‹ La Sainte ViergeChapitre 737 sur 1187 · CH. X. — ESPAGNE. — SARAGOSSE · texte numérisé non relu

CH. X. — ESPAGNE. — SARAGOSSE

imposa pour condition à Ibnabala, premier roi maure de Saragosse, de respecter les chrétiens. Il est à croire que ses promesses ne furent pas fidèlement suivies, puisque le glorieux Alphonse Ier, surnommé le Batallador , en s’emparant de Saragosse (m8), trouva le temple de la Vierge dans l’état le plus misérable. Dom Pedro Librana, en s’adressant aux fidèles du monde entier, écrit qu’on ne peut s’imaginer la détresse de ce sanctuaire, qui a perdu ses ornements et dont les murailles tombent en ruine. Gélase II rédigea une bulle datée d’Alec, ville de Languedoc, pour accorder indulgence plénière à ceux qui s'enrôleraient dans la guerre sainte, ainsi qu’à ceux qui contribueraient par leurs aumônes à la réparation de l’église ruinée h Arcediano Miorrondo fut chargé de recueillir les offrandes des fidèles. Pedro Librana, qui fut onze ans évêque de Saragosse, vit peutêtre s’achever cette restauration. Suivant la discipline du temps, il vivait en commun avec ses chanoines près du sanctuaire du Pilar.

La description que donne Vicente Aramburu, qui vit le sanctuaire avant la construction de la chapelle actuelle, confirme l’histoire. Des arcs de petites dimensions tout au pourtour étaient soutenus par des colonnes semblables et supportaient, au-dessus de la corniche, d’autres arcs moins grands , auxquels pendaient des lampes d’argent suivant la mode byzantine du xiic siècle. Une base de colonne et un chapiteau de pierre qui se trouvait dans l’escalier qui descend sous la sainte chapelle doivent appartenir à ce temps, comme l’indiquent les feuilles de palmier qui ornent sa corbeille.

Au xiiic siècle, ce sanctuaire menaçait ruine et en 1293 011 ordonna sa reconstruction.

En 1434, l’église subit un terrible incendie qui ne respecta que la sainte Image et les murailles construites par saint Jacques. La reine Dona Blanca, très-dévote à la sainte Vierge, contribua à sa restauration. Le feu ayant noirci

1. Voy. Blancas, Arag. rerum comm., p. 140 et dans Baronius, t. XII. •

les parois intérieures de U sainte chapelle, on les recouvrit de bas-reliefs en marbre.

En 1515, l'archevêque Alonso d’Aragon, fils de Ferdinand le Catholique, construisit à côté un temple qu’il appela, pour ne pas le confondre avec la chapelle de la Vierge, Santa Maria la May or.

En 1671, l’idée vint à Charles II de construire un temple plus magnifique que les précédents. De nos jours on y a fait des travaux considérables, et reconstruit la coupole, avec sculptures, peintures, etc.

(Pl. CXXXIV.) Des trois autels au fond de la sainte chapelle, l’image du pilier occupe celle de gauche. Cette statue a 38 centimètres de hauteur. Elle estentièrement dorée, à l’exception deschairs, qui sont coloriées. Le temps a noirci ces couleurs et n’a guère laissé que le vermillon . Elle porte une petite couronne qui serre les plis du manteau relevé sur la tête. La tunique intérieure monte jusqu’à la gorge, qu elle serre avec des boutons qui descendent jusqu’à la ceinture. Elle soutient l’enfant Jésus de la main gauche. Le Sauveur prend de la droite les plis de son manteau et de la gauche tient un oiseau. La ligure de Marie a bien le caractère espagnol : de grands yeux, les lèvres épaisses et fermement accusées à l'angle. Les plis des vêtements tombent abondamment sur les pieds qu’ils cachent et sur le petit socle qui porte la statue.

D'après les règles iconographiques, il nous semble impossible de faire remonter cette sculpture aussi anciennement que l’indique la légende; elle ne paraît pas appartenir à une époque antérieure au xve siècle; il faut donc croire, pour respecter une tradition qui mérite beaucoup de l’être, que nous sommes aujourd’hui en face d’une copie plus ou moins fidèle.

Dans l’église des Espagnols, à Rome, une fresque représente la Madone sur la Colonne enlevée par les anges.

Aramburu décrit ainsi la colonne sur laquelle s’élève l’image : « Elle est en jaspe et posée sur une autre pierre de teinte sombre qui la continue, laquelle pose elle-même sur une base cir-

SANCTUAIRES ET IMAGES

culaire et sur un socle de pierre. La colonne de jaspe a été recouverte de bronze et sur le bronze deux lions d’argent vont jusqu'au pied de la madone, qui n’est pas autrement assujettie sur la colonne. Cette colonne est lisse, dépourvue de chapiteau ; son diamètre moyen est de 2 4 centimètres.

Dès les temps les plus anciens, au dire des écrivains, on recouvrit la colonne avec des manteaux en forme de cône. On les mettait tellement élevés qu’il n’y avait que les têtes de la Vierge et de l’Enfant qui restaient découvertes. C est ainsi que les représentaient de vieilles peintures.

La statue est environnée de plaques d’argent et d’étoiles qui l’auréolent d’une splendeur éblouissante.

