,

Blanche jacinthe, clarté sans ombre,

Au milieu des tempêtes vous conduisez les pêcheurs Sur la mer orageuse au port du salut.

Aigle admirable volant dans les régions les plus sublimes,

Royal séjour du grand Tout-Puissant,

Secours parfait de mon dévot pèlerinage,

Au milieu de tant d’épreuves daignez nous défendre. Sacré portail du temple éternel,

Don virginal, vertu sans pareille,

Puisse l’Occident dans lequel tant de jours disparaissent ne vous dérober jamais à nos regards l.

Histoire de V église. — Reprenons l’histoire après l’établissement de la madone dans sa nouvelle église. Le comte de Barcelone , pour satisfaire aux désirs de sa pieuse fille, entreprit avec ardeur l’érection du couventde Montserrat. L’ouvrage s’avança rapidement, et, en 8po, l’édifice était en état de recevoir les religieuses. Il réunit le domaine de Montserrat au monastère de Ripoll par donation de l’an 888, confirmée par le roi Lothaire, quand il reconnut par instrument signé de sa main les privilèges dudit monastère.

Le comte tira du couvent de San Pedro de Barcelone une colonie de religieuses qu’il in-

l. R osa plasent, soleyl de resplendor,

Stela lu sent, yohel de sanct amor,

Topazis cast, diamant de vigor,

Rubis millor, carboucle relusent.

Lir trascendent, sobran tôt altre flor,

Alba jansent, claredat sens fuscor,

En tôt contrast ausist li pecador ,

A gran maror en port de salvament.

Aygla capdal, volant pur altament,

Cambre reyal del gran omnipotent,

Perfeytament auyats mon dévot xant,

Per tots pyant siats nos défendent,

Sacrat portai del Temple permanent,

Dot virginal, virtud sobreccellent,

Quel Occident quins va tots iorns gaytan No puxe tant quens face vos absent.

CH. X

ESPAGNE

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