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ETATS DE L’EGLISE

BOLOGNE

palais de l’ambassadeur de Bologne, qui était alors un certain Passipovero d’une antique et noble famille bolonaise. Ce seigneur se tenait précisément à sa fenêtre avec quelques autres personnes, lorsqu'il voit passer l’ermite, portant, suspendu à son cou, le tableau couvert de ses habits. Curieux de savoir ce qu’il portait, il le fait appeler par un de ses domestiques; à la vue de l’image, tous les assistants, saisis par une force mystérieuse, se prosternent devant elle en versant des larmes d’émotion. « Levez-vous, s’écrie l’ambassadeur, à présent je crois voir la fin des épreuves que ma patrie a souffertes ! » puis se tournant vers le bon ermite : « O homme de Dieu, ajoute-t-il, le mont de la Garde que vous cherchez se trouve à deux mille seulement de Bologne, ma patrie. Ce mont porte ce nom, parce qu’on y faisait la garde à l’époque des guerres entre les Bolonais et les peuples voisins. Et précisément, il y a peu d’années, une dame de cette ville, nommée Azzolina, a fait faire sur cette montagne une petite chapelle en l’honneur de saint Luc, et à côté une habitation pour ellemême. Louange à Dieu, bénédiction à sa sainte mère qui daigne nous accorder une si grande faveur! Quant à vous, vénérable ermite, vous resterez dans ma maison jusqu’à demain, et je veillerai à vous donner un compagnon, pour pouvoir aller avec sécurité à Bologne. »

On peut s’imaginer la joie de l’ermite et ses actions de grâces envers la sainte Vierge qui avait enfin entendu et pleinement exaucé ses vœux. L ambassadeur fournit à l’ermite des lettres de recommandation pour les consuls de la ville, avec un serviteur pour l’accompagner, et un cheval pour lui épargner de la fatigue.

Arrive à Bologne, Théocle se "présente aux magistrats et leur montre les lettres qu’il portait et en reçoit un excellent accueil; après lui avoir raconté son histoire, il découvre la sainte image qui transporte tous les assistants d’admiration et de reconnaissance envers l’ermite. Il semble alors que la piété, la dévotion, la prospérité affluent a Bologne comme cortège de l’image. Avec le consentement de 1 évêque Gérard on ordonne

pendant trois jours dans toute la ville des processions solennelles que suivent l’évêque, le clergé régulier et séculier, les magistrats des corporations et tout le peuple saisi d’une ferveur extraordinaire et portant une multitude de cierges. Au troisième [jour, le 8 mai 1160, une procession encore plus solennelle se dirige au mont de la Garde, et la sainte image portée par l’ermite est placée sur l’autel de la petite chapelle de Saint-Luc et confiée à Azzolina. Le magistrat demande alors à l’ermite de rester au milieu d’eux, lui promettant de lui bâtir une habitation convenable; mais lui, qui n'avait quitté sa solitude que pour obéir à Dieu et accomplir une œuvre si honorable et si sainte, toujours docile à l’inspiration divine, refuse ces offres et retourne en Grèce.

Telle est la légende dont on pourrait faire le sujet d'un drame véritable, tant ses péripéties se prêtent à l’action la plus vive et la plus pittoresque; nous disons une « légende #, peut-être serait-ce plus juste de l’appeler une histoire, car nous avons encore entre les mains l'acte passé, en cette circonstance solennelle, devant de nombreux témoins et racontant ainsi ce fait extraordinaire.

« En l’an 1 1 68 (ou n6o plus probablement) au 8 de mai, acte passé sur le mont de Garde, dans l’ermitage des dames Azzolina et Béatrix, étant présents Rambertino de Guezo, Marchesino Ottonelli, juge, et Angelletti des Orsi, et plusieurs autres témoins. Le seigneur Gérard, évêque de Bologne, donna et assigna aux susdites Azzolina et Béatrix une boîte de bois avec un tableau où est peinte l'image de la bienheureuse Marie parla main de saint Luc évangéliste, apportée de Constantinople dans la ville de Bologne par Théocle Kumnia, ermite grec ici présent... moi Vitale Bilizio, notaire, ai écrit cette charte et l’ai signée1. »

i. Calind.} Part. III, pag. 376. — 381. — Nota} 407. — Cette pièce était en original dans l’archive de saint Mathias, elle a passé de là à l’Evêché. — La copie en existe dans les archives publiques, liv. IV, n° 43.

