‹ La Sainte ViergeChapitre 83 sur 1187 · S A I N T - P I ER R E-A U-VA T I CA N · texte numérisé non relu

S A I N T - P I ER R E-A U-VA T I CA N

Lors même que l’histoire ne nous l’apprendrait pas, on ne saurait douter que cette église souveraine n’ait été à toutes les époques extrêmement riche en monuments du culte de Marie ; nous en trouvons en effet de nombreux souvenirs dans Anastase.

Dons des papes. — Au vme siècle, Grégoire III excommunie quiconque, méprisant les traditions apostoliques et le culte des saintes images, aura détruit ou profané celles du Sauveur ou de sa sainte mere. 11 fit peut-être, comme une protestation contre les iconoclastes, placer à Saint-Pierre une image de la sainte Vierge, couronnée d'un diadème d’or, enrichi de pierres précieuses, d’un collier d’or avec pierreries et de boucles d'oreilles composées de cinq hyacinthes. Saint Adrien un peu plus tard voulut exposer dans cette vénérable eglise des témoignages de sa piété envers Marie ; et il y fit faire des sculptures couvertes de lames d argent, qui représentaient la sainte Vierge accompagnée de saint André et de saint Jean. Le

poids de l’ouvrage ne s'élevait pas à moins de ioo livres. Il remplaça les statues d’argent qu'on y voyait et qui représentaient le Sauveur, sa sainte mère et les apôtres, par les mêmes images en or. Léon III ne montra pas dans la basilique moins de munificence et d’amour pour la sainte Vierge : il plaça sur le grand autel un parement au milieu duquel on voyait les portraits du Sauveur et de sa mère, lesquels étaient magnifiquement encadrés dans une vigne d’or, en perles et pierres précieuses. A l’endroit où reposait le corps de saint Pierre, Léon renouvela aussi un bas-relief en or, représentant Jésus-Christ, la sainte Vierge, avec les saints Pierre, Paul, André et Pétronille, et il y ajouta 21 livres 3 onces d’or. Il y avait près de l’ambon au ixe siècle une chapelle de la sainte Vierge. Léon IV l’orna d’un parement de fondatum avec des gammas et une croix d’argent tissée. Le pape Pascal orna l’oratoire qu’il venait de construire de dons magnifiques, entre autres d’une image de la sainte Vierge en or très-pur qui pesait 10 livres et 4 onces.

Oratoire de Jean VII'. — Nous aurons plus tard (Vojr. Florence, pl. XC) occasion d'étudier une madone en mosaïque provenant de cette chapelle ; il nous reste quelques fragments de ses peintures au Latran et dans les cryptes vaticanes. Parmi ces dernières on retrouve le sujet qui figurait aux pieds de la grande madone, la sainte Vierge tenant l’enfant Jésus sur les genoux et accompagnée de deux personnages agenouillés à droite et à gauche. Elle est assise sur un fauteuil à dossier arrondi avec coussin, nimbée ainsi que l'Enfant. Cette mosaïque a malheureusement été remaniée ; le groupe a om,70 de hauteur.

Madone de la Colonne. — On voit encore, à Saint-Pierre, la madone dite délia Colonna, peinte à fresque sur un tronçon de colonne en marbre, la troisième de l’ancienne basilique à droite en entrant; elle était l’objet d’un culte

x. Voy. l’excellent article de M. Mimtz : Revue archéologique, sept. 1877.

SANCTUAIRES ET IMAGES

suivi et son autel fut en 1659 décoré de marbres précieux. Lorsque Paul V voulut reconstruire l’église, on dut renverser la colonne; elle fut sciée avec soin et la partie qui portait la peinture placée sur un des autels modernes. La sainte Vierge tient l’Enfant sur ses genoux, son manteau est bleu. L’Enfant, vêtu d’une chemisette d’un blanc gris, porte une sphère de la main gauche et bénit de la droite. Les deux nimbes sont d’or. La peinture est charmante, mais il est difficile de la faire remonter au delà du xve siècle.

SAINTE-PRAXEDE.

On n’a pas de renseignements positifs sur la fondation de l’église Sainte-Praxède, près Sainte- Marie-Majeure; on sait seulement qu’elle existait déjà en 499, à l’époque du concile du pape Symmaque. Anastase le Bibliothécaire en fait mention dans la vie du pape Léon III, en 796; Pascal I"' la renouvela complètement et même la changea de place. La tribune et le grand arc en mosaïque sont son oeuvre, et remontent par conséquent au ixc siècle1. La chapelle, dite de la Sainte-Colonne, fut construite par Pascal Ier, qui la dédia à saint Zenon et y plaça le corps de ce saint et celui de saint Valentinien. La colonne de la flagellation y fut apportée par le cardinal Jean Colonna en 1223. Cette église est encore une des plus riches en images de la sainte Vierge.

Chapelle Saint-Zénon. (PI. XC1V.) — Cette chapelle Saint-Zénon à elle seule nous fournit quatre représentations de la mère de Dieu, dont trois en mosaïque :

i° L une occupe un des médaillons au-dessus de 1 entrée et semble copiée sur une monnaie byzantine: la sainte Vierge, couverte d’un voile

1. M. Muntz (Revue arch.} 1874, p. 172) attire notre attention sur cette mosaïque de l’arc où il a signalé une madone en vêtements de deuil, la tête voilée, et conçue non comme reine du ciel, mais comme Mater dolorosa.

et d’un manteau violet, porte devant elle l’enfant Jésus. O11 remarque au-dessus de la tête une rosace d’or et des croix aussi d’or sur ses épaules. On ne saurait imaginer un dessin plus rude et plus grossier; l’intérieur de l’œil est d un blanc vif, les carnations sont animées par des plaques de minium violemment appliquées sur les joues. Le fond est d’or, ce qui le distingue des cercles voisins où il paraît d’azur. Nous avons voulu pour le dessiner nous approcher autant que possible de cette mosaïque, et, en montant, nous avons été frappé de la manière heurtée, je dirai même brutale, dont elle est touchée; quoique ce défaut s’efface un peu à distance, on peut dire qu’une telle composition atteint le plus infime degré de l’art.

(PL XCI.) — 20 L’intérieur de la chapelle Saint- Zénon nous offre d’autres images de Marie ; la première au-dessus de la porte latérale, dans le costume ordinaire, plus haute que ses voisines, est accompagnée de trois autres têtes. Nous avons d’abord hésité à y reconnaître l’effigie de la mère de Dieu, parce qu’on ne lui a pas réservé l’honneur de la place centrale; cependant, en y réfléchissant, le buste de femme à droite ne doit pas compter, parce qu’on lui a mis un nimbe carré, et qu’il représente sans doute le portrait de la donatrice, ce qui restitue la préséance à la figure de Marie.

(PL XCIV.) — 30 Dans le tympan à gauche de la croisée extérieure, on remarque une figure de la sainte Vierge sur laquelle on ne peut se méprendre, puisqu’elle est accompagnée de la légende : Sancta Maria. Elle pose les pieds sur l’archivolte de l’arc; elle avance les mains en manière d’orante, sa robe est bleu foncé avec agréments d'or, ses mules rouges; elle a im,2o de hauteur. Nous avons eu beaucoup de peine à la dessiner à cause de l’obscurité de la chapelle, et il nous a fallu élever une lumière au bout d’un long roseau pour parvenir à en étudier les détails.

4° Ces figures sont toutes d’une composition

CH. II

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