‹ La Sainte ViergeChapitre 94 sur 1187 · MADONE DE SAINT-LUC · texte numérisé non relu

MADONE DE SAINT-LUC

Bologne a la gloire de figurer parmi les villes qui se sont vouées au patronage de la sainte Vierge, et elle conserve des traces multipliées de cette dévotion. Nous y avons retrouvé une grande quantité de ses images, mais aucune aussi célèbre et aussi belle que la madone du mont de la Garde qui mérite notre première visite.

Voici en peu de lignes son histoire. Vers la tin de mai 1143, l’ermitage au sommet du mont de la Garde fut fondé par une jeune tille nommée Azzolina, fille de Rambertini de la noble famille des Guezi. Cette famille possédait là des fonds de terre, et Azzolina, en se retirant du monde, s’y consacra à Dieu ; elle y menait une vie solitaire et pénitente et y construisit une petite chapelle en l’honneur de l’Évangéliste saint Luc, non loin de la cabane qu’elle habitait. Sa sœur Beatrix se joignit à elle à une époque que l’on ne connaît pas d’une manière précise, il est certain du moins qu’en 1 160 elles étaient réunies ainsi qu’en témoigne un document notarié.

Cette même année, un ermite grec du nom de Théocle Kumnia (et non Eutimius), après avoir longtemps servi le Seigneur dans la solitude du désert, se sentit un jour inspiré de Dieu d’aller à Constantinople pour visiter l’église Sainte-Sophie. Obéissant à cette inspiration, le pieux ermite se mit en route et, arrivant à la capitale, il se rendit immédiatement à l’église, et il pria dévotement en versant des larmes. Il admirait les merveilles prodiguées dans ce temple, lorsque ses yeux aperçoivent un tableau où était peinte avec majesté l’image de la mère de Dieu. A cette vue, il se jette à genoux pour la vénérer;

puis il se relève et, l’examinant plus attentivement, il voit écrit au-dessous : « Ce tableau a été fait par saint Luc, chancelier du Christ; il doit être porté à l’église de Saint-Luc, sur le mont de la Garde, et placé au-dessus de l’autel. » L’ermite désire aussitôt se charger d’une si grande tâche; il demande aux religieux gardiens de la basilique de Sainte-Sophie où l’on pourrait trouver ce mont de la Garde; mais on lui répond que jusqu’alors personne, quelque attention qu’on y ait mise, n’a pu dire où était ce mont mentionné dans l’inscription. Cependant l’ermite ne perd pas courage et prie avec plus d’insistance et de chaleur les religieux de lui confier l’image sacrée, les assurant qu’après avoir fait le tour du monde à la recherche de la montagne, s’il ne la trouve pas il la leur rapportera. Ses paroles sont tellement convaincantes que les religieux émus de son zèle, touchés de sa sainteté, lui confient le précieux trésor sous la condition qu’il avait lui-même offerte. Il n’est pas de cœur dévoué à la sainte Vierge qui ne comprenne avec quelle joie l’ermite prend l’image, avec quel respect il l’enveloppe dans ses pauvres vêtements et la suspend à son cou. Rempli de l’espérance de trouver et de gravir le mont prédestiné par Dieu comme l’heureux but de son pèlerinage, il demande la bénédiction des serviteurs de Dieu et se met en chemin sans savoir de quel côté diriger ses pas.

Qui pourrait dire toutes les péripéties de ce long voyage? Collines, montagnes, vallées, roches abruptes, mers, fleuves à traverser ! partout il demande le mont de la Garde; mais personne ne sait lui répondre. Il laisse derrière lui la Grèce, la Morée, l’Albanie ; il traverse le golfe de Venise et, côtoyant l’Adriatique, il se dirige vers Rome, centre de la catholicité où peut-être quelqu’un le renseignera sur ce mont si désiré et déjà si cherché.

A peine à Rome, il court à l’église construite par Constantin, où se vénèrent les reliques des j apôtres saint Pierre et saint Paul ; après avoir satisfait sa dévotion, conduit par une main douce et invisible, il prend la rue où se trouvait, le

CH. III

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