‹ La Sainte ViergeChapitre 846 sur 1187 · Id., page · texte numérisé non relu

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CH. XII. — ANGLETERRE

l’alphabet le répons de la sainte Vierge, Gaude, Maria virgo, qu’il avait coutume de chanter en allant à travers les rues. Un jour qu'il passait par le quartier des Juifs en entonnant son antienne habituelle, aux paroles « Rougissez de honte, misérables Juifs! » un juif, furieux, l’appela et le jeta dans un fossé près de sa porte.

La pauvre mère chercha son enfant pendant plusieurs jours, et enfin, passant devant les maisons des juifs, elle entendit sa douce voix et son Gaude. Maria , elle courut à lui et le questionna. « En entrant dans cette maison, répondit-il, je tombai endormi; lorsque je me réveillai, j’aperçus la sainte Vierge qui me dit :> « Comme tu o dors longtemps; allons, lève-toi et chante. » Alors je me suis levé et me suis remis à mon antienne ! »

Chancer s’est emparé de cette légende dans ses écrits \

Salutation angélique. — Rock assure que la prière Sainte Marie, mère de Dieu, etc., n’a pas été récitée en Angleterre avant la Réforme, et que la Salutation angélique proprement dite ne l'avait pas été jusqu'au xme siècle, où elle fut introduite dans l’Offertoire de la messe le quatrième dimanche de l'Avent ; il prétend d’abord qu’on n’en trouve la trace dans aucun document, ensuite que l’on ne voit jamais l'Oraison dominicale accompagnée, comme c’est l'usage maintenant, de la Salutation angélique. Ces arguments ne me semblent pas concluants; pouvons-nous croire que Bède, lorsqu’il écrivait l’homélie de la Visitation, ou Baldwin, la méditation sur l’Annonciation, n’élevaient pas en même temps leurs âmes vers le ciel et ne répétaient pas à Marie les paroles dont ils faisaient le commentaire? Ce n’est pas une simple conjecture, car nous possédons une méditation attribuée par quelques-uns à saint Anselme, et qu’on doit plutôt regarder comme composée par saint Aelred pour sa sœur. L’auteur y dit qu’il faut se reporter en esprit dans la salle où Marie reçut

i. Père Bridgett, Our Lady s dowry,page 170. St. Peter Celestine , op. VI, cap. xvii ; Bibl. Max., tome XXV, p. 81 j.

le message de l’ange et souvent répéter avec lui ( hoc crebius repetens ) les paroles qu’il lui adressa1.

Chapelet. — Le mot anglais bead vient du verbe saxon biddam, qui veut dire prier. Il n’est pas probable que saint Dominique inventa cette manière de prier la sainte Vierge; il ne fit que la modifier, diviser les QÂve par décades et les séparer par un Pater. M. Lecoy de la Marche ( la Chaire française au moyen âge) rapporte un sermon d’Étienne de Bourbon, dominicain né en 1193, qui dut connaître saint Dominique lui-même, et qui recommande cette manière de prier sans dire quel en est l’inventeur 2.

Rosaire. — Lemot psalterium Beatœ Virginis a été appliqué au rosaire ou à la récitation des 150 salutations angéliques, mais il a une autre et plus ancienne signification. Le savant Mone a publié plusieurs psautiers et est entré dans de nombreux détails sur ce sujet. Il dit que les psautiers de Marie ont été composés dans ‘un but de dévotion privée et qu’ils étaient en usage au xift siècle. Saint Anselme en composa un, et il eut plusieurs imitateurs, entre autres saint Edmond de Cantorbéry et Stephen Langton. Les psautiers consistent ordinairement en 150 strophes dont chacune commence par le mot QÂve , de sorte qu’ils peuvent facilement être pris pour le rosaire , quoique en réalité ce soit chose différente. Voici le prologue des psautiers de saint Edmond :

O Maria, Mater pia,

O Benigna, laude digna,

Plena Dei lumine,

Me dignare te laudare Verbis dignis, sanctis hymnis3,

Et psalmorum carminé.

QÆve Maria. — Depuis des siècles on avait coutume de sonner le soir une cloche appelée

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