Voyez Ragguaglio storico délia madonna di S. Luca,

SANCTUAIRES ET IMAGES

En 1165, Rainbertini, père des deux religieuses, leur laissa, en mourant, à Azzolina 30 livres impériales pour acheter un bois voisin de leur ermitage, et à Beatrix 24 livres pour tenir toujours des cierges allumés devant la sainte image; ce qui prouve combien, dès l’origine, elle était en grande vénération.

Pendant la vie d’Azzolina et de Béatrix, les guerres des guelfes et des gibelins auxquelles Bologne, qui s'était rangée du côté du pape Alexandre III, prit une grande part, empêchèrent de songera remplacer la modeste chapelle par un édifice plus convenable; leur nièce, AngelicaBonfantini, leur succéda dans la direction de l’ermitage : on ignore précisément à quelle époque, on sait seulement qu’elle vivait en 1190, d’après un acte notarié par lequel sa mère lui donne des terres pour la construction d’une église. Elle y ajouta d’autres dons qu’elle avait pu recueillir, et obtint du pape Clément III de venir bénir la première pierre du nouveau sanctuaire. On prétendait au xiii1' siècle que le plan en avait été miraculeusement tracé par une colombe à l’aide de petits morceaux de bois qu’elle avait disposés en cercle 1.

Aujourd’hui, une longue galerie de trois milles conduit au sommet de la montagne, abritant les pèlerins de la pluie et du soleil : elle n’a pas coûté moins de 420 scudi, sans compter le transport des matériaux qui s’est fait par les fidèles de tout état, de tout sexe, de tout âge. Un vieillard septuagénaire disait à l’auteur d’une brochure intitulée Visita a San Luca , que sa mère avait été souvent à Saint-Luc pour porter des pierres a la madone afin de gagner les indulgences qui étaient attachées à cette œuvre.

Une madone si célèbre exigeait dans notre pèlerinage iconographique que nous allions la visiter et la vénérer. Les pèlerins qui ne font pas 1 ascension à pied sont obligés à de grands dé¬

tours dans la vallée, mais ils sont bien dédommagés en arrivant, d’abord par l’admirable panorama qui s’étend sous leurs yeux, et surtout par la peinture qu’ils viennent honorer. Ce tableau, placé au fond du chœur de l’église moderne et au-dessus de plusieurs degrés, est malheureusement recouvert en grande partie de plaques de métal, de sorte qu’on ne peut voir que les deux têtes de la sainte Vierge et de l’enfant Jésus. Si incomplet qu’il soit ainsi, il nous a véritablement ravi par sa beauté, et nous a fait comprendre l’admiration des pauvres Bolonais du xir siècle, si incapables de produire euxmèmes un tel chef-d’œuvre.

(PI. CIV.) — Cette peinture offre des caractères différents du style purement byzantin et nous reporte à la manière des anciens. Je sais que la pose, autant qu’on peut en juger pour l’ensemble d’après les copies, le costume de la Vierge, les bretelles de l’enfant, les mains, etc., rentrent dans le domaine de l’art grec, mais nous devons ajouter que la facture en est bien supérieure ; la touche large, maîtresse d’elle-mème, sûre du modelé, juste et vigoureuse, n’a rien de commun avec l’art mécanique des Byzantins du xne siècle. Les qualités extraordinaires que nous avons remarquées dans la belle rnadpne de Sainte-Marie-Majeure se révèlent ici d’une façon incontestable. Je veux bien que le type soit byzantin, mais le pinceau auquel nous devons cette œuvre admirable est antique dans l’acception la plus élevée du mot. Sa composition n’a pas la raideur trop fréquente dans la peinture byzantine; Marie incline tendrement sa tête vers le Sauveur, comme pour entendre ses paroles naissantes et recevoir les prémisses de ses caresses. Que dire aussi de la tète de l’enfant, dont Raphaël dans ses heures inspirées n’a pas dépassé la beauté? comment rappeler ces traits énergiques, ce nez droit, renflé aux narines, cette bouche aux coins de lèvres grassement ouvertes, ce visage si bien galbé et dans lequel la lumière met en relief un modelé à la fois si savant et si suave? Il faut voir et contempler soi-même ces traits

x. Gump., III, 1096.

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