CH. XII. — MALTE
image miraculeuse est telle qu’avec les seules offrandes on a bâti une splendide et magnifique église qu’on ne peut voir sans admiration. Les marchands français y ont contribué pour une grande part, parce qu'ils ont toujours, dans leurs affaires, éprouvé la protection efficace de la Vierge.
Il serait difficile de fixer le nombre de ceux qui sous son puissant patronage ont été sauvés des plus grands dangers du naufrage, lorsque déjà ils allaient être engloutis par la tempête ; cela est attesté par le grand nombre de tablettes votives qui couvrent les murs de l’église et qui ont été portés processionnellement par les naufragés, pieds nus et suivis d’une foule innombrable chantant les litanies des saints, implorant la miséricorde divine et frappant leur poitrine de manière à attendrir les cœurs les plus durs. Ils sont encore innombrables ceux qui vont avec une extrême dévotion rendre grâce à la trésorière du ciel pour avoir été délivrés ou de dangereuses infirmités ou de graves persécutions ou de supplices cruels.
On conserve le souvenir d'un fait qui fut observé pendant le grand siège de l’île de Malte en 1565. Depuis le commencement, chaque jour une colombe blanche se posait sur l’église en vue des assiégés du faubourg et même des Turcs dont les batteries n’étaient pas éloignées. Les chrétiens, y voyant un signe manifeste de l’amour et de l’assistance de la sainte Vierge, y trouvaient de la force pour leurs cœurs et un encouragement pour combattre valeureusement pour la foi. Ils virent ce signe jusqu’à la victoire qu’ils remportèrent la veille de la fête de la Nativité de Notre-Dame appelée depuis à Malte la fête de la Victoire, et célébrée par un grand concours de peuple.
image de sainte-marie-de- damas (à la Vallette ).
Il y avait à Damas, ville de Syrie, une image de la très-sainte Vierge peinte en couleur sombre tenant sur son bras le divin enfant et qui était
en grande vénération parce qu’on la croyi peinte par saint Luc.
L’image resta à Damas tant que la foi chrétienne s'y maintint. Après la chute de cette ville et un grand carnage de ses habitants, sous la domination des Sarrasins, une année se passa pendant laquelle l’image resta privée de ces hommages et parut oubliée. Alors elle quitta seule la ville, accompagnée d’une lampe qui la précédait. Elle fit par terre et par mer un long voyage qui eut pour témoin un navire en surveillance dans ces parages et qui la vit pendant la nuit marchant à fleur d’eau et éclairée par la lampe. Le pilote, curieux de connaître la cause de cette splendeur insolite, se tenait à l’arrière. Au lever de l’aurore, il se trouva entré dans le port d’une île qu’il ne connaissait pas, et s’étant aperçu que c'était l’île de Rhodes, il fut étonné d’avoir parcouru un si grand espace en si peu de temps par une mer calme.
Cette même lumière avait été vue en marche pendant la nuit par deux habitants curieux de pénétrer ce mystère. Ils cherchaient où l’image s’était arrêtée et ils la trouvèrent sur le rivage avec la lampe qui continuait à brûler miraculeusement. A cette vue, tous fléchissant le genoux la saluèrent et coururent en porter la nouvelle aux chevaliers hospitaliers de Jérusalem. Ces chevaliers, alors seigneurs de l’île par suite de la concession que leur en avait faite l’empereur de Constantinople, accoururent tous sur la plage suivis d’un peuple immense. L’image reconnue pour être celle qui était à Damas fut solennellement portée en procession par les chevaliers dans l’église de Saint-Jean. Mais la nuit suivante la vénérable image quitta ce lieu et alla se placer dans une autre église où elle se fixa.
En 1480 cette église fut remplacée par une plus grande et plus magnifique. En 1522 les chevaliers de Saint- Jean, forcés par Soliman II d’abandonner Rhodes, emportèrent avec eux l’image d'abord à Messine, puis à Malte en 1530. Environ cinquante ans après, un certain Jean Calamia, grec catholique fit construire à la Vallette une église où la vénérable image fut portée avec une pompe solen-
SANCTUAIRES ET IMAGES
nelle et richement dotée par les Rhodiens qui avaient accompagné à Malte les chevaliers de Saint-Jean au sanctuaire désigné comme paroisse pour les Grecs catholiques.
La fête de cette image se célébrait le 15 août, et la quinzaine qui la précédait était consacrée dévotement par les confréries et le peuple, qui chantaient tous les soirs les litanies de Notre- Dame-de-Lorette. Le peuple qui y accourait était si nombreux et si assidu que l’église netait jamais vide; les grâces qu’obtenaient ceux qui priaient avec foi furent nombreuses. L’image sainte était protégée des injures du temps par une glace et ornée de beaucoup d'or et de pierreries, offrandes de gratitude1.