Notre-Dame-del-Pilar est, de toutes les madones de l’Espagne, celle qui est encore environnée de plus de vénération. Au mois d’octobre, spécialement choisi par les pèlerins, les messes, les processions, les saluts ne discontinuent pas dans son église; une infinité de lampes et de cierges brûle tous les jours dans sa nef, propage des clartés éblouissantes le long de ses parois richement ornées et produit une belle illumination, ou pour mieux dire un tel vertige d’optique autour de sa statue que parfois il est impossible de la distinguer ; elle porte sur la tête une couronne d’or massif et chargée de colliers, de bracelets et d’aigrettes évaluée à plusieurs millions ; elle disparaît sous les parures et les bijoux dont elle est surchargée.

La popularité de la glorieuse Vierge del Pilar est loin de s’affaiblir; voici comment un témoin oculaire racontait une de ses fêtes en

« C’est un spectacle vraiment curieux que de voir son peuple lui rendre visite. C’était hier le grand jour de sa fête. L’immense église qui porte son nom est restée pleine depuis l’aurore jusqu après minuit. Mais n’allez pas vous figurer des manifestations dans le genre de celles qu’on peut voir chez nous. Ici la dévotion n’a rien de sombre, de mystique. Elle est cordiale, joyeuse et même un peu frivole en apparence.

La belle église del Pilar n'a, du reste, pas la moindre ressemblance avec les temples dont on vante l’expression religieuse : à l’extérieur, l’église présente un amas de toits et de coupoles sans caractère. C'est un palais très-gai, plein de marbres et de métaux précieux, un peu surchargé d’ornements, peut-être, mais dont l’ensemble est à la fois grandiose et tout aimable.

a La foule allait et venait sous ses hautes arcades, dont quelques-unes étaient poétiquement voilées par la vapeur des encensoirs. Il y faisait très-clair, sauf dans le sanctuaire même, où des centaines de cierges brûlent nuit et jour..»

Dès son avènement , Don Alphonse a été s’agenouiller dans son sanctuaire et les dames de la ville lui ont fait présent d’une belle image en argent de Notre-Dame-del-Pilar. En retour, il a offert un joyau précieux à la haute patronne du pays 1.

Un grand malheur est arrivé dernièrement dans cette riche église. Pendant la nuit du 16 au 17 juin 1876, des voleurs se sont introduits dans cette église et ont volé divers bijoux, entre autres deux magnifiques émeraudes et la croix ornée de diamants du tabernacle du maître-autel ; une émeraude de la couronne de la Vierge et plusieurs diamants de celle de l’enfant Jésus. Ce vol a causé une immense et pénible impression à Saragosse2.

NOTRE-DAME DE PORTILLO

Saragosse possède une image miraculeuse dite de Portillo dans un sanctuaire élevé sur une brèche des murailles. En 1155 les Maures assiégeaient la ville et la serraient de près. Ils allaient entrer sans que les habitants s'en aperçussent, lorsque la Vierge se présente à l’ennemi, qui

x. LeFrançais, ij janvier 1875.

2. Voici la bibliographie qu’011 peut consulter pour Na.-Sa-del-Pilar :

x° Il templo del Pilar vidsitudes porque ha pasado, hasta nuestros dias y su descripcion despues de las nuevas ohras, par Don Gerardo Mullé de la Cerda, Zaragoza, 1872;

20 Fundacion milagrosa de la capilla angelica de la Madré de Dios del Pilar } Diego Murillo ; *

CH. X

ESPAGNE

SEVILLE

prend la fuite et la ville est sauvée. C’est sur cette brèche qu’on lui a bâti une église1.

NOTRE-DAME-DE- L’ALOUETTE

Près de Saragosse, sur les bords de l’Èbre, une femme guidée par une alouette trouva dans la prairie une statue de la Vierge tenant l’enfant Jésus. Sur le bras étendu du Sauveur était perchée une toute petite alouette dont le chant ravissait par sa joyeuse mélodie. La femme apporta la statue à Saragosse et la vendit à un homme qui l’enferma dans une armoire. Voulant un jour la voir, il ne la trouva pas. Elle était retournée à la prairie. Ramenée de nouveau et placée dans l’église de Notre-Dame-del-Pilar, elle retourna encore à la prairie. L’évêque Branlio Severnio comprit alors ce que voulait la mère de Dieu et il lui ht bâtir, au lieu où on l’avait trouvée, une chapelle appelée Notre-Dame-de-l’Alouette.

Autant qu’on peut en juger par les parties dépourvues de couleur, la statue est en bois de chêne. Les vêtements sont dorés ; un petit cercle forme sa couronne ; elle porte au bras droit l’enfant Jésus et appuie ses pieds contre son bras gauche. La main droite de Jésus est levée et donne la bénédiction à ceux qui le regardent. Sa main gauche tient un globe. La hauteur totale est à peu près de om,6o. Les Espagnols la croient très ancienne. Elle ne fut pas cachée au temps des Maures, mais vénérée par ceux qui habitaient la paroisse del Pilar, qu’on appelle Mosarabes2.

3° Historia cronologica de la santa Cap ilia y relation panegerica de las solemnes fiestas que se celebraron con mot'ivo de la ereccion del Taberndculo , par le docteur don Manuel Vicente Aramburu ;

4° Historia critica y apologetica de le Virgen Na-Sra-del- Pilar j de Zaragoça , par le docteur don Mariano Nougues.

La reine d’Espagne a fait faire un dessin très-soigné de Notre-Dame-del-Pilar qu’elle possède à Paris et dont on a multiplié à l’infini les photographies.

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