Gumppenbergj XII
SANCTUAIRES ET IMAGES
D’après le témoignage de plusieurs écrivains des xive et xve siècles, confirmé par des monuments de toute espèce, inscriptions, verrières, tableaux, la statue, non moins ancienne que le sanctuaire, aurait été possédée par sainte Élisabeth de Hongrie, et léguée par elle à sa fille Sophie. Cette dernière princesse, appelée en 1242 à partager la couronne du duc de Brabant Henri III, transporta cette madone en Belgique, comme un talisman céleste, et en fit don à la chapelle d’Alsenberg, modeste sanctuaire perdu au sein de la forêt de Soignes1.
Cette statue représente la sainte Vierge assise sur une espèce de cathedra, les pieds reposant sur un escabeau; elle offre une grande analogie avec la vierge trouvée au château d’Hermal près de Huyet provenant de la collection Hagemans, acquise par l’État et déposée au musée de la porte de Hal.
Les draperies ont la raideur, mais en même temps aussi l’élégance des statues byzantines. La sainte Vierge est vêtue d’une tunique fixée à la taille par une simple et large ceinture. Ce vêtement est recouvert d’une chlamyde attachée au haut de la poitrine par une sorte de broche circulaire et s’étendant sous la statue comme la tunique elle-même. La main, disposée de façon à tenir un sceptre, est moderne; la main droite primitive devait avoir la même disposition que la gauche et soutenir l’enfant Jésus, assis sur le giron. Il est malheureusement perdu. Un enfant Jésus se voit encore sur les genoux de la Vierge du château d’Hermal ; il tient de la main gauche un globe terrestre et bénit de la droite à la manière latine.
1. Cette madone faisait partie d’un groupe intéressant de madones miraculeuses que cette princesse distribua en Belgique, soit par elle-même, soit par testament. A ce même groupe appartiennent Notre-Dame-de-Hal (le sanctuaire le plus célèbre de la Belgique), Notre-Damede-la-Consolation à Yilvorde, enfin deux autres Vierges existant autrefois en Hollande, l’une au monastère de Losduynen, près de Gravesand, l’autre chez les carmélites de Harlem. J’ignore si ces deux dernières existent encore. Je fais mention de ces vierges, quoique leur culte ne soit pas aussi ancien que l’époque 011 s’arrêtent nos études, parce que leur caractère et leur style les rattachent au XIIe siècle.
Le type du visage, aujourd’hui défiguré par une couche de peinture à l’huile, est des plus remarquables et procède de la tradition byzantine. La bouche aies coins relevés; c’est le sourire traduit par un ciseau dont l’exécution matérielle trahitla pensée de l’auteur.
Le procédé de peinture polychrome employé pour la décoration de la statue de Notre-Damed’Alsenberg est des plus remarquables. L’artiste a sculpté la figure, les mains et les contours de la chaise ; quant au corps, il n’en a fait qu’une espèce de maquette destinée à être complétée par un autre travail. Le bois de tilleul dont il s’est servi pour l’exécution de cette œuvre d’art est entièrement recouvert d’une enveloppe de lin, [enduite d’une épaisse couche de talc ou plâtre fin retouché et assez profondément fouillé dans les plis des draperies. Tout cet ensemble est entièrement doré, avec des rehauts au manganèse. La figure est argentée et brunie; les mains devaient l’être également. L’agrafe ou fibule du manteau était ornée d’un cabochon probablement en cristal de roche. On sait que très-souvent on insérait sous ce cabochon une relique insigne. La bouche, l’iris des yeux, les sourcils et les cils sont teints au manganèse. La tête est couverte d’un voile qui descend et s’arrête à la nuque ; le front était complètement dénudé.
On dit que Charles le Hardi priait devant cette belle image de la sainte Vierge, à laquelle il rapportait la gloire de ses armes1.