‹ La Sainte ViergeChapitre 974 sur 1187 · A neuf kilomètres de Neustadt · texte numérisé non relu

A neuf kilomètres de Neustadt

L’empereur saint Henri acheta le terrain d'un certain Pabo pour y construire un monastère d’où vient le nom de Bamberk, c’est-à-dire Pabonis Mons. Il y constitua un évêché qu’il dota richement et y éleva un temple d’une merveilleuse grandeur en l’honneur de la sainte Vierge et de saint Georges ; il lui affecta ensuite une magnifique argenterie et des rentes considérables 1.

Il y avait près de la ville un anachorète célèbre par sa vertu, que l’empereur allait souvent visiter. Sachant que ce saint homme voulait par dévotion se rendre à Jérusalem, il lui confia un grand calice qui, à cause de son ampleur et pour pouvoir être plus facilement soulevé avait deux anses; il le pria de le tremper trois fois dans le Jourdain, à l’endroit où Jean avait baptisé Notre- Seigneur et lui donna l’argent de son voyage.

L’anachorète exécuta sa commission et en revenant par Constantinople traversa la Bulgarie, où il rencontra un ermite auquel il demanda des prières pour l’empereur. Ce n’est plus utile, lui répondit celui-ci, car il a déjà quitté cette vallée de larmes pour le séjour des bienheureux. — Comment pouvez-vous le savoir? — La nuit dernière dans un moment où je me trouvais entre le sommeil et la veille, je fus par une vision transporté dans une vaste plaine où j’aperçus d’affreux démons. Ils vomissaient des flammes de soufre et traînaient l’empereur Henri par la barbe vers le lieu du jugement. D’autres lui mettaient au cou des fourches de fer, et s’écriaient avec joie : « Il est nôtre! il est nôtre! » Sainte Marie et saint Georges les suivaient de loin et paraissaient tristes. On suspendit au milieu de

1. Nous trouvons le fait de cette fondation de Bamberg un peu différemment racontée par Adhémar, mais le souvenir de la sainte Vierge s’y retrouve de même.

(1022). Henricus... in terra Theodisca a novo civitatem ædificavit vocabulo Baenburg, quam Beuedîctus papa in honore Dei genitricis consecravit et parochias in circuitu ex paganorum vicis et oppidis, dumconverterentur, attitulavit ad illam. Hic Cluniacensi cœnobio contuiit doua, sceptrum aureum, speram auream, véstimentum impériale aureum, coronam auream, crucifixum aureum, pensantia simul libros 100 et alia multa. (Ademari historiarum } lib. III, Pertz, V, 133.)

SANCTUAIRES ET IMAGES

la plaine une vaste balance dont les plateaux avaient plus de deux milles de large. A gauche les démons imposaient une multitude de mauvaises actions. Par contre saint Georges mettait le monastère et le cloître, des croix chargées de pierreries, des candélabres d’or, des encensoirs, des ornements innombrables et tout ce que le prince avait fait de bien dans sa vie. Mais la balance penchait toujours du mauvais côté et les démons s’écriaient encore : « Il est nôtre ! il est nôtre ! » Alors sainte Marie saisit un grand calice d’or de la main de saint Georges et branlant trois fois la tète elle dit : « Certes il n’est pas vôtre, il est à nous! » et avec une grande indignation elle jeta le calice à la façade de l’église. Une des anses se brisa et son bruit mit en fuite le bataillon enflammé. Alors sainte Marie prit la main droite de l’empereur, saint Georges la main gauche et ils le conduirent ainsi, comme je le suppose, dans la céleste demeure.

L’anachorète revenant à ses bagages trouva en effet l’anse du calice brisée. Jusqu’à ce jour on le conserve ainsi en mémoire de ce miracle dans le monastère de Bamberg1.

Ce monastère si pieusement fondé ne fut pas oublié par la générosité des fidèles, pendant tout le cours du xic siècle; au mois de mai 1072, on consacra une crypte, qui fut dédiée aussi à la sainte Vierge par Hermann, sixième évêque de Bamberg : in honore Sanctœ Trinitatis. victoriosissimœ crucis et sanctœ Mariœ matris Domini2.

En 1106 l’église Sainte-Marie eut besoin d’être réparée; il y avait à cette époque deux basiliques à droite et à gauche du monastère de Saint-Michel, l’une dédiée à la sainte Vierge et l’autre à saint Barthélemy; il est question aussi du sacrarium de sainte Marie 3.

En 1120, on mentionne des reliques de sainte Marie et de sainte Marguerite ; en 1125 un autel de la sainte Vierge, etc. 4.

1. Cosmæ chronicon Boemorum, lib. I. L’auteur va jusqu’en x 1 2 .

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